Coronavirus : l’usage de la chloroquine divise l’Afrique

Coronavirus : l’usage de la chloroquine divise l’Afrique

Elle va assurément  continuer de faire parler d’elle, cette molécule bien connue depuis des décennies à travers le monde et longtemps utilisée dans le traitement du paludisme. Face à la propagation de la pandémie de coronavirus, la chloroquine est au centre de la polémique entre chercheurs et scientifiques.

 Tout est parti de la thèse du professeur et médecin français Didier Raoult, qui a annoncé urbi orbi «l’efficacité» de ce produit dans la prise en charge des malades du coronavirus. Celui qui se présente comme le chantre de l’emploi de la chloroquine dans la prise en charge des personnes testées positives au Covid-19, est formel :

Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, le Pr Raoult, également membre du Conseil scientifique dédié au Covid-19, a exposé les résultats de ses essais cliniques sur 24 patients atteints de coronavirus en France. «On a pu comparer la négativation du portage viral chez des patients (…) Au bout de six jours, ceux qui n’ont pas reçu le Plaquenil sont encore porteurs à 90 % du virus, tandis que ceux qui ont reçu le traitement, il n’y a plus que 25 % qui sont porteurs», avait-t-il expliqué.

Selon Didier Raoult, l’efficacité de la chloroquine dans le traitement du Covid-19 ne fait aucun doute, car il fait baisser la charge virale sur les patients. «Tous les gens qui meurent à cause du coronavirus ont encore le virus. Ne plus avoir le virus, ça change le pronostic», a-t-il indiqué. Si ces essais cliniques de Didier Raoult ont  convaincu certains de ses confrères, d’autres par contre appellent à la prudence et pointent du doigt la méthode de l’infectiologue, notamment l’insuffisance du nombre de patients testés. Hier 26 mars 2020, en fin de soirée, les lignes ont bougé du côté de l’Hexagone. Désormais, la chloroquine peut être employée sur les cas sévères à condition que les soignants jugent de sa «nécessité». Une demi-victoire mais victoire tout de même pour le Pr Raoult qui a ensuite adressé un tweet  de remerciement au ministre de la Santé,  Olivier Véran.

Sur le continent noir où le virus fait des bonds inquiétants, l’espoir suscité par l’homme à la chevelure grisâtre a fini par faire tache d’huile. De Rabat où le gouvernement avait décidé de l’ introduction de la chloroquine et de l’hydroxy chloroquine (deux antipaludéens) dans la prise en charge thérapeutique des cas confirmés de Covid-19, au Sénégal en passant par la RDC, les pays africains ont fini par tomber sous le charme de cette molécule controversée et ont décidé de façon souveraine de l’essayer. Dans le même temps, plusieurs autres pays africains (la majorité) trainent les pieds et rongent leurs freins. Au Burkina Faso, une circulaire rendue publique dans la soirée du mardi 24 mars dernier et adressée aux officines pharmaceutiques a décidé de la mise en quarantaine de la chloroquine et de ses dérivés. Cette décision qui sonne comme une méfiance laisse entrevoir des doutes du monde médical sur «l’efficacité» du produit.

Dans ce pays pauvre, où le coronavirus a déjà fait 7 morts, la course vers la chloroquine est désormais lancée et il n’est pas rare de voir des Burkinabè parcourir les ruelles de la capitale pour s’en procurer malgré les appels à la prudence de l’Ordre des médecins. Quel impact pouvait avoir ces appels sur les comportements des populations qui ne savent plus à quel toubib se vouer ?

 C’est connu de tous, la nature a horreur du vide et en ces temps d’incertitudes, l’emploi de la chloroquine en dépit de la controverse est en passe de s’imposer à l’humanité et au pays des hommes intègres en attendant des tests beaucoup plus concluants. C’est du reste ce qu’a annoncé hier jeudi 26 mars 2020 le ministre Alkassoum Maïga lors du point de presse du gouvernement sur la situation de la pandémie.

La Rédaction

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