4 Représentants de l’OMS persona non grata au Burundi : Les symptômes de la grippe électorale d’un Etat «théocratique»

4 Représentants de l’OMS persona non grata au Burundi : Les symptômes de la grippe électorale d’un Etat «théocratique»

Il planait. Oscillait. Hésitant. Mais, le couperet a fini par tomber. Sec et pressant. L’expert en biologie moléculaire, professeur Daniel Parzy et ses ouailles, Jean-Pierre Mulunda, coordinateur technique de la riposte contre le Covid-19 et Ruhana Mihindi en charge du programme de lutte contre les maladies transmissibles, ont été sommés de quitter le Burundi. Sans ménagement. Les sécuricrates et les Imbonerakuré (jeunes gens du CNDD/FDD) y veilleront !

A la nage, à dos d’âne ou à pied ? Cela semble être le cadet des soucis des hommes forts de la nouvelle capitale du Burundi, Gitega, puisqu’ils savent pertinemment que les frontières sont fermées lorsqu’ils signaient cette injonction d’expulsion à l’encontre de l’équipe de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Toujours est-il que le parti-Etat, le CNDD/FDD n’en veut pas, et peut se gargariser de laisser les marchés bondés, les écoles ouvertes, les championnats de foot se dérouler, sans que le Covid-19 puisse se propager. Seuls les lavages de mains sont recommandés. Alors, pourquoi avoir besoin de l’OMS dans un Burundi «épargné ?».

Les décideurs de ce pays ont apparemment une solide dent contre l’organisation onusienne qu’ils accusent de se mêler de ce qui ne la regarde pas. Et ce qui n’est pas ses oignons, c’est bien cette élection tricorne qui se tiendra dans moins d’une semaine et qui figure dans l’agenda des grandes dates au Burundi. La campagne électorale qui bat son plein est l’occasion de rassemblements, de viol des mesures de distanciation qui n’existent d’ailleurs pas, et le Burundi ne peut pas s’offrir le luxe de laisser des voix étrangères gâcher sa marche vers un Etat dont la matrice débute et finit au sein du CNDD/FDD.

Le président-pasteur Pierre N’Kurunziza veut passer la main au général Evariste Ndayishimiye selon un scénario établi, et pas question que l’OMS avec son Covid-19 vienne chambouler ce plan.

Or, l’OMS, avec la pandémie de coronavirus, pourrait verser du sable dans ce grand couscous en préparation. Il suffirait que les cas de contagion, qui actuellement classent le Burundi parmi les pays les moins contaminés de la planète, grimpent les étagères pour que la tenue du scrutin soit hypothéquée. Car il faut bien reconnaître que même dans les pays déclarés touchés moyennement, il a suffi que débutent les dépistages pour qu’on constate l’ascension de la courbe. Alors qu’au Burundi, il n’y a ni gestes-barrières, ni dépistages, et il y a des élections le 20 mai avec une campagne …

Un grand vent de méfiance s’est donc abattu entre les deux entités, soufflant par bourrasques plus ou moins fortes, jusqu’à la dernière déflagration (dont on n’arrive jusque-là pas à trouver la raison exacte) qui a expulsé les yeux et les oreilles de l’OMS hors du pays.

Pourtant, les mesures que conseille l’organisation sont des plus pragmatiques. La distanciation physique permettrait de prévenir une éventuelle propagation de la maladie et les tests de dépistage massif donneraient une idée un peu plus exhaustive de la réalité des personnes contaminées dans le pays. Autant de paramètres qui pourraient aider à organiser de façon plus responsable et prudente les scrutins de la semaine prochaine.

Malheureusement, lorsque les cellules sont gavées de méfiance, les décisions, à la limite du respect des simples règles de diplomatie, peuvent être prises.

Il est donc à espérer que le Burundi ne vienne pas à regretter, non pas l’expulsion des répondants de l’OMS, mais plutôt une réelle expansion du coronavirus. Sacrifier la santé de son peuple sur l’autel de la politique est une faute regrettable qu’aurait alors commise Gitega. Mais comme Gitega, le siège de la présidence a comme locataire un président-pasteur, Dieu reconnait toujours les siens et les épargne. Dans un Etat quasi-théocratique, c’est à ça qu’on peut s’accrocher en pareil cas.

Ahmed BAMBARA

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