Cl-major Boureima Kiéré au téléphone : «Le grade de général de Zida n’est pas réglementaire»

Cl-major Boureima Kiéré au téléphone : «Le grade de général de Zida n’est pas réglementaire»

Le procès du putsch manqué du 16 septembre 2015 a repris hier lundi 25 mars 2019 après la brève suspension du week-end. L’audience d’hier a été marquée par le débat sur la pièce introduite par le parquet le mardi passé et les échanges sur les écoutes sonores.

Les parties civiles et le parquet ont plaidé pour, les avocats de la défense contre. Il s’agit du document introduit par le parquet à l’audience du mardi 19 mars et qui a fait l’objet de débats concernant sa recevabilité lors de l’audience d’hier lundi 25 mars 2019. En rappel, c’est une pièce qui retrace les communications entre certains accusés délivré par l’ONATEL. Bien entendu, elle incrimine les accusés. Ne voulant pas de cette pièce dans le dossier, les avocats de la défense ont plaidé pour qu’elle soit retirée. C’est l’exemple du bâtonnier Moussa Coulibaly qui a demandé au président du tribunal d’écarter ladite pièce. La raison avancée est qu’elle a été obtenue frauduleusement et qu’elle est illégale. Rappelant que l’on ne connait pas son origine, au nom de son client, le bâtonnier Mamadou Traoré refuse d’opiner là-dessus. Il aura le soutien de son confrère, Me Olivier Yelkouni qui estime que la pièce en question pose un problème de fiabilité. Pour se justifier, il prend des communications entre le général Gilbert Diendéré qu’il représente, et l’ex-directeur général de la police, Lazare Tarpaga. Le document retraçant les appels émis par le général en direction du témoin, ne fait pas le cas inverse. Ceci amène l’avocat à relever qu’il y a une incohérence. D’après lui, l’on doit retrouver les traces de communications dans les deux sens. Doutant de la sincérité du témoignage du commissaire Lazare Tarpaga, Me Olivier Yelkouni pense qu’il n’a pas dit la vérité. D’après lui, le témoin a confié que le général l’a appelé cinq fois alors que le document dit le contraire. Abondant dans le même sens que ses confrères, Me Latif Dabo rappelle l’article 61 qui dit que c’est au tribunal de désigner le juge ou le magistrat qui pourra requérir dans le cas d’espèce. Confirmant que pour le présent document, le tribunal n’a pas désigné le parquet, il estime comme ses prédécesseurs que le tribunal ne doit pas en tenir compte. Me Olivier Yelkouni renchérit : «dès qu’un dossier atterrit devant vous, il est intangible et c’est vous seul qui pouvez commander des suppléments».

La réplique des parties civiles

Ne partageant pas la position des conseils de la défense, l’avocat des parties civiles, Me Prosper Farama va poser la question de savoir où se trouve la fraude, où se trouve l’illégalité ? Son confrère Me Guy Hervé Kam convaincu aussi qu’il n’y a pas de fraude dans l’obtention du document, va prendre l’exemple de l’accusé, Mamadou Traoré à qui il a été demandé de montrer le numéro avec lequel le président sénégalais Macky Sall l’avait appelé. Il faut rappeler que pour justifier sa présence au camp Naaba Koom II lors des évènements, il a confié s’être rendu en ces lieux afin d’apporter un message au général Gilbert Diendéré de la part du président sénégalais dont il était un conseiller. L’avocat des parties civiles confie que l’on ne voit aucune trace d’un numéro sénégalais qui l’a appelé dans le document du parquet.Pour lui, le prévenu avait la possibilité de demander à ce qu’on relève les traces de cet appel afin de se disculper, mais il ne l’a pas fait. Il fait observer que s’il ne l’a pas fait, c’est parce que Macky Sall ne l’a jamais appelé.

Sa conclusion est que si la défense refuse d’opiner sur la pièce en question, c’est parce qu’elle sait qu’elle ne peut pas opiner sur un document qui prouve le contraire de ce qu’elle avance.

Les écoutes sonores

Passée la phase des débats sur la pièce introduite par le parquet, les différentes parties ont opiné sur les écoutes téléphoniques qui constituent des pièces à conviction dans le dossier. Pour ce qui est des premières écoutes, ce sont les communications entre le témoin Bénédicte Jean Bila et certains accusés. Cinq communications ont constitué ce dossier. Dans ces échanges, adressés à des accusés tels que le colonel major, Boureima Kiéré et Me Hermann Yaméogo, il était question du Conseil national de la transition (CNT), qui s’est réuni pour la mise en accusation des membres du gouvernement Tiao. Dans une autre communication, il était question du financement des partis politiques. La troisième communication fait état de l’attentat, de baratiner les enfants, la promotion du colonel major Boureima Kiéré et du général Gilbert Diendéré. La quatrième parle de l’organisation du 8-Mars. Ce sont les appréciations faites par le parquet après avoir écouté les éléments sonores. Le procureur militaire va faire observer que c’est la 3e communication qui a un lien avec les évènements et qu’il n’y a pas grand-chose à en tirer.

Invité à se prononcer sur les écoutes, le colonel major Boureima Kiéré a relevé le fait que les éléments sonores ne comportent pas de dates. «C’est dommage et il y a un problème», a-t-il soutenu. Cependant, il reconnaît avoir communiqué avec M. Bila et rappelle que le premier échange entre eux remonte au 4 juillet 2015 et que le second c’est le 3 septembre de la même année. Détaillant la conversation du 4 juillet, l’officier supérieur affirme avoir fait part à son interlocuteur de son mécontentement à l’égard du régime de la transition. Il confirme par ailleurs, lui avoir dit que les militaires présents dans la transition doivent être débarqués. Pour ce qui est de la seconde communication, il confirme qu’il était question de la promotion du lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida au grade de général de division (trois étoiles). S’il l’a dénoncé, il soutient avoir tenu des propos du genre : «le grade de général ne court pas les rues» .

Edoé MENSAH-DOMKPIN

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