Alpha Condé devant la justice guinéenne : Un bon opposant fait-il  un bon président ?

Alpha Condé devant la justice guinéenne : Un bon opposant fait-il  un bon président ?

Le cas de l’ex-président guinéen qui va bientôt être dans le box des accusés avec plusieurs de ses anciens collaborateurs repose avec acuité, la problématique de l’accession des opposants notoires au pouvoir, et de ce qu’ils font de l’alternance.

Qui pouvait imaginer que l’opposant à Sékou Touré, à Lassana Conté, qui s’est battu pour l’Etat de droit, a fait la prison pour ça, en viendrait lui-même à se transformer en vieux satrape, 4 décennies après ? Comment expliquer qu’il y a un peu plus de 10 ans de cela, avant son accession au pouvoir, Condé proposait de donner toutes les garanties à ceux qui s’accrochaient au pouvoir, afin qu’ils puissent partir sans craindre des ennuis judiciaires, dans la vie après la présidence ?

Hélas, parvenu à Sékoutoureya, il y a 11 ans, Alpha Condé, opposant, devenu président de la République, s’est métamorphosé et a pris goût au pouvoir, ce nectar dont l’addiction est incurable. Le voilà véritablement en fin de parcours après cette seconde chute que constitue sa convocation devant la justice. Une situation qui interroge sur la capacité des opposants traditionnels à gouverner, selon les préceptes qu’il prônait dans l’opposition, lesquels préceptes ont bâti leur popularité.

Un bon opposant ne fait pas forcément un bon président de la République. Le cas d’Alpha Condé. Il y en a d’autres à divers degrés. Le Sénégalais Abdoulaye Wade, après 25 ans de lutte et après que Senghor ait daigné autoriser la création de partis, créa le PDS en 1974. Premier artisan de l’alternance au pays de la Teranga, il n’a pas incarné totalement, les idéaux qu’il prônait peut-être à l’épreuve du terrain, mais aussi par un peu du goût du pouvoir.  Pire, la tentative de dévolution filiale du pouvoir à Karim son fils a érodé le capital de sympathie du Gorgui. Néanmoins, toute proportion gardée, il demeure un grand président.

Laurent Gbagbo de Côte d’Ivoire, qui s’est frotté dans les années 80 au père de la Nation Houphouët Boigny, peut aussi faire partie de notre liste d’opposants, qui ne furent pas des présidents reflétant la grandeur quand ils étaient de l’autre côté.

Populiste, pragmatique, il aurait bien fait et serait passé à la postériorité comme un opposant-président modèle, mais lui aussi en appliquant l’ivoirité théorisée par Bédié, a contribué à diviser la Côte d’Ivoire. Même Alassane Ouattara, l’actuel président fut un opposant. Etant toujours au pouvoir, un jugement tranché n’est pas possible.

Même si sur le plan de la réconciliation le chantier reste titanesque, Ouattara a endossé du point de vue bâtisseur le costume d’Houphouët Boigny. Il reste le passage de témoin, point d’achèvement crucial de son règne, pour le juger lui aussi qui a été partisan du 3e mandat. Sinon même ses contempteurs reconnaissent qu’il construit la Côte d’Ivoire, après Houphouët.

Mahamadou Issoufou du Niger, n’échappe pas à notre rafle, lui qui fit 20 ans d’opposition semble être l’un des rares à concilier sa vie d’opposant avec celle de président de la République. Qu’en sera-t-il de son successeur Bazoum ? Réponse d’ici quelques années.

On peut allonger la liste dans les pays comme la Zambie ou la Namibie où l’alternance avec des opposants au pouvoir est ancrée. Grosso modo, la conciliation entre les 2 personnalités (opposant et pouvoir) est très compliquée, à l’épreuve du terrain.

La REDACTION

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