Attaque à Koumaga au Mali : «Purge» ethniciste ou velléité inavouable ?

Attaque à Koumaga au Mali : «Purge» ethniciste ou velléité inavouable ?

Si les témoignages des témoins sont vrais, ce qui s’est passé à Koumaga est inhumain, criminel et donne la chair de poule. Des «Dozos» ou en tout cas, des hommes habillés comme tel, ont débarqué dans cette localité tuant hommes, femmes et enfants sans discernement et avec une folie meurtrière, mettant fin cruellement et de façon horrible à la vie de 32 personnes. Ces défunts appartiennent tous à l’ethnie des peuls.

Mais des interrogations planent tel des aigles suspicieux sur cette scène de crime macabre et sanguinolent. La confrérie des Dozos, pour ce qu’on sait de cette communauté, n’a pas habitué le monde à commettre des massacres sans discernement, et surtout, contre des humains parmi lesquels, qui plus est, des femmes et des enfants. Les codes et les règles qui régissent cette confrérie n’autorisent ses membres à tirer sur des animaux que sous certaines conditions. Comment comprendre donc que des éléments prétendus être de ses rangs puissent se permettre de retourner leurs armes contre des humains pour des raisons qui restent encore obscures ? C’est le premier point qui met en doute que ce soit vraiment des Dozos qui ont commis ces atrocités et oriente vers la possibilité que ce soit des «comédiens» affublés de «costumes» ont tourné une pièce de théâtre, à la seule différence que les morts du scénario sont vraiment morts dans la réalité. Qu’est-ce qui a fait sortir les Dozos de leurs réserves ?

Ce qui amène à s’avancer sur l’autre sentier de la réflexion. Qu’est-ce qui explique ce massacre aux allures ethnicistes à Koumaga ? Une purge ethnique ? Possible. C’est connu que dans cette partie du Mali, les tensions entre communautés sont puissantes. Elles sont plus exacerbées par l’idée vulgarisée à tort ou à raison qui veut que ce soit les peuls qui sont les principaux responsables de l’état grabataire dans lequel se trouve aujourd’hui le grand Mali, presque amputé de sa partie Nord et baignant sous une cascade d’attaques, de crimes où les armes font la Loi et la Grande Faucheuse se délecte les babines. Mais cet argument est un peu affaibli par l’idée que la présidentielle au Mali se tient dans un mois. Et que l’on sait que des entités n’ont pas du tout intérêt à ce qu’elle se passe dans les règles de l’art. L’ouverture est assez grande pour permettre aux groupes armés aux tendances terroristes et narcotrafiquantes de monter une scène à caractère explosif qui pourrait mettre le feu aux poudres et déclencher une escalade d’affrontements intercommunautaires. Le scénario idéal pour mettre en difficulté la tenue du scrutin dans ces localités.

Quoi qu’il en soit, il s’avère de plus en plus évident que le gouvernement malien a de sérieuses difficultés à asseoir la sécurité dans les zones qui  sont réputées être sous son couvert et son autorité. Le ministre français de la défense Jean Yves Le Drian ne s’était pas montré très optimiste à ce sujet en indexant Bamako, de e pas pouvoir faire appliquer les Accords d’Alger, ce qui est vrai. L’opinion du patron de l’ONU Antonio Guterres n’était guère différente lorsqu’il s’est rendu en terre malienne en fin mai 2018, même si elle était enrobée dans les limbes de la diplomatie. Il faudra donc que Bamako montre des gages d’assurance. Car pour moment, de nombreux points d’interrogation planent sur la tenue du scrutin présidentiel sur la totalité du territoire malien. Que se passera-t-il le 29 juillet prochain ? Grosse interrogation et grande anxiété.

Ahmed BAMBARA

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