Construction d’une cité à Korsimoro : Une affaire «nébuleuse» qui plonge les habitants dans le désarroi

Construction d’une cité à Korsimoro : Une affaire «nébuleuse» qui plonge les habitants dans le désarroi

Nous l’avions annoncé le mardi 25 août dernier dans nos colonnes en ces termes : «Ce n’est toujours pas la joie à Raguitenga, village situé dans la région du Centre-nord, à 70 km de Ouagadougou. Dans l’affaire de construction de la cité moderne à Raguitenga engagée par la mairie de Korsimoro depuis 2017,  les habitants sont toujours dans le désarroi total. Et pour cause,  leurs  indemnisations ne sont toujours pas effectuées, alors qu’il était prévu par le conseil municipal et ses partenaires de régler les propriétaires terriens à la fin du mois de juillet dernier». C’est donc un mauvais vent qui souffle à  Korsimoro. Nous nous sommes déportés sur les lieux le samedi 19 septembre 2020 pour en savoir davantage. Pour le porte-parole des jeunes de Raguitenga, Moumouni Ouédraogo, trop c’est trop, il réclame illico presto  la remise à plat sans condition des négociations avec la pleine implication de la jeunesse. 

 

A la suite au cri du cœur du chef du village de Raguitenga à l’endroit des autorités afin qu’une enquête soit  diligentée pour bien comprendre les tenants et les aboutissants de ce qu’il qualifie de «projet d’escroquerie de pauvres paysans», ce sont les jeunes qui sont montés au créneau, le 6 septembre dernier pour attaquer le projet au regard des conditions injustes. Selon les jeunes du village, par le truchement de leur porte-parole Moumouni Ouédraogo, la politique de construction de la cité communale reste inopportune, car selon lui, plusieurs personnes n’ont pas été associées aux négociations.

A en croire ces jeunes très remontés, on ne peut pas penser à une politique de développement de la collectivité sans prendre en compte les jeunes, les adultes, les hommes, les femmes, les enfants et même les partenaires stratégiques. De ce fait, Moumouni Ouédraogo confie que ce projet aurait été traité principalement à Sabouri (village rattaché à la commune de Korsimoro)  pendant presque 4 mois entre certains responsables coutumiers et les autorités communales.

«Le chef de terre de Raguitenga n’a pas été associé à ce projet,  alors que ce dernier est le garant des us et coutumes du village qui porte d’ailleurs le nom de son grand-père ‘’Ragui’’ d’où le nom du village Raguitenga», a-t-il expliqué. Il va plus loin en laissant entendre que la mairie et ses partenaires ont  fait fi de l’avis de la jeunesse dans ce gigantesque projet qui devrait s’étendre sur plus de 400 hectares. Il faut noter que la construction de cette cité occasionnera le déplacement d’environ un millier de personnes et affectera plus de 200 terres cultivables. Selon une source bien introduite, sur un hectare, il est proposé deux parcelles aux propriétaires terriens  et la somme d’un million de FCFA. Aussi, les jeunes ayant 18 ans et plus n’auront pas de parcelle (sauf les chefs de concession), sans oublier que le village serait déplacé plus loin de la route nationale n°3 qui est considérée comme un facteur de développement pour les habitants.

Le comble dans cette affaire, poursuit la même source, les populations de Raguitenga ont été interdites de cultiver en cette saison hivernale pour faciliter les travaux du projet. «Quelques personnes ont juste pris le courage de semer mais cela ressemble à un combat d’échec en avance. Vu que la saison tire vers sa fin», souligne une source locale. Au moment où nous traçons les lignes sur cette affaire «nébuleuse» de construction de la cité, les jeunes de Korsimoro et des localités concernées par ce projet réclament la remise à plat sans condition des négociations avec la pleine implication de la jeunesse, la révision totale des conditions de dédommagements, la prise en compte des jeunes ayant 18 ans et plus dans l’octroi des parcelles et le respect du calendrier de dédommagement.

Aux dernières nouvelles, le maire de Korsimoro, Jacques Ouédraogo serait toujours en négociation avec la coalition des jeunes afin de trouver un terrain d’entente. Le bourgmestre les aurait «suppliés de ne pas faire de bruit», car cela n’arrangerait pas les choses. «Si les partenaires financiers sont informés de ce bruit, ce sera fini pour nous», a dit Jacques Ouédraogo, selon la même source.

Mais, cela semble n’avoir pas eu un écho favorable, au regard de la détermination des jeunes à avoir gain de cause.  Les autorités sont une fois de plus interpellées à voir clair dans cette affaire de cité dont le coût de réalisation s’élève à 15 milliards de F CFA, alors que les propriétaires terriens  n’auront que moins de 800 millions de F CFA.

Omar SALIA

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