Algérie : La parole est à la grande muette

Algérie : La parole est à la grande muette

Des étudiants. Des enseignants. Des médecins. Des journalistes. Des hommes politiques. Depuis un mois, ils clament leur rejet de la présence du président Abdelaziz Bouteflika. Dans le calme. Il faut le souligner. Un calme olympien. Une discipline qui séduirait un général d’armée ayant la rigueur vissée aux ongles. Du reste, il y en a déjà un. Le chef d’état-major des armées et vice-ministre de la défense, Gala Salah, a salué la responsabilité exemplaire des manifestants algériens. Une maîtrise du soi et une prise de conscience du respect pour le bien commun.

Un sens aigu de leur vision qui jure avec tous ces printemps sanglants et marbrés de de violences, de flammes, de feu, de cris de douleur et de meurtrissures lesquelles révolutionnaires qu’on a aggloméré en jasmain, ou printemps. Une preuve d’une grande maturité qui a forcé le respect du commandant des armées Ahmed Gaid Salah en personne, pourtant si proche du président Boutef et qui avait promis des semaines de braise aux manifestants, comme l’Algérie a eu le malheur d’en goûter, il y a quelques années. Car si celui qui a la haute main sur l’armée a sonné d’abord un coup se semonce, avant de s’accommoder avec ces révolutionnaires tranquilles, c’est qu’il est habité par un dilemme cornélien, un nœud gordien qu’il lui est difficile de trancher.

Bouteflika a décidé de rester président jusqu’au bout, donc de profiter de son bonus dont il s’est offert, avec toutes les mesurettes annoncées, et la nomination des deux boutefboys que sont Nourreddine Bedoui et Ramtane Lamamara.

Mais devant toute cette expression de masse de maturité de la part de ses compatriotes, quel type de message le clan Bouteflika veut-il encore pour comprendre qu’aucune sorte de subterfuge et pirouette décapante ne pourrait encore l’empêcher d’exécuter ce qu’il n’envisage pas faire ? Ou alors compte-t-il toujours subrepticement sur le soutien des forces armées algériennes ?

 Pourtant, leur chef d’état-major a bien déclaré qu’il fallait qu’il y ait des solutions, sous-entendant que le pays ne pouvait plus continuer à cheminer dans ce tunnel qui le mène de plus en plus vers une destination incertaine.

Il faudrait que le président algérien comprenne également que ces jeunes étudiants, ces enseignants ou ces médecins qui remplissent sans discontinuer les rues depuis un mois ne sont en réalité que les frères et sœurs de ceux qui sont dans les uniformes de l’unité de défense de la nation. Les policiers, les militaires ne sont pas de Marsiens, mais bien des natifs de l’Algérie, qui comprennent et qui soutiennent peut-être (et certainement) les expressions, les ras-le-bol, les doléances, les ordres (souvent) gribouillés sur les pancartes et les banderoles qui appellent du pied le «patriarche» à faire preuve de sagesse.

Transition avec Boutef, «4,5 » entendez jouer les prolongations avec l’illustre malade de Zeralda, IIe République, référendum, la majorité des Algériens s’en moquent comme de leurs premières barboteuses. Boutef n’a qu’à dégager, c’est tout !

La révolution tranquille peut-elle mettre fin au système fossilisé par 20 ans de prévarication, et de patrimonialisation ? Pas si sûr qu’un leader surgisse pour prendre les choses en main et avec quels moyens. La parole semble être à la grande muette.

Le général Gala fera-t-il preuve de devoir d’ingratitude envers celui-là même qui a fait le vide autour dans l’armée, pour le hisser là où il est ? Entre préserver les intérêts du camp Boutef et ouvrir de nouvelles perspectives au peuple algérien, quelle sera l’option du tout-puissant général Gala ? On aura certainement la réponse dans quelques jours.

Depuis un mois, le pays vit en apnée. Un mois de manifestation. Pas la peine d’acrobaties mathématiques pour se convaincre que l’économie a adopté la cadence d’un escargot. Les investisseurs ont usé la touche «pause» pour savoir où est-ce que le vent va tourner. Les pronostiqueurs de la théorie du chaos s’accrochent à leur chapelet, espérant voir l’étincelle qui entraînera la déflagration. Une chose est cependant certaine. Vouloir s’appuyer sur le wagon d’un terrain qui a déjà la gare, c’est courir le risque d’avoir une fin douloureuse. Si jamais l’âge est le gage de la compréhension du langage des signes…

Ahmed BAMBARA

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