Coup d’Etat en Guinée : Le premier sur un président vivant mais touché par la pandémie du 3e mandat

Coup d’Etat en Guinée : Le premier sur un président vivant mais touché par la pandémie du 3e mandat

La seule nouveauté doublée d’une prouesse de ce putsch du colonel Mamady Doumbouya et son quarteron de militaires félons, c’est d’abord que ce dernier venait d’être libéré la veille, et surtout d’avoir perpétré ce coup d’Etat sur un président, certes octogénaire avec de petits bobos mais bien vivant  même s’il est atteint du mal du 3e mandat : Alpha Condé lequel a contribué à faire le lit du Comité national pour le rassemblement et le développement (CNRD). D’ailleurs, les premiers mots, et certaines images, virales sur la toile, montraient un des putschistes demandant au président déchu, assis sur un canapé, hébété et offensif en pantalon Jean dépoitraillé, si on lui a fait du mal. C’était au casernement Makombo où le chef de l’Etat déchu a été amené comme un semblant de trophée et de gage brandis pour exorciser à bon compte le mythe d’un Condé indéboulonnable.

Car avant ce raccourci militaire du dimanche 5 septembre, à Conakry, c’était toujours sur le cadavre du président que les militaires ramassaient le pouvoir. Ainsi en a-t-il été de Lansana Conté le 3 avril 1984 sur la dépouille de Sekou Touré et de Daddis Camara sur celle de Lansana Conté le 28 décembre 2009. Des présidents morts de leur maladie, précision qui a son importance.

En cela, les prétoriens de ce dimanche à Conakry n’inventent rien, ils suivent désormais une mode kaki, bien établie en Afrique depuis la première décade de 2000. Plus question de se salir les mains de sang en supprimant le locataire de la présidence comme le 15 octobre 87 au Burkina avec Thomas Sankara, le 9 avril 1999 au Niger avec Baré Maïnassara, ou encore le 2 mars 2009 en Guinée-Bissau avec Nino Vieira.

Maintenant, ce sont de paisibles quoique un peu bruyantes (tirs d’armes tout de même) révolutions de palais comme au Niger encore en 2010 avec le général Salou Djibo, ou récemment au Mali le 18 août 2020 au Mali avec Assimi Goïta.

Pour le reste, seuls ceux qui sont myopes politiquement pouvaient caresser le rêve que ce 3e mandat, obtenu au forceps constitutionnel, en enjambant une centaine de  cadavres, et en tripatouillant les PV des Bureaux de vote, seule donc une politique de l’autruche pouvait croire, qu’Alpha Condé réussirait à conjurer la malédiction de cette 3e pantalonnade démocratique.

Notre envoyé spécial Richard Sekoné (lire édition du 20 octobre 2020) qui avait couvert la présidentielle était revenu sceptique sur la capacité de Alpha Condé à tenir ce mandat qu’il a d’ailleurs allongé à 6 ans. Encore une fois donc la soldatesque a arbitré en Guinée, et inutile que les Africains, la CEDEAO, l’UA, l’UE ou quiconque monte sur ses grands chevaux pour pourfendre cet arbitrage militaire. Déjà ça grenouille côté CEDEAO pour un sommet pour le 7 septembre sur le coup d’Etat guinéen. Ah ces colonels quadra ou quinqua africains ont désormais compris le système et se sont moulés dedans. C’est en effet une loi non écrite, mais d’airain dans l’ex-glacis français, que c’est la panacée quand tout est grippé dans un pays, par les mœurs politiques et économiques ou face à un président qui semble autiste que survient le putsch salvateur ou censé l’être. Les coups d’Etat sont de retour dans l’ex-précarré français. Ironie du sort, le patron du Comité national pour le rassemblement et le développement (CNRD) le colonel Mamady Doumbouya, fait partie des forces spéciales, chargées de veiller sur la sécurité du président, l’histoire veut même que cet ex-légionnaire ait été ramené au pays par Condé pour former ces forces spéciales, tout comme l’était Goïta pour IBK. Obsolètes les Déclarations de Bamako, d’Alger et de Lomé sur les interruptions démocratiques ou les prises de pouvoir hors suffrage universel. Mais quand des civils font des coups d’Etat constitutionnels…ça donne des idées aux militaires. Oublions les vœux pieux couchés dans les chartes de la CEDEAO et de l’UA.

Le scénario sera mutatis mutandis (exactement) comme au Mali. L’UA va menacer, suspendre la Guinée, la France comme toujours va couper les ponts, la Guinée sera sur le ban de la Communauté internationale, les cavaliers de l’UA, CEDEAO, et l’UE, qui ne vivent que de ça vont encore déboîter à Conakry pour exiger un retour du président déchu, sa libération … et tutti quanti. Ce sera tout. Les Africains sont assimilés à des grands enfants gâtés vus de l’Occident et c’est sûr qu’on en rit entre 4 murs.

Le Comité national pour le rassemblement et le développement (CNRD) fera sa transition comme au Mali, et la même Communauté internationale ne pourra que l’accompagner, jusqu’aux prochaines élections. Enfant de la démocratie, mais pas un démocrate, avec 40 ans dans l’opposition, 10 ans au palais de Sekoutoureya, Alpha Condé était gagné par le syndrome de la présidence à vie… et le voici qui rejoint les poubelles de l’Histoire, car c’est de bien de cela qu’il s’agit pour lui. Après son parcours politique il n’avait plus rien à prouver, mais Condé a choisi le pouvoir jusqu’à la lie. Il en paie le prix fort, par une sortie infamante.

La REDACTION

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