Aïd-El- Fitr : Foi, Morosité et Sobriété

Aïd-El- Fitr : Foi, Morosité et Sobriété

Non pas que les prières, la pénitence et tout ce qu’il sied à ce jeûne de 30 jours, et tout le reste n’ont pas été respectés. Oui, comme d’habitude, la piété et la ferveur liées à la foi furent au rendez-vous.

Mais ce qui a manqué, c’est d’abord lors de l’Iftar, les mets et autres victuailles pour la rupture, n’étaient plus achalandés dans de nombreuses familles, cherté des denrées alimentaires oblige : l’huile, sucre, lait, farine, étaient intouchables côté prix.

Ensuite, la guerre Russie-Ukraine si lointaine de l’Afrique a renchéri les prix du blé et du carburant. Conséquences, les étiquettes changent sur les baguettes de pain et le  carburant à la pompe, avec même souvent des ruptures pour les hydrocarbures. De ce fait, des familles n’ont quasiment pas fêté comme il se doit et d’autres étaient réduites, faute de la présence de certains membres qui n’ont pas pu se déplacer, par exemple par manque de moyens. Mois de partage et de sacrifice par excellence, ce mois de piété n’a pas eu la résonnance d’antan. Une fois de plus, nul n’échappe aux affres de la conjoncture, pas même les plus nantis qui ont drastiquement réduit leur train de vie. Certaines habitudes qui consistaient à faire dans l’excès lors de la rupture à travers la diversification des mets et plats copieux sont en voie de disparition ou totalement à l’arrêt. De Rabat à Lagos en passant par le Caire, Dakar, Niamey et Ouagadougou, ces trente jours de jeûne musulman ont été rythmés par les effets de la vie chère. Pour ce qui est de la capitale burkinabè, où il n’était pas rare de voir des files se former devant les rayons des supermarchés et des points de vente de «poulets bicyclettes», dont raffolent les Ouagalais, la tendance est à la mesure. Situation oblige, on préfère donc, se contenter du minimum dans l’espoir des lendemains meilleurs. Le blé a par exemple augmenté de 40% au Burkina Faso.

Cette situation n’est pas prête de s’améliorer du fait du conflit  russo-ukrainien. Le prix du pain, nourriture de base dans le Maghreb et dans plusieurs pays est en passe de connaître une augmentation. Pour faire l’économie d’une fronde sociale que pourrait générer une crise aux conséquences incalculables, plusieurs gouvernements font de la résistance et tentent de  maintenir les prix. Mais, ces efforts pourront-ils être perpétués ? Pendant combien de temps encore, les gouvernements très éprouvés au plan économique, vont-ils réussir à maintenir les prix ? Hier, qu’elle s’appelle Korité au Sénégal, Ramadan ailleurs ou Aïd-El-Fitr, les demandeurs communs furent la morosité, et la sobriété, mieux certes que les deux dernières années sous Covid-19, mais un Ramadan qui survient alors que l’Afrique de l’Ouest croule sous beaucoup de problèmes, sécuritaires, humanitaires et politiques.

Davy Richard SEKONE

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