Adama Ouédraogo- Damiss : «Si le fait d’avoir cherché l’info. au camp Naaba Koom est un délit, alors fusillez- moi»

Adama Ouédraogo- Damiss : «Si le fait d’avoir cherché l’info. au camp Naaba Koom est un délit, alors fusillez- moi»

Complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, meurtres et coups et blessures, sont les chefs d’accusation pour lesquels, le directeur de publication du journal «Le Dossier», Adama Ouédraogo dit Damiss, chef de desk politique à «L’Observateur Paalga» au moment des faits est poursuivi. Il a plaidé non coupable tout en indiquant qu’il n’a jamais rédigé ni lu le communiqué du CND.

Un journaliste impliqué dans un coup d’Etat militaire, cela n’arrive pas souvent ; et c’est la raison pour laquelle, l’interrogatoire de Adama Ouédraogo dit Damiss était très attendu. Chef de desk politique à L’Observateur Paalga au moment des faits, il est aujourd’hui directeur de publication du mensuelLe Dossier. Il est en effet soupçonné d’avoir pris part à la rédaction du communiqué du CND qui mettait fin à la Transition ; communiqué qui a été finalisé au camp Naaba Koom II. S’il ne nie pas s’être rendu au camp dans la soirée du 16 septembre, c’est ce dont  il est accusé qu’il réfute. A l’en croire, il s’y est rendu aux environs de 23 heures, quand il a appris que des médiateurs se concertaient  à ce niveau afin de trouver un dénouement à la crise. Celui qui était en congé au moment en ce moment, a soutenu s’y être rendu au camp Naaba Koom II sur initiative personnelle et que ce n’est qu’après, qu’il a appelé son rédacteur en chef pour l’informer de sa présence au camp ; tout en lui suggérant de prendre en interview l’ancien président du Faso, Jean-Baptiste Ouédraogo pour de plus amples informations.

Son explication ne va pas convaincre  lesavocats des parties civiles. Me Gui Hervé Kam, va en effet revenir sur le fait qu’il était le seul journaliste présent au camp au moment des faits et qu’il s’y est rendu à l’insu de son organe. Il ira plus loin en indiquant qu’il a appris l’arrestation des autorités vers 17heures et ce n’est qu’à 23 heures qu’il a eu l’idée de se rendre au camp pour s’informer sur la médiation en cours. Il rappelle qu’une fois sur place, il n’a pas pu avoir d’information et  est reparti au bout d’une heure après sans interviewé qui que ce soit. A travers cette observation, l’avocat a voulu montrer que l’argument du journaliste ne tient pas. Ne partageant pas son point de vue, l’accusé va lui rappeler qu’il n’avait pas obligation de résultat étant donné qu’il était en congé. Il va ajouter, que ce n’est pas la première fois qu’il entreprend des initiatives personnelles sans l’aval de son journal. Estimant qu’il est innocent, il a invité les parties adverses à fournir des preuves de sa culpabilité au lieu de faire des déductions. Cependant l’auxiliaire de justice  va lui répondre en soulignant que c’est pour les preuves qu’ils sont là. D’après lui, il s’agit d’un procès pénal  et qu’en matière pénale, la culpabilité  de l’accusé qu’il est, peut ressortir des indices. Il va lui rappeler en effet que des indices prouvent que dans  la nuit du 16, il était le seul journaliste à Naaba Koom II alors que le FILEP  avait  ouvert ses portes à Ouaga et qui a regroupé, des centaines de journalistes. Un autre indice qu’il a évoqué, c’est le fait que des accusés qui ne le connaissaient pas, et qui l’ont reconnu à la MACA ont déclaré l’avoir aperçu dans le bureau du chef de corps du RSP. Pour se défendre, il va demander de savoir s’ils l’ont vu en train de rédiger  ou corriger un document. Afin de se dédouaner de tout soupçon, le prévenu va rappeler que lorsqu’il est arrivé au camp, il entendait des discussions entre les éléments de l’ex- RSP qui accusaient le premier ministre de la transition, Yacouba Isaac Zida. Sa présence sur les lieux se sentant dérangeant, un élément l’a invité à s’installer dans une salle ; qu’il estime devait être un secrétariat. Damiss a confié être ressorti quelques minutes plus tard, pour, prendre un appel avant de revenir dans la salle qu’il va quitter définitivement à cause d’une odeur de  cigarette. Confiant qu’il y avait du mouvement au camp, il n’exclut pas qu’il soit vu. Cependant, il nie être rentré dans le bureau du chef de corps, et rappelle qu’au camp, il n’a vu ni le bâtonnier Mamadou Traoré qu’il ne connaissait pas selon ses dires, ni Abdoul Karim Traoré de Perfectum Afrique. A travers cette réponse, Adama Ouédraogo a voulu également répondre au parquet militaire qui ne croit pas à son innocence. Ce même parquet militaire va lui demander de savoir, s’il a lu la déclaration du CND avant sa publication. La réponse de l’ancien chef de desk politique de l’Observateur Paalga sera : «je n’ai pas rédigé de communiqué, je n’ai pas lu de communiqué». Afin de prouver que le prévenu à quelque chose avoir avec la fameuse déclaration, le procureur militaire a lu une déclaration faite par le général Gilbert Diendéré ; déclaration dans laquelle, le général accusait le journaliste d’avoir rédigé la déclaration à  base des brouillons qu’il lui a donnés auparavant. Tout en refusant de faire un commentaire sur la présente déclaration, il va raconter au tribunal, les conditions dans lesquelles, il a connu le général. Il explique que la première fois, c’est à la suite du crash de l’avion d’Air Algérie où avec son rédacteur en chef, ils l’ont interviewé. La seconde fois à l’en croire, c’est dans le cadre de la rédaction d’un ouvrage intitulé «Blaise Compaoré de l’ascension à la descension» ; ouvrage qu’il comptait dédicacer le 31 octobre 2015 date anniversaire de l’insurrection populaire. Soulignons que le général va revenir sur ladite déclaration un an plus tard pour le décharger, après qu’il a été auditionné une seconde fois. Le procureur militaire a lu cette seconde déclaration afin de prouver au directeur de publication du mensuel Le Dossier qu’il n’a rien contre lui. Il va s’en prendre au parquet qui selon lui, avait déclaré que tous ceux qui se sont rendus au camp Naaba Koom II, sont allés pour apporter leur soutien aux putschistes. Se basant sur ces déclarations du parquet, Damiss va laisser entendre : «si le fait qu’un journaliste se déplace pour l’information est passible d’une peine pénale, arrêtons le procès, accrochez-moi à un poteau et fusillez-moi».

