Complications de l’excision chez la femme :  «Elles peuvent même aller au refus des rapports sexuels» (Dr Aïda Bakyono)

Complications de l’excision chez la femme : «Elles peuvent même aller au refus des rapports sexuels» (Dr Aïda Bakyono)

Considérée comme une violation des droits fondamentaux de la femme, une atteinte à son intégrité physique ou à sa dignité, l’excision ou les Mutilations génitales féminines (MGF) est une pratique interdite au Burkina Faso depuis 1996. Cependant, malgré les actions de sensibilisation et de répression entreprises par les autorités pour lutter contre la pratique, force est de reconnaitre qu’elle demeure une réalité dans le pays. Selon le Secrétariat permanent du Comité national de lutte contre la pratique de l’excision (SP/CNLPE), elle touche 67, 6% des femmes de 15 à 49 ans et 11,3% des fillettes de moins de 15 ans. Explication de ce fléau aux multiples complications pour la femme avec Dr Aïda Justine Bakyono, gynécologue-obstétrique en poste à la clinique Frany à Ouagadougou.

L’excision ou les Mutilations génitales féminines (MGF), c’est toutes les interventions qui vont aboutir à couper en partie ou en totalité les organes génitaux externes de la femme. Ou encore, toutes autres mutilations des organes génitaux de la femme que l’on réalise pour des raisons culturelles ou autres et non à des fins thérapeutiques. Cette définition date depuis 1997 et est commune à l’OMS et à l’UNICEF. Commune à plusieurs sociétés, l’origine de l’excision reste tout de même inconnue à ce jour.

En effet, présente dans plusieurs cultures, religions et sur plusieurs continents, il serait prétentieux  de vouloir déterminer son origine. Selon Dr Aïda Justine Bakyono, gynécologue-obstétrique en poste à la clinique Frany, d’aucuns l’avaient attribué à l’islam. Cependant, les versets du coran qui font cas de l’excision n’encouragent pas à retirer un organe chez la femme.

Mieux, une des paroles du prophète Mohamed à une femme de Médine qui aurait été rapportée dans le Coran et ferait allusion à l’excision, disant : « n’enlève pas et cela sera source de plaisir pour la femme et apprécié par le mari». Mais au fait pourquoi la pratique-t-on ? A cette interrogation, Dr Bakyono fait remarquer que les raisons évoquées sont multiples et très complexes. «La plupart des communautés qui pratiquent l’excision évoque la tradition et la religion. Sur le plan traditionnel, elles (communautés) disent que c’est une pratique qu’elles ont toujours fait et qu’elles continueront de faire parce que c’est un héritage de leurs ancêtres». En plus de cela, il y a  la norme sociale.

A ce niveau, «nous avons des communautés qui ont toujours excisé, et l’excision va déterminer l’appartenance d’une fille à une société. Si elle n’est pas excisée, elle est considérée comme en marge de ladite société», explique-t-elle. Autre raison évoquée, la sexualité. Certains pensent qu’il faut exciser pour réduire la libido de la femme et l’empêcher d’avoir non seulement des relations sexuelles avant le mariage mais également pour qu’elle soit fidèle à son mari. Sur le plan religieux, c’est surtout  les religions musulmane et chrétienne. Cependant, aucun passage du Coran ni de la Bible n’encourage à pratiquer l’excision.

D’autres évoquent des raisons esthétiques. Selon eux, une femme qui n’est pas excisée n’est pas pure. Toutefois, il est important de dissocier l’excision de la circoncision qui elle, va consister à retirer le prépuce, c’est-à-dire la peau qui recouvre le gland chez l’homme. Elle est réalisée surtout dans un but religieux et dans certaines ethnies aussi. C’est une intervention qui est parfois recommandée pour des raisons médicales surtout en cas de phimosis. La circoncision est autorisée voire recommandée, contrairement à l’excision qui est interdite  dans de nombreux pays dont le Burkina depuis 1996 et punie par la loi.

Par ailleurs, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il y a quatre types d’excision. Il s’agit du type 1 qui consiste à couper en partie ou en totalité le clitoris de la femme ;

Le type2 qui va consister à couper le clitoris en partie ou en totalité les petites lèvres ;

Le type 3 qui consistera à couper en partie ou en totalité l’appareil génital externe de la femme et à suturer après avec un rétrécissement de l’ouverture du vagin, c’est ce qu’on appelle infibulation ;

Le type 4 quant à lui, c’est toutes autres interventions qui sont réalisées sur l’appareil génital féminin et qui ne sont pas faites pour des raisons  thérapeutiques. On comprend dans ce type les scarifications du vagin, l’introduction d’écorces,  de décoctions, etc.

