Convocation de Macron sur Barkhane : Les 5 chefs d’Etat du Sahel iront-ils à Canossa-Confesse ?

Convocation de Macron sur Barkhane : Les 5 chefs d’Etat du Sahel iront-ils à Canossa-Confesse ?

Est-ce la résultante du trop-plein de cette espèce de francophobie distillée publiquement à coups de marches de populations instrumentalisées, ou via les sorties et dérapages langagiers de certains responsables politiques du Sahel ? Ou la pression de l’opinion française qui a poussé Emmanuel Macron à sommer les chefs d’Etat du G5-Sahel à se rendre sous huitaine plus 4 à Pau, afin de clarifier leurs positions sur la présence de Barkhane dans la bande sahélo-saharienne ?

Sans doute, les deux à la fois. A la vérité, on sentait la chose venir après la mort dans le crash d’hélicoptères de 13 soldats de Barkhane dans le Liptako-Gourma le 25 novembre dernier. Il y a eu d’abord l’ire du chef d’état-major des armées françaises, le général Lecointre sur les supputations sur la cause du crash, puis l’invite de Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, à l’égard du Burkina et du Mali à une meilleure gouvernance politique. Autant de prémisses qui présageaient que ce french-bashing ne pouvait pas rester sans réplique.

Depuis les rives de la Tamise donc, au retour d’une conférence de presse, clôturant le sommet de l’OTAN, «en état de mort cérébrale», Emmanuel Macron, sans oublier ses différends avec les Etats-Unis d’Amérique sur l’intervention en Syrie, s’est tourné vers ‘’l’OPEX’’ sahélien, en des termes où ont été rangées au placard les circonlocutions diplomatiques.

Verbatim : «J’attends d’eux qu’ils clarifient et formalisent leurs demandes à l’égard de la France et de la communauté internationale… souhaitent-ils notre présence et ont-ils besoin de nous ? Je veux des réponses claires et assumées sur ces questions…

Je ne peux, ni ne veux avoir des soldats français sur quelque sol du Sahel alors que l’ambiguïté persiste… Les réponses des chefs d’Etat du G5-Sahel, sont aujourd’hui une condition nécessaire au maintien de Barkhane… Le travail politique au Mali et au Burkina, nous ne pouvons le faire à leur place… Je ne parle pas de menaces, mais j’en tirerai toutes les conséquences…».

Le ton sans être acrimonieux, se voulait un peu véhément, comminatoire et ferme teinté d’une colère à peine contenue.

Le 16 décembre prochain donc, les chefs d’Etat dont le territoire est défendu par les 4 500 hommes de Barkhane iront à Pau, ville du casernement du 5e régiment d’hélicoptères, dont 7 éléments font partie des 13 victimes du crash.

L’heure de vérité a sonné pour les Idriss Deby Itno, Roch Kaboré, Gazouani, IBK et Issoufou, car ils devront dans ce cénacle de «recadrage», s’expliquer sur d’abord ce lynchage médiatique et sur Facebook de la France au sujet de sa présence militaire au Sahel, et dire s’ils veulent que Barkhane reste ou que ses soldats fassent leur paquetage pour rentrer.

Le Burkinabè Roch Kaboré et le Malien IBK sont un peu interpellés au premier degré, car c’est dans ces 2 pays où les attaques terroristes se font crescendo, que fusent les relents anti-français, telles les marches à Bamako, ou la sortie du ministre de la Défense burkinabè, sur l’incapacité de la France à battre les terroristes, malgré l’orgie de moyens déployés.

En creux, il faut lire cet oukase à venir à Pau, sous la loupe d’une posture d’une Métropole avec ses ex-colonies, car quand bien même on trouverait des justifications à cet appel pour «clarification» comme normal, le rapport de force rentre en ligne de compte, et on imagine mal la France se comporter ainsi avec d’autres pays que son ex-glacis.

Ceci dit, Emmanuel Macron, à mi-mandat est soucieux de la gestion de ces théâtres d’opérations extérieures (TOE) très impactantes sur l’électorat.

Chirac, ayant servi en Algérie connaissait la chose politique, et avait le nez creux pour ces TOE, en acceptant d’en mener certaines (Bosnie, Kossovo) et en refusant d’autre (Irak) ce qui eut l’heur d’épargner à la France des tragédies comme le Liptako-Gourma.

Sarkozy, moins porté sur l’uniforme kaki, passera à la postériorité comme, celui qui rabota les budgets de la grande muette, dans une réforme corsée. François Hollande, fut un général, qui osa ébranler Serval, sous mandat onusien le 11 janvier 2013 au Sahel, et sauva la région de l’avènement d’un califat, ou d’un Afghanistan sous tropiques. Emmanuel Macron un peu continuateur de Hollande pour le Sahel, se veut certes réformateur et pragmatique, mais échaudé par ses débuts sensibles avec la grande muette, il ne veut pas en rajouter. Il entend avec la bande sahélo-saharienne, qu’on marche sur des bases claires : soit on veut de l’aide française ou on n’en veut pas dans cette guerre molle, et cette mise des points sur les i, il veut les entendre de la bouche des 5 chefs d’Etat du Sahel.

Vibrer de mots en isme, «néocolonialisme, impérialisme», et vitupérer contre la France et continuer à demander son secours est pure hypocrisie et ne passe plus aux yeux de Macron.

C’est véritablement à Canossa et à Confesse que se rendront les 5 chefs d’Etat le 16 décembre 2019, à moins qu’il n’y ait des Konaré, du nom de l’ancien président malien, qui avait refusé de conférer à une convocation de Chirac à Dakar pour une réunion qui s’apparentait selon lui, à une «convocation d’un gouverneur colonial». Alors qui ira à Pau ? Qui n’ira pas ? On sera fixé dans une dizaine de jours.

Zowenmanogo ZOUNGRANA

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