Corruption au Burkina :  REN-LAC dénonce une impuissance étatique

Corruption au Burkina : REN-LAC dénonce une impuissance étatique

Le Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) a transmis au Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, un mémorandum d’interpellation sur la nécessité d’une volonté politique ferme dans la lutte contre la corruption, à l’occasion d’une audience accordée le 27 mars 2018. Et à travers une conférence de presse, animée le mercredi 11 avril 2018, à leur siège, les premiers responsables de la structure ont fait le point de la rencontre. Pour eux, les propos du Président du Faso sonnent comme un aveu d’impuissance face à ce fléau qu’est la corruption.

Dans le cadre de sa mission d’œuvrer à la garantie de la transparence dans la gestion de la chose publique, le Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) a, au cours d’une audience avec le chef de l’Etat, Roch Marc Christian Kaboré, le 27 avril dernier, transmis un mémorandum d’interpellation sur la nécessité d’une volonté politique ferme dans la lutte contre la corruption, au Burkina Faso. Après cette rencontre, le REN-LAC a, à l’occasion d’une conférence de presse, animée le mercredi 11 avril 2018, à son siège, fait le point de l’audience.

Le secrétaire exécutif du REN-LAC, Dr Claude Wetta, a indiqué qu’au cours de cette audience, le REN-LAC a exprimé au chef de l’Etat, son insatisfaction et ses inquiétudes quant à sa volonté et son engagement dans la lutte contre la corruption au pays des hommes intègres. Il explique qu’en 20 ans d’existence, le réseau a apporté une contribution non négligeable à la lutte contre la corruption et la mal gouvernance, parfois dans des contextes d’hostilité établis par les gouvernants. Cependant, force est de constater que la volonté politique, qui devrait être impulsée depuis le sommet de l’Etat par le Président du Faso lui-même, fait défaut. Pourtant, il avait, au lendemain de son élection, déclaré que «le temps de la corruption et du vol est terminé». Pour le REN-LAC, les faits montrent cependant que loin d’être terminé, le temps de la corruption et du vol court et avec célérité. «Plus de trois ans après l’insurrection populaire et deux ans après la résistance au putsch de 2015, la situation demeure caractérisée par de fortes et légitimes attentes en matière de gouvernance et de lutte contre l’impunité», a dit Dr Wetta. Au plan judiciaire, il signale que malgré que des avancées législatives et institutionnelles enregistrées dans le sens du renforcement de l’indépendance, force est de constater que les effets notables de ces avancées ne sont pas encore très perceptibles dans le traitement des dossiers de crimes économiques. Au plan administratif, le réseau s’indigne que les malversations ne donnent pas systématiquement lieu à des poursuites disciplinaires, ni au recouvrement des sommes détournées. «Les dénonciations récurrentes de la presse dont celle relative aux audiences dans le proche entourage du Président lui-même et dans des ministères, semblent laisser celui-ci et son gouvernement dans une indifférence totale qui flirte avec la complicité», a avoué Claude Wetta. En outre, il soutient que la remise en cause de la désignation des directeurs généraux des sociétés d’Etat et des établissements publics de l’Etat, par voie de recrutement, et sur appel à candidature, de même que la tendance à l’allègement des conditions de recours aux procédures de gré à gré dans la passation des commandes publiques, n’augurent pas de bonnes perspectives pour la lutte contre la corruption. C’est dire donc que la promesse de «tolérance zéro» est une ligne d’horizon qui s’éloigne, au fil des ans. Une situation qui, aux dires de Dr Wetta, inquiète l’institution pour laquelle, précise-t-il, il est nécessaire d’impulser depuis le sommet de l’Etat, une dynamique de bonne gouvernance dans la gestion de la destinée des Burkinabè.

De ce fait, à travers son mémorandum, le REN-LAC a interpellé le chef de l’Etat sur plusieurs points dont deux majeurs : la nécessité d’agirurgemment contre l‘impunité et pour le recul de la corruption, condition sine qua non d’un véritable décollage économique et social de notre pays et celle de mettre en œuvre concrètement les réformes institutionnelles et législatives opérées à la faveur de de l’historique insurrection.Le REN-LAC a particulièrement signifié au Président Kaboré que tout le peuple burkinabè l’invite à prendre le taureau par les cornes dans la lutte contre la corruption, en s’y impliquant personnellement et en donnant l’exemple à travers des signaux forts.

Chaque acteur doit jouer son rôle dans la lutte contre la corruption

En réponse, M. Wetta a fait savoir que le chef de l’Etat, tout en confiant être en parfait accord avec le REN-LAC sur les analyses et sur les points d’interpellation, a aussi insisté sur la nécessité que chaque acteur joue son rôle. Sur la question des détournements dans l’administration publique, Dr Wetta a indiqué que tout en rappelant les actions qu’il aurait envisagées et qui se seraient butées aux exigences de l’Etat de droit, le chef de l’Etat a invité le REN-LAC a aussi orienter ses actions vers les syndicats qui refuseraient de participer à la mise en place des conseils de discipline dans les ministères. En ce qui concerne l’impunité, le chef de l’Etat a indiqué qu’il faut que les vérités soient dites à tous les acteurs et que chaque entité joue son rôle. Pour ce qui est des biens mal acquis, le Président du Faso a, aux dires de Dr Wetta, laissé entendre qu’on ne regarde que «ceux d’en haut, tout en ignorant ceux du milieu qui, malgré leur revenu modeste, ont des patrimoines immobiliers importants à Ouaga 2000». Pour Dr Wetta, au sortir de cette audience, son impression est que le combat de la lutte contre la corruption est perdu d’avance. Il explique qu’à travers les propos du Président du Faso, il y a comme un aveu d’impuissance au sommet de l’Etat face à ce fléau grave. Il estime que pour que la corruption recule dans le pays, il faut un changement de mentalité à tous les niveaux. En sus, Dr Wetta préconise qu’une dynamique saine soit impulsée, depuis le sommet de l’Etat, pour faire reculer ce phénomène. Pour l’heure, le réseau s’inquiète du fait que jusqu’à présent, les autorités n’ont pas encore indiqué la voie à suivre pour une gouvernance vertueuse dans le pays. Par ailleurs, le REN-LAC a appelé les citoyens à renforcer davantage leur niveau de veille et à développer des initiatives pour exercer effectivement, un contrôle citoyen de la gestion des affaires publiques.

Pélagie OUEDRAOGO

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