An V Insurrection populaire : Les ex-travailleurs de l’hôtel Azalaï broient du noir

An V Insurrection populaire : Les ex-travailleurs de l’hôtel Azalaï broient du noir

La clameur des milliers de manifestants, la liesse qui s’est emparée des «insurgés» qui venaient de renverser un régime vieux de 27 ans et l’odeur âcre de la fumée des édifices qui ont subi la furie des manifestants, ils ont vu leur gagne-pain quotidien transformé en champs de ruine. Cinq ans après les évènements d’octobre 2014, les 200 ex-travailleurs d’Azalaï Hôtel, réduits au chômage, broient encore du noir et poursuivent leur traversée du désert, sous les regards médusés de leurs proches, en dépit des nombreuses garanties qui leur ont été promises, comme c’est le cas pour les milliers d’autres travailleurs touchés directement par ces évènements.

Derrière sa silhouette élancée, sa voix basse et son regard perçant, Ibrahim Ouédraogo (nom d’emprunt), ex-chef cuisinier de l’établissement du haut de ses 10 ans d’expérience est très amer à l’endroit des premiers responsables de l’établissement et envers les autorités qui ont géré la crise. Il se remémore cette journée du 3 novembre 2014, où il s’est vu notifier son licenciement avec effet immédiat par la direction générale de l’hôtel. «Après les évènements, les travailleurs revenaient chaque matin dans les locaux de l’hôtel dans l’attente d’une conduite à tenir. Le patronat nous a convoqués quelques jours après pour remettre à chacun des 200 employés sa lettre de licenciement à compter du 31 octobre 2014. C’était les 2 et 7 novembre 2014. Et c’était le tournant de ma vie après plusieurs années de service. Nous avons tenté d’expliquer à la direction qu’il s’agissait d’une situation inattendue et qu’il fallait des mesures d’accompagnement pour «soulager les travailleurs» surtout que nous avions été réquisitionnés durant ces chaudes journées. Mais que nenni. En guise de conclusion, une trentaine d’employés s’est vue proposée des affectations dans d’autres établissements hôteliers de la sous-région. Les conditions de ces contrats à l’extérieur n’enchantaient pas trop de gens qui sont néanmoins partis. Après quelques mois, plusieurs d’entre eux ont vite fait de déchanter et sont rentrés au pays, et depuis, c’est la traversée du désert», a-t-il confié.

Aujourd’hui installé dans un quartier périphérique où il gère un restaurant, il explique que sa situation sociale est quelque peu reluisante par rapport à certains de ses collègues qui triment pour «joindre les deux bouts». «Certains de nos camarades ont perdu le Nord et sont au bord de la démence. Plusieurs d’entre nous ont vu leur épouse les quitter après leur licenciement parce que c’était dur de trouver de quoi à manger», explique-t-il avec regrets. 

Laissés à eux-mêmes

Plusieurs témoignages concordent à dire que les ex-travailleurs de Azalaï Hôtel ont été abandonnés à leur sort. Ces derniers qui disent avoir multiplié les audiences et les rencontres sont unanimes sur une chose. C’est ce qu’explique Casimir Kobanka, avec amertume,  «Au lendemain de l’insurrection lorsque le pouvoir de la Transition a été installé, nous avons été reçus par le premier ministre Isaac Zida qui dit avoir pris bonne note. Les choses en sont restées là. Et les promesses faites sont restées lettre morte. La détresse a gagné nos rangs en dépit des actions de solidarité des uns envers les autres. Un des nôtres a même rendu l’âme faute de soins». A ce jour donc, la seule aide dont ils ont bénéficiée reste celle de l’Action sociale (Transition), à savoir, des vivres et la somme de 75 000 francs par enfant pour la scolarité. Mais par la suite, cette enveloppe a été reconvertie à 75 000 francs par famille.

Les choses n’ont pas évolué avec l’arrivée au pouvoir du président Kaboré. A en croire, Noël Tapsoba maitre-nageur, toutes les démarches sont restées vaines. Sous l’ère du premier ministre Paul Kaba Thiéba, dans une correspondance datée du 17 juillet 2016, il leur avait été promis qu’une enveloppe leur serait allouée au titre des réparations, dans le Budget exercice 2016, mais jusqu’à l’heure où on se parle, rien ne nous a été versé. «Après une longue attente, nous avons tenté de le rencontrer pour le lui rappeler, mais les portes de la primature sont restées fermées. On se demande ce qui s’est passé entre temps, pour que l’on soit dans cette situation de misère», s’interroge-t-il. De guerre lasse, ils entreprirent de rencontrer l’ex-président de l’Assemblée nationale Salifou Diallo sans y parvenir, leur demande d’audience étant restée lettre morte jusqu’à ce jour. Pour lui, c’est à ne rien comprendre, d’autant plus que la réquisition qui leur avait été notifiée devait les couvrir de toute situation malheureuse, comme ce fut le cas le 30 octobre 2014. Aussi, ajoute-t-il, «après les évènements malheureux, des propositions allant dans le sens d’un redéploiement des ex-travailleurs dans d’autres établissements avaient été faites aux autorités pour nous soutenir. Il ne s’agit pas d’une défiance, tout ce qu’on souhaite, c’est que l’on nous donne ce qui nous revient de droit».

Le dossier en justice et les banques à leurs trousses

Las d’attendre des propositions de l’employeur, et sous la houlette de la CGT-B, une plainte pour licenciement abusif a été introduite en justice par ces ex-travailleurs. Après un premier verdict rendu en faveur du patronat, ces derniers ont interjeté appel et attendent la suite de ce jugement. Dans le même temps, plusieurs banques dans lesquelles ces travailleurs avaient pris des engagements sont à leurs trousses et les somment de rembourser les prêts contractés. «Pas plus que la semaine dernière, plusieurs de nos camarades ont reçu des appels émanant du service contentieux d’une banque de la place. Et on n’aura jamais le sommeil tranquille tant qu’on n’épongera pas ces crédits», s’exclame Noël Tapsoba, devenu contractuel dans un autre établissement hôtelier.

A la veille de ce «triste» anniversaire, pour ces 200 ex-travailleurs d’Azalaï Hôtel, c’est l’âme en peine qu’ils évoquent ces moments difficiles de leur vie professionnelle qui s’est muée en cauchemar depuis cette journée fatidique du 30 octobre 2014.

Richard Davy SEKONE

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