Contradictions M5-CNSP au Mali : Tambouille autour de la mangeoire nationale

Contradictions M5-CNSP au Mali : Tambouille autour de la mangeoire nationale

Appelons un chat, un chat ! Partout en Afrique que ce soit après des élections en bonne et due forme ou après un coup d’Etat militaire, la répartition des maroquins et postes de prestiges créent des étincelles a fortiori après un putsch soutenu à bout de bras par un agglomérat hétéroclite comme c’est le cas du Mali.

La mangeoire commence à aiguiser les appétits à Bamako et on entend les effluves de la fringale de certains protagonistes, en particulier émanant du M5 et du CNSP, alliés de par la force des choses, que le partage des postes de la Transition commence à diviser.

Petites phrases assassines, et vidéo du chanteur rasta ivoirien Tiken Dja Fakoly, sur les réseaux sociaux dont les propos s’adressaient, il y a 20 ans au général Robert Gueï putschiste qui avait renversé Konan Bédié, mais dont l’allusion sur Facebook est assez claire, ce qui  donne de l’urticaire aux tombeurs d’IBK.

Pour la simple raison, que ces bouts de mots avec des visages qui invitent le colonel Goïta et ses frères d’armes à retourner à Kati et à laisser les civils gouverner sont inacceptables aux yeux des putschistes ! C’en était plus qu’assez pour que la junte se sente indexée, et nous y voilà, la rétribution des strapontins exacerbe, et on sent que c’est moins l’avenir du Mali, qui est loin d’être radieux, que les intérêts bassement personnels qui préoccupent bon nombre qui semblent se bousculer au chevet du Mali !

En vérité, il fallait s’y attendre, car si la junte a terminé proprement le travail voulu par les partisans de l’imam Dicko, le M5 s’est senti floué de son objectif principal qui était de déboulonner IBK de la colline de Koulouba. Ce dernier parti, chacun lorgne le pouvoir ou plutôt ses lambris dorés et ses avantages matériels. Evidemment dans les discours, on se dit très inquiet du sort du Mali, mais chacun in petto, se pose la question de savoir : «qu’est-ce que je vais gagner dans ça ?». D’autant plus que le CNSP se dit que sans leurs armes, IBK serait toujours là, et le M5 reste persuadé que sans ses manifs et travail de pourrissement, le président n’aurait pas été renversé. Chaque camp revendique le putsch et de facto d’être convié autour du  grand banquet qu’est la répartition des ministères et gros départements.

Ça tombe mal cette atmosphère de partage de dépouille, qui prélude pourtant à l’érection d’une Transition qui doit remettre le pays débout. Une situation qui n’est pas propre au Mali, puisque toutes les Transitions de la sous-région ont connu à un moment ou à un autre ces frictions sur le partage du gâteau. Au Burkina en 2015, et même plus loin dans le temps au Niger en 2011.

Une bagarre de panse qui survient à un moment où la CEDEAO a maintenu les sanctions et intime l’ordre aux putschistes de trouver d’ici le 15 septembre 2 oiseaux rares, un président et un premier ministre civils pour cornaquer ce pouvoir transitoire.

Loin d’être une tempête dans un verre d’eau, ces «malentendus» et «divergences» sont symptomatiques d’un profond malaise, qui si elles ne sont pas résolues lors de cette catharsis que constituent ces consultations nationales, risquent d’hypothéquer, voire inhiber cette Transition qui reste le marche-pied vers un Mali réconcilié avec lui-même pour  faire face à un ennemi commun qui lui taillarde les croupières et tuent ses fils et ceux d’autres pays.

Et pourtant, on sent que le ver est déjà dans le fruit, et à l’heure où le Mali a l’arme commerciale et économique de la CEDEAO pointé sur lui et où le pouvoir déchu a laissé une foultitude de problèmes, les plus insolubles les uns que les autres, en particulier le terrorisme, cette indécente guéguerre manducatoire est une catastrophe. Sans présager  quel camp aura le dessus, puisqu’il faut voir les choses ainsi, il faudra craindre que quel que soit celui qui aura la part du lion, il se voit être combattu via des peaux de banane et des coups bas par le perdant, et c’est le Mali qui trinquera..

Une Transition est par essence un passage à vide, ou des petits margoulints se servent sur la bête, mais aussi  une période propice pour corriger des tares nationales (juger les délinquants à col blanc, revigorer la justice …) et implémenter des bonnes mœurs politiques, avec l’organisation d’élections parfaites pour disposer pour l’avenir. Car il faut rompre avec le cycle infernal des coups d’Etat comme ultimes solutions. Les Maliens pourront-ils transcender leurs problèmes de tube digestif pour penser «Mali d’abord» ? C’est le souhait qu’on puisse leur faire.

Zowenmanogo ZOUNGRANA

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