Cas Jacob Zuma  : L’ANC entre le marteau de l’immunité et l’enclume du coût des procès

Cas Jacob Zuma : L’ANC entre le marteau de l’immunité et l’enclume du coût des procès

Président «Téflon». Celui sur qui tout glisse. De motions de défiance en déclarations de rejet, Jacob Zuma est toujours resté en selle. Mais cette fois, c’est la dernière ligne. Il serait étonnant qu’il «survive» à ce qui semble l’ultime assaut. Thabo M’béki n’y a pas échappé il y a 9 ans, encore que lui était parti sans faire de la résistance, sous les coups de boutoirs instrumentalisés par Zuma. La convocation du Conseil national exécutif de l’ANC hier 12 février est la surface de réparation pour tout président élu, depuis les bases de l’ANC. Il est difficile dans ce cas que le but ne fasse pas trembler les filets : le rappel et la démission du chef de l’Etat.

Hier donc un cénacle de près d’une centaine de personnalités du parti au pouvoir a pinaillé pendant des heures pour trancher, sur le sort de Zuma, ou plutôt sur les conditions de son départ, car pour ce qui est de son sort, les dés sont jetés. Alea jacta est ! diront les latins. Il doit donc partir ! Mais comment il sortira de l’arène, et comment gérer les casseroles tintamarresques qu’il traîne ? voilà la problématique à laquelle sont confrontés Cyril Ramaphosa et les siens !

Mais connaissant Jacob Zuma, il serait capable de ne pas plier l’échine. Dans ce cas-là, il sera cependant pris entre un étau. La première mâchoire est déjà en place : une motion de défiance de l’opposition qui s’actionnera le 22 février. La seconde mâchoire sera formalisée par une deuxième motion de censure qui viendra, elle, des rangs même de son parti, l’ANC.

La véritable question, c’est de savoir avec quels bagages le futur ancien président de l’Afrique du Sud va sortir du palais présidentiel. Seront-ils gonflés par les deux garanties qu’il négocie actuellement, l’immunité et la prise en charge des frais de justice ?

En fait, dans ce bras de fer, dernier baroud d’honneur d’un homme acculé, il y a deux solutions :

– premièrement , l’immunité : un choix impossible pour l’ANC qui n’a pas compétence à la donner, et qui sait que même si il l’avait, un tel parapluie octroyé au vieil zoulou de président ferait plus de mal que de bien, en tout cas, électoralement. Les Sud-Africains ayant ras-le-bol, des affaires judiciaires de leur président. Au demeurant, lui paré des atours d’une telle situation, c’est encourager l’impunité, surtout au sommet de l’Etat.

– deuxièment, la prise en charge des éventuels procès : il est clair comme un nez crasseux sur une tronche propre, que le président ne peut échapper à la justice. Avec 783 chefs d’inculpation qui pendent sur sa tête et cette vague d’indignation qui gronde, il lui serait difficile de rêver d’une vie après la présidence remplie par les sonorités de la tranquillité. D’où l’hypothèse d’une prise en charge d’inéluctables jugements à son encontre. Mais être dans le box des accusés, et éventuellement s’attendre à des condamnations, surtout dans le cas d’espèce, ou le rassemblement des preuves sera aisé, être donc face aux jugements coûte cher et le cher Zuma, veut que l’ANC crache au bassinet pour l’aider. Voilà donc l’ANC pris entre le marteau de l’immunité et l’enclume des prises en charge mises sur la table par le coincé mais madré Zuma. Et si la vox populi s’énerve et ne comprend pas pourquoi Ramaphosa,  et l’ANC tergiversent avant de tourner le pouce vers le sol, c’est que le vulgus ignore peut-être, que même affaibli, Zuma a toujours des partisans dans l’ANC, pire, vu son pédigrée, il a dans son carquois pas mal de boules puantes qui pourraient rendre durablement, le mandat de Ramaphosa nauséabonde. D’où le fait qu’on le ménage, car le même Ramaphosa sait que quand un chef a le dos au mur, il se fait soit fou, soit bête. Dans tous les deux cas, l’ANC sortira perdant. Autant accompagner Zuma dehors !

Ahmed BAMBARA

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