Compact With Africa 3 ans après :  L’urgence est de sécuriser l’existant siphonné par les terroristes

Compact With Africa 3 ans après : L’urgence est de sécuriser l’existant siphonné par les terroristes

Le format du Compact with Africa n’était pas mal, calqué sur le modèle du Plan Marshall américain. Mis en branle après la  seconde grande guerre. Compact With Africa ou  «Plan Merkel», lancé le 12 juin 2017, se voulait aussi un coup de pouce, une prime financière et économiques aux pays africains, champions dans les réformes démocratiques et des affaires. A l’époque, l’Allemagne avait craché au bassinet 300 millions d’Euros en aide supplémentaire, à la Côte d’Ivoire, la Tunisie et au Ghana.

Mais au-delà de cette aide ponctuelle, l’initiative Compact with Africa moulée dans le G20 se veut une stratégie pour booster le climat des affaires sur le continent, notamment avec le privé.

Trois ans après ce lancement en fanfare, que peut-on tirer comme bilan de ce «Plan Merkel» ?

Outre le fait que l’Allemagne semble se la jouer en solitaire, même si tous les pays du G20 y sont invités, on aura constaté un hiatus d’approche relevé par Emmanuel Macron, qui avait estimé, que si le plan Marshall a fonctionné, c’est que les pays post-guerre avaient toujours des équilibres stables, alors ce n’est pas le cas de l’Afrique où demeure prégnant un «défi civilisationnel».

Les 12 chefs d’Etat africains qui sont depuis hier autour d’Angela Merkel ont dû faire le point à leur illustre hôte, et le constat est que si la coopération Allemagne-Afrique n’a pas décéléré, elle n’a pas progressé non plus. Résultat des courses : le volume des échanges économiques entre le continent et l’outre-Rhin est inférieur avec celui d’avec la Hongrie.

Et si les 1 000 entreprises allemandes présentes en Afrique tentent de faire leur trou, leur posture est de venir faire des affaires et repartir. En outre, de puissants concurrents telles la Chine, l’Inde, la Russie lui fait l’ombrage.

Les pays africains et l’Allemagne doivent donc se rendre à l’évidence : le plan Merkel a besoin du G20, du moins de plusieurs de ses membres. Pas un pas sans l’Europe, voilà ce qui pourrait sauver ce partenariat du cru de la chancelière !

Mais il y a plus urgent : le plan Merkel devrait même mettre en sourdine certains projets économiques pour sauver l’Afrique de différentes crises dont le moindre n’est pas le terrorisme.

Alors même que se déroulait cet aparté berlinois, à 6 000 km de là à Dakar, les lampions s’éteignaient sur le Forum sécurité et paix, un rassemblement qui aura encore mis en exergue la lourde menace que font peser les combattants asymétriques sur l’Afrique depuis le Sahel jusqu’aux côtes du Golfe de Guinée. La France était représentée bien par son premier ministre Edouard Philippe.

On a épilogué dans la capitale sénégalaise sur la Migration et la sécurité. Or, on sait que 800 soldats allemands sont présents au Nord-Mali. Et lors du sommet du G7 à Biarritz en août 2019, Emmanuel Macron et Angela Merkel avaient annoncé la création du «partenariat pour la sécurité et la stabilité pour le Sahel», le «P3S».

Il serait judicieux de fondre tous ces projets ensemble Compact with Africa plus «P3S» … pour rentabiliser les objectifs. Qui trop étreint mal embrasse. A force de créer une myriade de projets pour l’Afrique, on aboutit finalement à des résultats mitigés et l’Afrique se tourne toujours le bec dans l’eau.

La priorité des priorités pour l’Afrique en tout cas pour le Sahel est de se sortir des griffes des katibas, toute tendance confondue, qui inhibent tout développement, tétanisent les citoyens, voire le Tout-Etat et mettent les pays sahéliens (Burkina Faso, Mali, Niger) quasiment sur répondeur économique, tant les affaires sont en pointillé.

Des milliers de déplacés internes (plus de 500 000 au Burkina), des villages qui se vident, Merkel ne peut ignorer également, que les investisseurs déjà réticents jadis pour mettre leurs billes en Afrique, n’y viennent plus de nos jours à cause «du risque élevé» que l’Occident diffuse via les mapings colorés de rouge, signe de danger absolu.

Le G20 doit d’abord veiller à sortir l’Afrique de ce gouffre sécuritaire, le reste on avisera. Sauver l’existant, sinon tout sera perdu, car des Etats faillis, il ne faudra rien en attendre.

Fasse en tout qu’à ce la 4e cuvée du Compact with Africa en 2020, on puisse parler sereinement d’affaires, car à  vrai dire, des 12 princes assis hier autour de la table de la femme la plus puissante du monde, nombreux sont ceux dont le cœur bat la chamade en pensant aux tragédies terroristes qui se déroulent au même moment chez eux. Masse corporelle à Berlin, esprit à Bamako ou à Ouagadougou .

Sam Chris

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