Boutef renonce au 5e mandat : Qui pour diriger la Transition fourrée ?

Boutef renonce au 5e mandat : Qui pour diriger la Transition fourrée ?

Abdelaziz Bouteflika, président-sortant, mais pas encore sorti ! Quelle virtuosité politique ! En recadrant tous les yes men de son entourage, en les désavouant, qu’il n’a jamais été question pour lui, ni d’un 5e mandat, ni quoique ce soit, toujours par un épistolaire présidentiel, Boutef se dirige déjà vers la sortie par la grande porte. Voire !

Bien qu’on devine aisément que c’est le même entourage du pouvoir, qui aura compris qu’avec ces villes qui se bondaient de monde depuis 3 semaines contre ce bail de trop, bien qu’on subodore que ce soit ce sérail qui ait fait ce rétropédalage, c’est bien le grand malade algérien qui en sort grandi.

Boutef s’est donné un répit précieux jusqu’au 26 avril 2019 date de péremption constitutionnelle de son mandat, mais temps suffisamment imparti pour lui permettre d’activer un conseil présidentiel pluriel qui tordra le coup à la constitution, puisqu’aucune clause de la loi fondamentale ne prévoit ce scénario, laquelle transition est calée d’abord sur 2 personnalités :

Noureddine Bedoui, qui hérite de la primature (Exit Ahmed Ouhiya) et l’inusable Ramtane Lamamra qui étrenne celui de vice-premier ministre.

Deux personnalités qui dessineront de concert avec l’armée, le FLN et tout le système Bouteflika, le profil du pouvoir intérimaire lequel pouvoir aura pour principaux points focaux, une conférence nationale, une réforme constitutionnelle et des élections aux alentours de 2020.

Boutef, par cette pirouette qui a désarçonné plus d’un Algérien, fait du temps son allié et en se maintenant au pouvoir, obtient un bonus qui s’apparente à un 4e mandat, un «glissement» à l’algérien

Paisiblement. Pacifiquement. Sans violences. Mais avec perspicacité, ténacité et un patriotisme qui donne des leçons au monde entier, les Algériens sont venus à bout du clan,  du système Boutef. 

Trois semaines durant,  avec une endurance à toute épreuve, mêlant messages clairs à comportement responsable, ils ont réussi à se jouer des subterfuges du camp d’en face. Rejetant la pirouette du 5e et dernier mandat,  balayant du revers de la main l’épouvantail et la promesse du retour des années de braise et de douleur,  ils sont restés fixés sur leur objectif, leur but,  leur aspiration,  leur rêve d’une Algérie débarrassée d’une gérontocratie vieillissante, dépassée aux relents de sangsue à la voracité d’ogre des cavernes. 

La gardienne du temple,  l’armée, constituait sans doute le bouclier balistique qui pouvait inquiéter les manifestants. C’est elle, ses canons,  ses baïonnettes et ses carabines qui auraient pu retarder et qui ont sans doute retardé le dénouement de cette chevauchée du peuple algérien. 

Mais ce rempart a cédé. Les ressorts ont été cassés un à un,  désarticulant la mécanique qui a maintenu au pouvoir une famille de dirigeants avides et insatiables de pouvoir et d’argent. Le mur qui résistait s’est écroulé, dévoilant  l’échafaudage Boutef dans toute sa faible et vulnérable nudité. Le peuple algérien peut donc applaudir une victoire. Mais cette victoire demeure une victoire d’étape. Victoire d’étape donc pour le peuple algérien, mais dont le qui-vive est requis, car il y a loin de cette reculade à un renoncement du pouvoir par ce clan qui depuis 20 ans, préside aux destinés de l’Algérie.

Car Abdelaziz Bouteflika n’a pas encore quitté le pouvoir. Cela ne peut être son dernier mot.  Les derniers soubresauts, les derniers spams de l’anaconda démembré peuvent toujours être préjudiciables à la volonté de tout un peuple. 

Il n’est pas en effet besoin de consulter des devins ultra visionnaires au Bénin ni de taper du sable superbement  sacré  de Fada N’Gourma au Burkina  pour savoir que les décideurs d’aujourd’hui n’useront pas de subterfuges machiavéliques pour rester malgré tout dans le cockpit du pouvoir. Le pilote change,  mais pas l’équipage. 

Qui pour diriger cette transition fourrée, pleine forcement de chausse-trappes, qui se profile ? Serait-ce une transition démocratique ? Va-t-elle ressembler à l’après Boudiaf avec Ali Kafi, puis Liamine Zeroual en 1992 ?

Est-ce le consensuel Lamarane ? Ou est-ce dans les ex-premiers ministres qu’on désignera  ce président intérimaire ?

Est-ce que Boutef va carrément se retirer ?

Enfin, ces mesures vont-elles faire cesser les manifestations de la rue ?

Quelle sera la posture de l’armée, qui quoiqu’on dise aura contribué de par son accommodation à cette révolution silencieuse à faire plier le régime ?

Le peuple algérien a certainement su s’abreuver des multiples printemps arabes et autres insurrections du côté de leurs «cousins» d’Afrique du Nord pour éviter des écueils et des travers déjà vécus par d’autres peuples. De vieux systèmes ont été déboulonnés mais de leur cratère ont jailli des torrents de problèmes et de difficultés. D’autres ont été déracinés. Ils ont même voltigé à vingt mille lieux haut dans les cieux, mais sont après retombés sur leur socle.  Il serait vraiment dommage de se crever un œil en voulant  y déloger un grain d’air… .

Ahmed BAMBARA

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