CPI : Omar El Béchir rattrapé par les fantômes du Darfour

CPI : Omar El Béchir rattrapé par les fantômes du Darfour

Même si ce ne sont que les esquisses d’un modus vivendi entre le Conseil et les mouvements rebelles, c’est une grande décision : Omar El Béchir pourrait être bientôt devant les juges de la CPI.

Dix ans après l’émission de 2 mandats d’arrêt internationaux en 2009 et en 2010 restés sans suite, la CPI va pouvoir bientôt avoir dans son box, celui qui gouverna le Soudan d’une main de fer de 1989 à 2019 : Omar El Béchir.

La décision du transfèrement de l’ex-tyran du Soudan par le Conseil de souveraineté, intervient après sa condamnation le 15 décembre 2019 à 2 années de prison par la justice de son pays.

D’abord soupçonné d’être un peu magnanime à l’égard de leur ancien mentor, les militaires présents dans l’organe dirigeant du Soudan, avaient donné la vague impression de ‘’sacrifier’’ le chef pour pouvoir garder le pouvoir sans être inquiétés. Question de le juger par un tribunal national, en lieu et place de l’austère Cour de La Haye.

Que s’est-il passé pour qu’après ce procès local, le gouvernement soudanais décide de le livrer à Fatou Bensouda et à ses juges ? Fruit de l’accord négocié avec les rebelles surement. Mais peut-être aussi un gage de bonne conduite, de sincérité, mais probablement la résultante de pressions, à moins que ce ne soit pour mieux éloigner le célèbre reprouvé à l’éternel turban et au sourire de carnassier ?

Encore donc un Africain devant la CPI, va-t-on éructer dans les gargotes et les salons cosy du continent, de surcroit encore un président déchu !

Ce qui est vrai, car sauf erreur ou omission, c’est le deuxième chef d’Etat déboulonné, après Laurent Gbagbo, qui comparaîtra devant la CPI.

Un constat qui ne va pas tasser les procès en partialité, et la croyance en une justice internationale des ‘’Blancs’’ contre les Noirs, qui connurent leur pinacle lors du 26e sommet de l’UA, au cours duquel les chefs d’Etat ont menacé de retirer collectivement leurs pays de ce fameux Traité de Rome. Une CPI qui ne montre pas également souvent des motifs de la blanchir totalement avec les cas de Jean-Pierre Bemba, et même Laurent Gbagbo.

Mais des Africains qui sont oublieux aussi que tous les pensionnaires de Scheveningen le sont de par la volonté des… Africains. Ce sont des Africains qui livrent leurs frères aux juges des Pays-Bas.

Ceci remarqué, il faut saluer cette décision de salubrité judiciaire. La justice est lente, mais elle parvient toujours au bout de ses objectifs.

Pendant une décennie, Omar El Béchir malgré cette épée de la Thémis de La Haye qui pendait sur son crâne, a promené sa silhouette oblongue et soulevé sa canne dans plus d’une dizaine de pays, impunément sans être arrêté, sauf en Afrique du Sud en 2015 où il a failli se faire alpaguer.

Qui aurait d’ailleurs parié que les émeutiers du pain du marché d’Atbara débités le 19 décembre 2018, conduiraient un jour, El Béchir devant une juridiction internationale ?

Mais avec ce futur aller simple du massacreur de Darfouris à la CPI, on se convainc de plus en plus que du chef d’Etat au seigneur de guerre, plus personne ne peut se prévaloir d’un bouclier juridique à toute épreuve.

Qu’un président s’en aille, chassé par les urnes ou par la rue, nul ne peut  être à l’abri de poursuites relatives à des crimes commis pendant l’exercice de son magistère, sauf à conserver le pouvoir jusqu’à la mort.

Qu’on reste dubitatif sur la crédibilité de la CPI, ses méthodes et ses «clients» est une chose, mais que les «intouchables» soient jugés et paient s’ils sont coupables pour leurs forfaits, aucun Africain ne s’en plaindra.

Enfin, un procès de El Béchir, épargnera-t-il ses compagnons militaires, qui ont cheminé avec lui pendant les 20 ans, tels justement les généraux Abdel Fattah Al Burhan, Mohamed Hamdan Dogolo et autres Ahmed Harun et  Ali Kushayb ?

La REDACTION

COMMENTAIRES

WORDPRESS: 0
Aujourd'hui au Faso

GRATUIT
VOIR