Côte-d’Ivoire  : Les raisons du brouhaha de la grande muette

Côte-d’Ivoire : Les raisons du brouhaha de la grande muette

Il est dit que les populations du Nord de la Côte d’Ivoire, en particulier celles du Nord, ne connaîtront pas de quiétude, même après la fin de l’interminable cahotement politico-militaire du debut des années 2000.

Pas un mois, sans le stacato des armes automatiques, comme ce fut encore le cas cette semaine, avec à la clef, la mort d’un soldat dans la nuit de mardi à mercredi à Bouaké. A l’origine de cette énième humeur de la soldatesque, un raid des militaires sur la base du Centre de coordination des décisions opérationnelles (CCDO) aux environs de 20h. Bilan : bâtiments brûlés et un militaire tué. Le casus belli est lié à un contentieux personnel. Mais le doigt de l’apaisement ne saurait cacher le grand malaise qui mine cette armée ivoirienne, ce grand corps pathologique depuis un certain 19 septembre 2002, date où des croquants du Nord justement, sous l’appellation de rebelles, ou le doux euphémisme de Forces nouvelles (FN),  ont fait le coup de feu contre Laurent Gbagbo. Après ce fut la chute de ce dernier, 9 ans plus tard par les urnes et les armes, puis avant cela, l’Accord de Ouagadougou en mars 2007, et surtout le fameux DDR, désarmement, démobilisation et réinsertion qui aura duré de 2013 à 2016, sans autant, faire rentrer véritablement les corps habillés dans les casernes.

 Et 2017 fut une annus horibilis en matière de rebellions militaires, puisque quasiment, tous les casernements ont été touchés par la crise de mutinérite aiguë, et ce, malgré souvent le paiement des primes mutinérie tenante, et les propos rassérénants, las ! Pas plus tard, qu’il y a quelques semaines, chaque démobilisé a reçu 15 millions de FCFA comme prime de départ volontaire. D’où vient que ça continue de tirer ? Les raisons sont à la fois militaires et politiques :

militaires : ‘’les Soro boys’’, les 8 400 ex-Forces nouvelles intégrés dans l’armée régulière n’ont pas pu ou voulu prendre la couleur locale. Ex-rebelles, habitués à agir à leur guise et malgré la fulgurante montée de leurs chefs, les comzones dans la hiérarchie militaro-administrative, les 8 400 FN ne sont pas en osmose avec les autres. C’est dire que la greffe tant souhaitée n’a pas pris. Mal formés, et ruminant de nombreux griefs envers le président Ouattara, accusé de les avoir récompensé en monnaie de singe, ces 8 400 cas regimbent à rentrer dans les rangs. Normal, ils ne sont passés par la case-formation habituelle.

politiques : En lame de fond de ces querelles intra-armées, la politique n’est jamais loin. Lors des sporadiques rebellions de 2017, on avait vu la silhouette de Guillaume Soro se profiler derrière chaque accès sanguin de ces ex-rebelles. Il est vrai que l’actuel président de l’Assemblée nationale, qui avait été plus ou moins mis en quarantaine, avait de quoi rappeler à Ouattara qui l’a aidé à être roi. C’est pourquoi, après les relations polaires qui ont prévalu entre Ouattara et Soro, et leurs 2 ou 3 tête-à-tête ces derniers mois, il n’est pas certain que toutes les divergences soient aplanies. Surtout, il est superfétatoire de croire que du côté de ex-rebelles nordistes, l’après Ouattara, soit vu d’un bon œil, si tant est que cet après est clair. A la vérité, l’armée ivoirienne n’échappe pas à cette maladie rédhibitoire, qu’est sa politisation, oeuvre de ceux qui grenouillent pour 2020 ou après excipent en humeurs militaires. On le dira jamais assez, si Ouattara, veut avoir l’horizon clair, c’est-à-dire, continuer à réaliser ses chantiers, et à avoir une embellie dans le réconciliation, là où son bilan reste mitigé, il lui faudra, une bonne fois pour toutes, ôter ce gros caillou dans son soulier, par des solutions qui satisfassent les corps habillés, il coupera aussi l’herbe sous les pieds de ceux qui veulent lui pourrir son second mandat, et même hypothéquer son héritage. Pour le moment, les Bouakéens en ont marre de ces tirs qui trouent les jours et les nuits.

Sam Chris

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