12 FDS et 4 VDP tués à Namissigma : De Roch à Damiba, même problème de communication

12 FDS et 4 VDP tués à Namissigma : De Roch à Damiba, même problème de communication

Encore un week-end maudit et endeuillé dans cette région du Centre-Nord où les localités de Barsalgho, Pensa et Namissigma … sont devenues comme d’autres du Burkina, des zones-martyres où pas une semaine ne passe sans que les terroristes n’étalent soldats ou civils.

Ce 8 avril 2022, un détachement des FDS a été la cible mortelle de ces djihadistes qui ont tué 12 militaires et 4 Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). Des attaques qui surviennent alors que le chef suprême des armées, Paul-Henri Sandaogo Damiba, a donné 5 mois pour en finir avec, à tout le moins l’amoindrir, c’était lors de son adresse à la Nation le 1er avril dernier. Et s’il faut saluer cette sortie, qui tombe à point pour situer les populations sur le cap, dans l’ensemble, il faut justement par rapport à ce timing fixé, repenser la communication gouvernementale.

Les terroristes sont des grands psychologues et des fins communicateurs : quand ils frappent, c’est moins souvent le nombre de victimes, que l’effet du démultiplicateur, la sidération et la psychose qu’ils recherchent.

A Namissigma, c’est pour carrément installer la peur-panique sur l’axe Dori-Kaya, que recherche Abou Hasfa, le chef du GAT rattaché au GSIM qui serait l’auteur de ce coup sanglant.

«Le terrorisme est d’abord une action de communication», disait un conseiller du général Petraeus en Irak. Et au Sahel, une telle guerre «batarde», indirecte, fonctionne bien sur ce plan, face à des sociétés affectives et compassionnelles. Le poids des morts, les détails, la répétition des attaques dans certains lieux, ça marque le subconscient des populations sahéliennes.

C’est pourquoi, les autorités burkinabè actuelles gagneraient à cultiver plus de clarté. Soyons explicite : nul n’a besoin qu’on étale sur la place publique la stratégie de ce que feront les FDS pour inverser la tendance, d’ici 5 mois. Ça servira surtout aux terroristes qui écoutent aussi. Faut-il épiloguer sur le matériel  dont on sait que sous Roch, de réels efforts ont été faits et de colossales sommes injectées ? Non !

Mais relativement à ce dealine, cet objectif de 5 mois, l’enfant de Nakalbo (Damiba) doit dire clairement les choses : il faut qu’il affirme que ce n’est pas en un temps record qu’on commande par exemple le matériel militaire. Les délais en la matière sont très longs, et si du matériel doit arriver incessamment, c’est qu’ils ont été commandés sous Roch ! Et si l’ex-MPSR a acheté du matériel en Turquie, en Russie ou en Israël par exemple, l’arrivée de celui-ci va prendre du temps. Si ce sont des hélicoptères ou autres, ce temps s’allonge encore davantage. Damiba doit aussi dire qu’une stratégie se déploie sur le long cours et que l’actuelle a été concoctée sous Roch, bref qu’un «déploiement tactique» se conçoit difficilement. Bref, dire aux populations que ce n’est pas en un tour de main qu’on viendra à bout du terrorisme. Une clarification qui, reprise sur les radios s’introduira dans les chaumières, et quasiment de nombreux Burkinabè seront au même niveau d’information sur ce phénomène et ceci coupera court souvent aux Fake-News ! Les attaques terroristes vont continuer, il faut se battre encore, et encore tel doit être le mantra de Damiba !

Ensuite, sur cette question de «diversification» de partenaires, il doit affirmer de façon claire que le Burkina Faso en tant qu’Etat souverain, a le droit d’avoir qui il veut comme partenaire, mais dissiper le quiproquo dans la tête des Burkinabè que bien qu’on ait des relations sur le plan d’achat des armes avec la Russie, la Turquie … la coopération opérationnelle (les militaires sur le terrain) le partenaire pour le moment reste la France ! France ou Russie sur l’opérationnel ? Telle est la question qui titille les esprits. C’est la France, actuellement doivent faire savoir les autorités burkinabè quitte à ce qu’un jour le curseur bouge, mais avec l’opération Sabre à Kamboinsin, c’est toujours la France. Et c’est net.

Damiba doit ajouter que l’attente est une espérance malgré les tueries qui continuent, dire que ce sont des soubresauts de l’hydre terroriste, ce qui paraît logique à l’heure de l’opération «Dépollution» (Reconquête du territoire). Car si les populations n’ont pas ces clarifications qui viennent des autorités, même l’horizon de 5 mois ne sera pas tenable !

Faire comprendre également que notre armée se réorganise, se bat, mais rien ne sera facile, et surtout qu’il y a d’autres batailles, qu’il faudra gagner. Sous Roch, on a entendu «on va terroriser les terroristes», «On va voir ce qu’on va voir». L’heure n’est plus à dire ce qui doit être, mais ce qui est. Basta aux incantations !

Pour la libération de Roch par exemple, il aurait fallu dire clairement aux Burkinabè, que l’ex-président a quitté où il était et est en résidence surveillée à présent, ça coupe court aux supputations.

A vrai dire, Roch comme Damiba, ont le même problème de communication. Le premier communiquait tard ou mal, le second, louvoie, pourtant, vu la façon dont il est venu au pouvoir, il n’en a pas besoin. Le clair-obscur, le ni-pain, ni-mie ne marche plus avec les Burkinabè. Dire franchement où on va, quel est le cap, sans dévoiler les détails, et inviter à la patience est un message essentiel.

Damiba doit éviter de vouloir fonctionner tantôt en mode d’Etat d’exception, tantôt en mode Etat de droit. Il est le patron, il tranche et assume, il peut se tromper, mais qui ne se trompe pas ? Et dans ce cas, il change de solution. Mais il ne peut pas marcher à la voile et à la vapeur, en même temps !

Sans ce recadrage communicationnel (parler quand il le faut, se taire quand c’est nécessaire et dire clairement où on mène le pays) sans cette lanterne de la gouvernance, l’expectative sera toujours prégnante, source de lendemains incertains. A juste raison, car l’existence même du pays est en pointillée avec les terroristes.

La REDACTION

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