Dieu merci, si c’était vous qui tranchiez, on était tous mort !

Si le procureur militaire a procédé de cette façon, c’est parce qu’un un incident s’est produit entre le parquet et l’accusé quelques minutes plutôt. En effet, Adama Ouédraogo a attiré l’attention du président du tribunal, que le parquet ne l’écoutait pas quand il répond aux questions et qu’après, il repose la même question plus de 10 fois. Le procureur militaire va lui rappeler que ce n’est pas le parquet qui tranche et que ce n’est pas lui qu’il doit convaincre. L’accusé va répondre : «Dieu merci, si c’était vous qui tranchiez, on est tous mort». Ses propos vont faire rire la salle. Le président du tribunal va vite calmer les esprits ; ce qui va amener l’accusé à présenter ses excuses au parquet. Excuses acceptés, le ministère public va le rassurer que s’il est innocent, le parquet va requérir son acquittement.

Revenant sur l’heure à laquelle l’accusé s’est rendu au camp Naaba Koom II, et la facilité avec laquelle il a eu accès au camp, la partie accusatrice va se poser la question de savoir si ce n’est pas parce qu’il était attendu ? Face à cette question le prévenu va rappeler que son arrivéeau camp en question a été marquée par un incident. A l’en croire, les éléments du RSP avaient encerclé son véhicule alors qu’il était stationné devant l’INSD puisqu’étant au téléphone. Quand il est sorti du véhicule pour s’expliquer, un des éléments l’a frappé avec sa cordelette. Ce n’est qu’après qu’il s’est présenté et dit ce pourquoi, il allait à la présidence et après au camp, qu’ils l’ont laissé passer, a-t-il soutenu. En réponse donc au parquet pour dire que s’il était attendu, les éléments n’allaient pas le frapper.

Le million reçu de la part du général Djibrill Bassolé

Le général Djibrill Bassolé est soupçonné de faire partie des cerveaux du putsch. Depuis le début de l’interrogatoire son nom revient régulièrement. L’interrogatoire de Adama Ouédraogo n’a pas été  une exception. Il a en effet remis une enveloppe d’un million de francs CFA au journaliste soupçonné d’avoir rédigé la déclaration du CND, le 17 septembre. Si le parquet a fait cas de cela c’est parce qu’il fait un lien entre l’enveloppe reçu et le rôle joué par l’accusé lors du putsch. Lui n’est pas de cet avis et n’a pas hésité à se défendre. Il explique le geste du général Bassolé par le fait qu’il a aidé sa femme, Rosalie Bassolé à mettre une stratégie communicationnellede défense en faveur de son mari. En sus, frappé aussi par un deuil il a informé celui qu’il appelle oncle de son malheur. C’est donc le lendemain, que l’oncle va faire parvenir à son neveu, l’enveloppe d’un million par le biais de son chef de protocole Alidou Sawadogo. Il va rappeler que ce n’est pas la première fois qu’il reçoit une commission  de la part du général ; qu’il dit ne pas voir comme un homme politique mais  un oncle.

Afin de prouver la culpabilité du prévenu Ouédraogo Adama, le procureur militaire a lu des messages échangés à partir d’un 65 05 02 19. L’accusé va déclarer ne pas être le propriétaire du numéro en question par conséquent ignore ces messages.

Boureima SAWADOGO et Edoé MENSAH-DOMKPIN

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