Concertations nationales au Mali : Au-delà des strapontins, conjurer le spectre d’un Etat failli

Concertations nationales au Mali : Au-delà des strapontins, conjurer le spectre d’un Etat failli

Le mérite du grand conclave malien de ce 5 septembre 2020 rassemblant le CNSP, les partis politiques, les syndicats, le M5-RFP, les signataires de l’Accord d’Alger (exceptée la CMA), aura été de convier quasiment tous les protagonistes à tracer les linéaments d’une Transition censée être le bout du tunnel de ce pays multicrisé. Exit l’ère d’IBK, lequel déchu est en soins aux émirats Arabes.

Déjà une petite moisson ce week-end, avec le premier draft à amender par un panel d’experts, une vingtaine de chercheurs, d’universitaires, de fonctionnaires triés sur le volet qui devront intégrer ou rejeter ces recommandations  dans les TDR, les termes de référence qui serviront de base définitive de la palabre qui débutera en principe ce jeudi 10 septembre :

Portrait-robot du président  de la Transition ;

Durée de la transition ;

Qui et qui pour occuper les postes ministériels…

Une charte de la Transition qui devra agglomérer les souhaits et les desiderata de tous les acteurs, à l’image de ces jeunes Maliens qui avaient été écartés de certaines commissions de ce raout politique, avant d’en être intégrés. Une charte d’ailleurs dont les Maliens devront en soupeser les tenants et aboutissants pour qu’elle ne prenne pas le primat sur la Constitution, qui reste la boussole républicaine.

Le voisin du Burkina-Faso a connu la même difficulté en 2015, avec une charte que d’aucuns ont qualifié d’appendice de la Loi fondamentale, d’autres voulant qu’elle prime sur cette Constitution. Finalement, grâce à la vigilance des Burkinabè, et d’un président de la Transition Michel Kafando, qui voulait sortir la tête haute de l’Histoire, les 13 mois des «insurgés» ont été relativement bien gérés.

Pour méthodique et transparente qu’elle soit, cette Transition en gestion ne devrait donc pas prendre la proie pour l’ombre. A savoir que cette tribune ne doit pas être le lieu de répartition des postes les plus viandeux jusqu’aux plus osseux, mais de prendre la question malienne de façon holistique, c’est-à-dire dans la globalité du problème. C’est certain que les militaires s’en voudraient de ne pas occuper des ministères régaliens et autres postes de prestige et il est évident également que le M5-RFP ne voudra pas se contenter de portion congrue. Sans oublier tous les opportunistes et pécheurs en eaux troubles, qui revendiqueront leur place à la table du prince.

Cependant, plus que la rétribution des maroquins et autres grandes directions de l’Etat, les tombeurs d’IBK devraient se dire que le Mali est en train de sombrer et c’est peu dire que l’administration d’un remède de cheval est impérative !

Quotidien difficile marqué par des grèves à tiroirs dans l’Enseignement, la Santé, la prévarication érigée en mode de gouvernance, l’impunité et surtout le terrorisme.

Comme tout menu ne néglige aucun plat, la feuille de route transitoire devra d’ailleurs mentionner en haut de son agenda que les ¾ du pays sont sous l’emprise terroristes, et qu’il faudra récupérer cette superficie. Et les FAMA sont interpellées au premier chef, une armée républicaine défend l’intégrité intangible du territoire, et non renverse des présidents élus fussent-ils incompétents.

Un rappel de cette mission première d’ailleurs réaffirmée par les ministres de la Défense de l’UE, qui s’en lavent les mains en arguant que les putschistes ont reçu leur stage de perfectionnement en Russie et aux USA et non, en Europe. Eau au moulin de tous ceux qui attendent de voir venir,  cette insécurité notoire journalière avec la mort par exemple à Tessalit de 2 soldats de Barkhane ce même samedi, alors que les discussions avaient à peine débuté. Ce qui fait 45 militaires français tués dans l’OPEX Sahel.  8 ans avec 2 coups d’Etat, justifiés toujours par les mêmes griefs, c’est un éternel recommencement, et ça commence à bien faire !

La CEDEAO doit veiller au grain, les Maliens également car un défaut à l’allumage de la Transition, ou un dérapage de celle-ci, et le Mali déjà au bord d’un Etat failli y tombera inexorablement.

Zowenmanogo

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