Crise en Guinée-Bissau : La CEDEAO et un os nommé Vaz !

Crise en Guinée-Bissau : La CEDEAO et un os nommé Vaz !

Positions tranchées. Président arc-bouté sur sa «souveraineté». Premier ministre retranché derrière la légalité. Une CEDEAO, représentant la toute-puissance communauté sous-régionale, qui veut faire respecter son autorité. Pendant ce temps, un opposant rentre au pays et renvoie tout ce monde dos-à-dos. Le tout dans une atmosphère chargée de nuages qui menacent de déferler en ouragan sur un pays déjà mal loti dans le corps des nations. Tel est le visage présenté en ce moment par une Guinée-Bissau au corps perclus des stigmates de l’instabilité et partage le même banc des Etats faillis que la Somalie, l’Erythrée et la Libye.

Que signifie ce Conseil de guerre convoqué par l’intraitable président Mario Vaz avec le chef d’état-major des armées, bien en vue à ses côtés ? Est-ce à dire que les militaires qui font et défont les régimes, en dépit d’intermèdes électoraux, ont choisi le camp de ce président dont le mandat est forclos mais qui tient à avoir son bonus ?

L’arrivée dans la foulée d’Umaro Sissoko Embalo le leader du MADEM et opposant n°1 dans cet affrontement entre Vaz et son premier ministre limogé Aristide Gomes, pourrait marquer un tournant à cette campagne électorale qui s’ouvre.

José Mario Vaz a revêtu sa peau de léopard de guerre et aiguise sa sagaie pour pourfendre on ne sait quel ennemi. Son conseil de défense donne l’impression qu’il s’apprête à faire face à un envahissement de on ne sait quels guerriers féroces. Ce qui du reste, apporte de l’eau au moulin de ceux qui avancent que le président est en train d’ourdir un plan dont le but est de créer un véritable imbroglio dont les laves gonflées des germes de la bataille vont faire fondre les jarrets fragiles du processus électoral et remettre toutes les pendules à son heure : celle de l’indécision et  du retour d’une crise durable.

Si jamais la prochaine présidentielle, pour laquelle les candidats sont déjà en train de se boxer sur le ring de la pré-campagne électorale, venait à s’abonner au champ lexical du mot «kaput», les «réparations» pourraient prendre un temps que seul le Maître du temps pourra déterminer le gong de fin.  Funeste dessein dessiné par José Mario Vaz si tel est vraiment son plan.

De l’autre côté, il faut reconnaître que le Premier ministre Aristide Gomes ne lui a pas non plus facilité la tâche. Ou plutôt, a engorgé les plates-bandes de ce scénario, en faisant montre d’une défiance continue qui aurait poussé n’importe quel Chef d’Etat dans ses derniers retranchements. Même si Umaro Sissoko Embalo, le candidat du principal parti d’opposition bissau-guinéen, le Mouvement pour l’alternance démocratique (Madem), rentré au pays, met le doigt sur la «faiblesse» de Vaz, le gouvernement Gomes aurait gagné à mettre un peu de tact dans son rapport au président.

Mais s’il y a un point où l’opposant Embalo et le Chef de l’Etat bissau-guinéen se rejoignent, c’est bien l’antipathie manifestée face à la volonté de la CEDEAO de «s’ingérer» dans cette querelle jugée comme relevant de la lingerie familiale, qui doit donc être rincée dans une intimité conséquente.

En effet, dans cette Guinée-Bissau où les caïmans du marigot politique s’étripent, la CEDEAO, est tenue en piètre estime et par le camp du pouvoir, qui reste autiste à toutes ses injonctions, notamment le rétablissement d’Aristide Gomes dans ses fonctions, et par l’opposant, Embalo qui disqualifie l’organisation sous-régionale. «La CEDEAO a fait trop d’erreurs … Libye, Somalie…», martèle-t-on de part et d’autre. En outre, le médiateur mandaté par la CEDEAO, le Guinéen Alpha Condé lui-même ne peut pas arbitrer le dossier bissauen pour des raisons évidentes, car lui-même n’est plus un exemple en la matière, depuis qu’il s’est piqué de guigner un 3e mandat.

Dans cette tour de Babel bissauen, que pourra vraiment faire la CEDEAO, lors de son sommet de Niamey le 8 novembre ? Soyons réalistes, quasiment pas grand-chose, pour ne pas dire que les chefs d’Etat vont se rassembler, brandir les sanctions à l’encontre des contrevenants de Bissau, rappeler les grands principes de dévolution du pouvoir, telle la Déclaration de Bamako, en clair édicter des principes et des vœux pieux, qui jureront avec la réalité du terrain en Guinée-Bissau. Mais pour un recul du président Mario Vaz ? Repassez ! Alors médiation de la CEDEAO ? Merci ! Sanctions éventuelles ? on s’en moque à Bissau !

Ce que les protagonistes semblent oublier, c’est que c’est bien grâce à cette «ingérence» qu’il est question de processus électoral aujourd’hui en Guinée-Bissau. Le guidon du deux poids deux mesures manque d’équilibre raisonnable dans cette situation et ne saurait convenablement guider les commentaires acerbes des pourfendeurs de l’organisation africaine et ses compagnes de l’Union africaine et de l’ONU.

Du reste, si la situation vire au cauchemar en Guinée-Bissau,  il n’est pas certain que le pays s’extirpe de ce mauvais rêve vigoureusement réel sans l’aide d’une épaule «extérieure». Si tant que José Mario Vaz n’a pas d’agenda caché dans le revers de sa veste, il serait bien pour lui de laisser la CEDEAO sauver la face en tenant à bonne date cette élection, l’éventualité d’une dissolution du dernier gouvernement nommé devenant de plus en plus hypothétique. Idem d’ailleurs pour l’opposant Embalo.

Dans ces conditions, il ne reste plus qu’à souhaiter que parmi les scénarii possibles, le pire ne soit pas celui qui soit privilégié. Car il est évident que les prémisses de cette pré-campagne bâtie sur une crise très aigüe augure d’une campagne violente, d’élections tout aussi violentes, et de crises post-électorale, débouchant encore sur un plausible arbitrage de l’armée, dans un pays qualifié déjà de failli, qui dérive vers le proto-Etat.

Mais enfin ! Attendons voir ce que le sommet extraordinaire du 8 novembre au Niger accouchera. Dans 48 heures !

Ahmed BAMBARA

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