Une pratique aux complications multiples pour la femme

Les conséquences de l’excision sur la femme sont multiples et de plusieurs ordres à en croire la spécialiste en gynécologie.

On a  d’abord les complications immédiates à savoir : l’hémorragie pouvant conduire à la mort dans un état de choc, la douleur, les traumatismes corporels car la victime se débat lors de la réalisation de l’excision vu la douleur.

Ensuite, les complications secondaires peuvent être : la rétention d’urine, l’infection bactérienne, les intoxications liées aux mixtures et décoctions utilisées pour soulager la douleur, l’absence de cicatrisation,  l’absence d’évacuation du sang des règles.

Enfin, les complications tardives et les séquelles possibles. Il s’agit de l’infection au VIH et à l’hépatite B liée à l’utilisation de matériel non stérilisé, le tétanos, le rétrécissement de l’orifice vaginal responsable de douleurs lors des rapports sexuels et des complications obstétricales (examen clinique difficile voire impossible, rétention des produits de conception dans le vagin en cas de fausse couche, déchirures du périnée, souffrance néonatale, fistules …), l’obstruction chronique des voies urinaires,  l’incontinence urinaire, les séquelles psychiques telles que le stress, l’anxiété, la dépression, le refus des rapports sexuels, le manque d’estime de soi…

Pour venir à bout de ce fléau qui a toujours la peau dure sous nos cieux, plusieurs actions doivent être menées. «Il faut dans un premier temps une  sensibilisation des populations sur les conséquences de l’excision. Il s’agit d’amener ces populations qui sont parfois ignorantes à prendre conscience du tort et du mal qu’elles font aux femmes et aux jeunes filles.  La deuxième action c’est la dénonciation des cas. A ce niveau, il faudrait que les populations qui sont témoins de cas d’excision aient le courage d’aller vers les autorités compétentes pour dénoncer les auteurs. Troisièmement, l’application des sanctions contre les personnes qui continuent de pratiquer l’excision. Des lois ont été adoptées pour punir ceux qui s’adonnent à la pratique et il faut qu’elles soient effectivement appliquées», a recommandé la gynécologue.

Par ailleurs, en matière de lutte contre les MGF, le pays des hommes intègres est cité en exemple parmi tant d’autres pour son engagement. Ainsi, dans le code pénal burkinabè, il existe des sanctions contre la pratique de l’excision.

L’article 380 dit que : «est puni d’un emprisonnement de 6 mois à 3 ans et d’une amende de 150 mille à 900 mille F CFA ou de l’une des deux peines seulement quiconque porte où tente de porter atteinte à l’intégrité de l’organe génital de la femme par ablation totale, excision, infibulation, insensibilisation ou par tout autre moyen. Si la mort en résulte, la peine est de 5 à 10 ans». Selon l’article 381, «les peines sont portées au maximum si le coupable est du corps médical ou paramédical. La juridiction saisit peut en outre prononcer à son encontre l’interdiction d’exercer sa profession pour une durée qui ne peut excéder 5 ans». L’article 382 lui, stipule qu’«est puni d’une amende de 50 mille à 100 mille F CFA, toute personne qui ayant connaissance des faits prévus à l’article 380, n’en avertit pas les autorités compétentes».

Pour le moment, notons qu’aucun pays n’a légalisé l’excision. Mais, il y a quelques cas de lutte visant à légaliser la pratique  qui sont rapportés dans la littérature. Il s’agit d’une femme médecin au Kenya qui milite dans ce sens. Pour elle, les femmes devraient avoir le choix de la pratique. Il y a aussi deux gynécologues américaines qui  sont pour la pratique de l’excision, car elle serait comparable à la circoncision, selon ces dernières. Elles souhaiteraient qu’elle soit légalisée et faite dans un cadre médicalisé pour éviter les complications dont sont victimes les femmes lorsque l’excision est réalisée de façon clandestine. Mais à ce jour, aucun pays n’a légalisé l’excision.

Boureima SAWADOGO

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