Corruption dans le secteur de la santé : Prégnante et proteiforme !

Corruption dans le secteur de la santé : Prégnante et proteiforme !

Dans le cadre de la 13e édition de ses journées nationales du refus de la corruption (JNRC), le Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC), a procédé à la présentation des résultats d’une étude thématique sur la corruption dans le secteur de la santé au Burkina Faso. Il ressort de cette étude qu’il y a toutes les formes de corruption dans le secteur de la santé et elles touchent tous les niveaux.

Dans le cadre de ses activités, le Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC), depuis 2004, organise chaque année au mois de décembre, les Journées nationales du refus de la corruption (JNRC). Ces journées constituent à la fois, une campagne de sensibilisation des populations et un cadre d’interpellation des pouvoirs publics pour une lutte plus efficace contre la corruption. Ces JNRC qui s’inscrivent dans le cadre de la commémoration de la journée internationale de la lutte contre la corruption, célébrée le 9 décembre de chaque année, sont à leur 13e édition et commémorées sous le thème «la corruption dans le secteur de la santé : manifestations, impacts, responsabilités des gouvernants, rôle et place des populations dans la lutte». Aux dires des organisateurs, le choix de ce thème s’est fondé sur le fait que la santé est un secteur social particulièrement sensible, où les pratiques corruptrices connaissent une importante croissance tant en ampleur, qu’en gravité et leurs manifestations s’observent dans les secteurs sanitaires publics et privés. C’est au regard donc des propositions inquiétantes de la corruption dans ce secteur de la santé et des multiples formes qu’elle revêt que le réseau a décidé, avec l’appui du PNUD, à travers le projet de renforcement de la gouvernance politique, de  réaliser une étude sur les présomptions de corruptions dans les services de santé. Les résultats de cette étude ont été présentés le mardi 4 décembre 2018 à Ouagadougou, par le secrétaire exécutif adjoint du REN-LAC, Sagado Nacanabo. Selon lui, les données ont été collectées dans six régions administratives du Burkina Faso et à tous les niveaux du système de santé. La population cible enquêtée (393 personnes) était composée d’utilisateurs des services publics de santé (centres de santé, laboratoires d’analyse), des partenaires sociaux, des agents de santé, toutes catégories confondues.

La corruption à tous les niveaux

Sagado Nacanabo informe que l’Etat de la corruption dans le secteur de la santé est endémique. Il explique qu’il y a la corruption à tous les niveaux du système de santé ainsi que toutes les formes de corruption, la petite comme la grande. En ce qui concerne la petite corruption, les formes de pratiques corruptrices et assimilées rapportées par les enquêtés sont : les rackets, la vente directe de produits par des agents de santé, des surfacturations des médicaments, l’utilisation des réactifs et du matériel du service public à des fins privées, les détournements de malades des services publics de santé vers le secteur sanitaire privé, le détournement de médicaments subventionnés au profit des pharmacies privées ou la vente de ces médicaments par les prestataires de soins dans les services de santé etc. Quant à la grande corruption, l’étude a révélé principalement, la gestion des ristournes à la CAMEG. Elle souligne une gestion peu transparente, non seulement des ristournes offertes par la CAMEG à ses clients dans les districts, mais également de ceux dont bénéficie la CAMEG de la part de fournisseurs de médicaments essentiels génériques. On a aussi des conflits d’intérêt, la gestion des crédits délégués de l’Etat par les districts. Sans oublier les passations de marché à la SOGEMAB.

Selon le rapport, les facteurs favorisant les pratiques corruptrices dans le secteur de la santé sont liés entre autres, à la gouvernance du secteur de la santé (le retard dans le paiement des nouvelles recrues, l’impunité, la mauvaise organisation des services de paiement etc.), aux usagers (l’urgence de la prise en charge, l’accès difficile aux agents de santé, la non dénonciation des agents de santé indélicats par les malades).

Et pour ce qui est de la perception des agents de santé sur la lutte contre la corruption,  deux groupes se forment au sujet des appréciations relatives à la pertinence des types d’actions de lutte à mener. Selon le premier, l’absence de sanctions dissuasives et l’environnement ambiant défavorable, annihilent l’efficacité des actions de dénonciation et de sensibilisation. Selon la seconde tendance, il n’y a pas de doute quant à l’efficacité des actions menées contre la corruption. Seulement, du fait du degré de développement du phénomène, le déclic dans l’inverse de la tendance de la courbe est un processus qui demande de la patience.

Les recommandations du réseau

Au regard de ce qui précède, le REN-LAC a formulé quelques recommandations afin de venir à bout de ce phénomène. Il invite le gouvernement à améliorer les conditions de travail et les salaires du personnel de la santé, repenser à l’utilité de la SOGEMAB et réaliser un audit etc. Aux différents responsables de santé, il invite à réorganiser les services de consultations d’urgence, d’analyses médicales et des caisses de recette, de manière à éviter les longues files d’attente des malades ou leurs accompagnants. Aux syndicats des professionnels de la santé, il appelle à sensibiliser les agents de santé sur la loi anti-corruption et définir des règles déontologiques précises sur les conflits d’intérêt à l’attention des praticiens et veiller à l’application de ces règles.   

Le secrétaire exécutif du réseau, Claude Wetta, a apprécié le travail qui a été fait. Il estime qu’il était important pour le réseau de convier tous les acteurs, afin de découvrir le document. Aussi, il se dit confiant parce que, l’énorme travail qui a été fait au niveau de la santé par différents acteurs, va nécessairement porter ses fruits. Présent à la cérémonie, le secrétaire général du syndicat des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA), a pour sa part, indiqué que cette étude était la bienvenue dans la mesure où elle va leur permettre de documenter davantage leurs revendications. «Nous attendons, lorsque tous sera prêt, d’utiliser le document», a-t-il renchéri.

Pélagie OUEDRAOGO

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