31 octobre 2014 – 31 octobre 2018 : Il y a quatre ans, les Burkinabè déboulonnaient «l’homme fort»

31 octobre 2014 – 31 octobre 2018 : Il y a quatre ans, les Burkinabè déboulonnaient «l’homme fort»

Aujourd’hui 31 octobre le chef de l’Etat, Roch Kaboré déposera au monument des Martyrs à 10h une gerbe de fleurs et concomitamment, la sirène retentira à la même heure et dans plusieurs radios en synchronisation. Il y a quatre ans le Burkina vivait son harmattan politique, très chaud qui décoiffa ‘’l’homme fort’’ du Burkina : Blaise Compaoré.

Le début de la fin commença le 30 octobre 2014. Les députés de l’Assemblée nationale burkinabè s’apprêtent à voter la loi autorisant la tenue d’un référendum sur la modification de l’article 37 de la Constitution. Si le ‘’Oui’’ l’emporte, Blaise Compaoré, alors Président du Faso, pourrait briguer encore plusieurs autres mandats à la tête du pays, alors que 2015 devrait marquer la fin de «son règne» au Burkina Faso. Il avait cette légalité de toiletter l’article 37, même si moralement c’était gênant, car ce qu’il n’a pas pu construire en 27 ans comment le pourra-t-il en 5 autres années ?

Alors que le pouvoir pensait avoir pris toutes les dispositions pour parer à toute éventualité comme par exemple «l’encasernement» à Azalaï Hôtel Indépendance des députés menacés par les manifestants, ou encore l’impressionnant dispositif déployé autour de l’enceinte du parlement, las aucune citadelle ne résistait aux Jean Valjean politiques de ce 31 octobre. La déferlante qui envahit l’hémicycle, obligea donc les «élus du peuple» à s’échapper par toutes les ouvertures possibles. Quelques instants plus tard, l’instrument qui devrait permettre de légaliser la perpétuation de Blaise Compaoré au chef du Burkina, partait en fumée. Les gaz lacrymogènes des forces de l’ordre n’ont pas réussi à étouffer la fumée de colère qui est montée du cœur des milliers de Burkinabè.

Blaise Compaoré confiant en son étoile pensait pouvoir toujours rattraper le coup, il faut dire que durant son long règne, il en a vu des vertes et des pas mûrs. Il fit diffuser ce jour donc par tous les canaux possibles, qu’il retirait le projet de loi portant modification de l’article 37. Mais c’était trop tard, le Rubicon était déjà franchi. Il y avait déjà des morts. Le sang ayant coulé, des gouttes de sang de trop qui ont marqué 27 ans de pouvoir, et une clameur jamais entendue monta au ciel : «Blaise Compaoré, dégage !».

Les haricots étaient cuits. Le discours qu’il tiendra d’une manière infortunée dans la nuit aux environs de 21h, sur la télévision privée Canal 3 (la RTB était désormais aux mains des manifestants), n’y changera rien. Pas plus que son visage émacié par la fatigue (et le regret ?) et le ton grave de sa voix, ne réussirent à émouvoir les Burkinabè. Certains d’entre eux craignaient des représailles taillées à la mesure de la cruauté (croyance à tort ou à raison) si jamais «l’enfant terrible de Ziniaré», comme l’appelaient «affectueusement» nos confrères de «JJ», reprenaient la maîtrise des choses. Ils se rappellent sans doute du sort qui a été réservé aux soldats de Bobo-Dioulasso, pendant la mutinerie de 2011, qui avait réussi à déloger momentanément Blaise Compaoré de «sa tanière». Une «humiliation» qu’il avait lavée à sa manière.

Le 31 octobre 2014, le lendemain, la Place de la Révolution ne désemplissait pas. Voyant sans doute qu’il n’y avait plus d’issue, le locataire du palais présidentiel de Kosyam, la mort dans l’âme, signe sa lettre de démission. Quelques paragraphes tracés à la volée sur une feuille volante, une signature, qui symbolisait quelques heures plus tôt la toute puissance et la concentration incontestable du pouvoir, l’officialisant et voilà la fin d’une époque, d’une période longue de 27 années. Près de trois décennies marquées par de belles réalisations. Une ouverture démocratique plus prononcée, une percée diplomatique sans pareil qui a mis le Burkina en orbite, une ère économique assez florissante, des infrastructures non négligeables ont orné le régime de Compaoré.

Mais la face noire de la médaille, qui lui a valu une fin si brutale, l’a emporté sur le reste. Mais ce qui aura le plus frustré les Burkinabè, ce sont les crimes de sang. Le régime de Blaise Compaoré a été ensanglanté par le sang de nombreux Burkinabè qui clament aujourd’hui toujours justice : Dabo Boukary, Oumarou Clément, Thomas Sankara et ses 12 compagnons, Norbert Zongo et ses trois infortunés amis, pour ne citer que ceux-là. On peut y ajouter aussi ce fossé qui se creusait et s’élargissait, séparant les riches des pauvres et consacrant l’arrogance des premiers qui narguaient les seconds.

Les ingrédients étaient trop explosifs pour ne pas éclater à la figure de celui qui les manipulait. Aujourd’hui, Blaise Compaoré a eu une fin nettement plus chanceuse que Thomas Sankara, Henri Zongo et Lingani, ses compagnons et frères d’armes sous la Révolution, qui ont dû être passés par les armes pour permettre à la rivière de  27 années de pouvoir s’écouler sans entrave. Il faut lui reconnaître le mérite d’avoir accepté partir sans verser de sang. Mais cette fin, loin de sa terre natale, loin des siens, en terre ivoirienne écorne la face positive de son œuvre et sur une terre qui lui rappelle sans cesse une fin de règne des plus humiliantes, doit lui donner à réfléchir. Et surtout à réfléchir à ceux qui ont fait de la conquête du pouvoir la mission de leur vie, que tout pouvoir est éphémère et mérite d’être exercé avec sagesse.

Ahmed BAMBARA

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