Afrique du Sud :  Jacob Zuma à quitte ou double

Afrique du Sud : Jacob Zuma à quitte ou double

Zuma, comme une tige de bambou. Zuma, comme un boomerang. Zuma, comme la Terre autour du Soleil. Zuma, comme un sauteur à l’élastique. Les éléments de comparaison sont aussi nombreux que les scandales qui l’ont éclaboussé, tout comme les tentatives qui ont essayé de lui faire quitter le fauteuil présidentiel.

Mais Zuma tient. Il plie, mais comme le roseau ne rompt pas. On le pousse vers la sortie, mais il n’en franchit pas les limites. Nombreux sont certains observateurs qui ne seraient pas prêts à lui prédire une telle longévité à la tête de l’Afrique du Sud. Mais les raisons de cette ténacité sont peut-être à rechercher dans ses ramifications, dans les racines qu’il a tissées dans le parti au pouvoir et dans les milieux influents. Ça sent le roussi à l’ANC et de facto au sommet de l’Etat sud-africain. Si le parti de Madiba a ramené son conclave sur le cas Zuma à ce 5 février, alors qu’il était initialement prévu pour le 12 prochain, c’est qu’il y a effectivement le feu. «Oui, il y a eu réunion pour discuter de la situation, du meilleur intérêt de l’ANC et du pays» lâche Gwede Mantashe, haut cadre du parti, autrement dit, pour enjoindre Zuma de quitter la scène. Six principaux dirigeants de l’ANC ont en effet, «travailler» toute la nuit du lundi, l’encore chef d’Etat au corps pour qu’il rende le tablier, afin que ce que lui reste comme honneur soit sauf.

Toutefois, sera-t-il à nouveau épargné par le tsunami de désapprobation dont les vagues s’annoncent houleuses ? Les manifestations, les avis, les commentaires et les volontés tendant à mettre fin à son mandat deviennent trop nombreux, trop lourds. Pourrait-il résister ? Sa volonté sera-t-elle matérialisée ? Or, l’impeachment est une procédure longue et complexe, et l’hypothèse d’un réchauffement de la motion de défiance déposée le 22 février 2017 par l’opposition est de nouveau agitée comme un muleta devant le taureau. Les militants de l’ANC atteints à présent de scissiparité avec Zuma au milieu, menacent d’imploser le parti emblématique et seul, un signal fort, tel, la tête de l’ex-zoulouboy pourrait rasséréner l’ANC. Or en refusant de partir sur la pointe des pieds et s’arc-boutant à son discours du 8 février prochain, Zuma n’arrange pas la situation, c’est un pis-aller.

Il faudrait que son parti et tous ceux qui peuvent influer sur la volonté de Jacob Zuma devraient peser de leur poids pour que ce discours soit le dernier. Un speech à la fin duquel il annoncerait une sortie de scène. Une sortie de scène qui sauverait les meubles et lui éviterait une sortie de piste trop fracassante et avilissante. En vérité, c’est un bras de fer entre le patron de l’ANC, Cyril Ramaphosa et Jacob Zuma. Le premier tient mordicus à ce que les 26 membres de la commission convoquent le comité exécutif de l’ANC, fort de ses 86 membres, de destituer Zuma, et déréchef, de reporter sine die la cérémonie sur l’Etat de la Nation.

Englué dans des scandales à tiroirs qui vont de la réfection de sa résidence de Nkandlé aux rapports incestueux avec le lobby financier de la famille Gupta, Zuma, assurément est devenu un boulet pour l’ANC. Il est vrai que l’insubmersible Zuma a vu des vertes et des pas mûrs, il est le rescapé de moult traquenards et peaux de bananes politiques, mais ce coup-ci, il joue manifestement, le match de sa vie politique. L’homme aux neuf vies confirmera-t-il les pronostics de sa survie ? Quel secret, exhibera-t-il de sa besace pour retourner une situation qui à l’évidence, le colle le dos au mur ? Réponse imminente en tout cas, d’ici le 8 février 2018. Il est aujourd’hui au creux de la vague et rien n’annonce des conditions de température meilleures dans les mois à venir. Il n’est plus candidat à la présidentielle. Et août 2019, c’est déjà demain pourquoi s’y accrocher ?

Mais quoiqu’il en soit et quelle que soit l’issue de cette crise, l’on peut conclure dores et déjà que c’est une triste fin pour celui qui a été le compagnon de Nelson Mandela et qui n’a pas su se faire accompagner par une parcelle de l’aura de cet homme.

Ahmed BAMBARA

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