Transition au Burkina : Une charte à l’épreuve d’un pays multicrisé

Transition au Burkina : Une charte à l’épreuve d’un pays multicrisé

Est-ce les hommages qu’on devait rendre au président du Conseil constitutionnel, Kassoum Kambou, le lundi 28 février 2022,  à la place de la Nation, ou alors le MPSR a été audible aux griefs qui fusaient sur le temps initial imparti à l’examen et à l’adoption de la Charte (5 heures) ; est-ce l’une ou l’autre des raisons qui a fait décaler l’investiture du lieutenant-colonel Damiba prévue pour demain 2 mars, en lieu et place d’hier 28 février, consécutivement à l’adoption de la Charte ?

Toujours est-il que ce lundi, les «examinateurs», c’est-à-dire les Forces vives triées sur les partis politiques et sociétés civiles ont été à la tâche toute la journée jusqu’au soir, et ont remis leur copie laquelle furent apposées leurs signatures sur le coup de 1h 57mn.  Il y a 6 ans, c’était à 2 heures du matin qu’on a connu le nom du président de la Transition. En tous cas, le Burkina venait d’avoir sa 2e Charte pour une seconde transition en 7 ans !

Des figures du pouvoir et de l’opposition étaient bien présentes notamment Eddie Komboïgo (CDP), Ablassé Ouédraogo (Le Faso Autrement), Tahirou Barry (MCR) … Au lieu des 5 heures initialement prévues, on a ajouté 5 autres heures, ce qui fait 10 heures, disons une journée pour analyser un document aussi important, l’amender et le rendre conforme aux vœux des uns et des autres. C’est peu.

En rappel, en 2014, l’examen de la Charte avait duré 3 jours. Une charte en elle-même n’est pas mauvaise en soi, elle est même perfectible au fil de son opérationnalisation. La Charte millésime 2022 du Burkina Faso consacre un pouvoir présidentialiste très fort. Tout part et revient au patron de la Transition, le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba.

Que ce soit au niveau de la désignation du premier ministre et des membres du gouvernement, il a des prérogatives régaliennes étendues. Le même constat au niveau de l’Assemblée législative de Transition (ALT) avec les 13 membres qu’il désignera, il aura son mot à dire sur les 8 émanant des FDS et même  des 7 des OSC. Ce qui donne raison à ceux qui estiment qu’en l’espèce, Damiba n’avait pas besoin de tous ces habillages juridiques. Il a fait un coup d’Etat, il nomme ses «gars» et ils avancent ! Prestation de serment et investiture, inutiles ?!

Le Burkina Faso a mal à sa sécurité, à son territoire, à sa classe politique, et à sa gouvernance. Implémenter des mœurs politiques, économiques et financières, est donc primordial, sur le socle évidemment d’un Faso sécurisé avec le retour des déplacés dans leurs hameaux et villages.

Les embardées de la Transition de 2015 ont été dues essentiellement à la présence dans le gouvernement et à d’autres postes de personnes, lesquelles personnes n’avaient ni le sens de l’Etat, ni la notion de management, et qui justifiaient leurs postes au m3 de gaz lacry ou de menaces reçues, lors des journées des 30 et 31 octobre 2014. Et qui se sont bien remplies les poches. Hier aussi, on a beaucoup pinaillé sur les 7 postes réservés aux OSC à cette Assemblée de Transition. Certaines OSC estimant qu’elles ont contribué à faire renverser Roch, réclament la part du Lion.

Les mêmes travers et turpitudes sont passés de part en part dans le pouvoir de Roch, lui qui est tombé sous les charmes vénéneux des Organisations de la société civile (OSC), dont il semblait avoir une peur.

La présente Transition autant, elle cherche à rassembler, à être inclusive ne doit pas perdre de vue l’intérêt supérieur de la Nation. Durant ces 36 mois, si ces 25 ministres (maximum retenu)  et ces 71 «députés», sont compétents, la Transition atteindra ses objectifs, mal entouré par des zélotes, Damiba ne pourra qu’échouer. Ce sera son échec à lui, la défaite étant toujours orpheline, ou individuelle, la victoire est revendiquée par tous. Et le pouvoir est solitaire pendant et surtout après.

La REDACTION

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