Décès de Boutef : La vraie page de l’Algérie se tourne

Décès de Boutef : La vraie page de l’Algérie se tourne

Depuis l’Armée de Libération Nationale (ALN) dans l’Oranais à 19 ans, où il côtoya un certain Mohamed Boukharabou alias Boumédienne, maquisard dans les années 60 au sein «Front du Mali» pour l’indépendance, à la présidence le 15 avril 1999 jusqu’à sa démission le 2 avril 2019, l’histoire d’Abdelaziz Bouteflika se confond avec celle de l’Algérie des 50 dernières années. Boutef peut être considéré comme un homme né sous bonne Fortune selon l’expression de Napoléon, c’est-à-dire ayant la baraka, la chance. A 25 ans à peine, flamboyant ministre des affaires étrangères, et avant il occupa delui de la jeunesse, des Sports et du Tourisme en 1963.

En 1965, après le coup d’Etat du colonel Houari Boumédienne contre Ben Bella, Boumédienne le prendra sous son aile, jusqu’à sa mort en 1978. Excepté la période de «deboumédiennisation» au cours de laquelle Boutef connut sa traversée du désert avec un long exil jusqu’en 1987, son étoile scintillera dans le firmament algérien.

Son destin s’accéléra en 1989 lorsqu’il accéda au Comité central du Front de libération nationale (FLN), marchepied vers le palais d’El Mouradia via un scrutin dont sa victoire est due au  retrait à la dernière minute de 6 challengers en avril 1999.

Boutef l’homme qui repose désormais depuis hier 19 septembre 2021 dans le carré des Martyrs au cimetière d’El Alia à Alger, c’est d’abord un système qu’il a méthodiquement bâti, fort de sa connaissance du marigot politique algérien : un système basé sur le clanisme, la famille, les amis, les affaires et surtout l’armée qu’il mit au pas avant de lui confier la réalité du pouvoir, question de le protéger lui.

Le clan, c’est d’abord son «ombre», le puiné et conseiller saïd partout et nulle part, ce sont aussi des anciens premiers ministres Abdemalek Saleh, Ahmed Ouyahia, Ali Benflis lesquels ont tenté de s’émanciper sur le tard, sans jamais parvenir à convaincre les Algériens de leur neutralité.

L’armée, ce sont les généraux qu’il caporalisa, par des récompenses, ou des mises à la retraite forcées tels entre autres les généraux Mohamed Lamari, Khaled Mezzar, Larbi Benkheir, Mohamed Médienne, Smaï Lamari, et surtout Mohamed Gaïd Salah. Certains sont décédés, mais de tous ceux-ci, Gaïd Salah, sera le survivant qui aura réussi en tant que vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’armée, à maintenir le système Boutef, malgré les apparences, même après sa démission.

Boutef, c’est également le réconciliateur, l’homme de la Concorde civile après les années de plomb en 1990 consécutives aux élections gagnées par le FIS. Mi-octobre 2005 par un référendum avalisé par 97% de «Oui», la paix et la réconciliation nationale étaient actées, les Algériens la doivent à Boutef qui 5 ans plus tôt avait dépêtré le pays du marasme économique dans lequel il pataugeait.

Enfin évidemment, il est l’homme du pouvoir à vie, et bien avant, qu’il ne soit perclus par la maladie, le 27 avril 2013, bien qu’il ne soit l’illustre pensionnaire de la station balnéaire de Zéralda, bien avant tout ceci, c’est le refus catégorique de ses compatriotes pour un 5e mandat qui marquait la fin du Bouteflikisme, du moins dans la forme. En fait, c’est véritablement ce 17 septembre 2021, avec sa disparition à 84 ans, que la page de l’Algérie va peut-être se tourner.

Hirak, ce mouvement d’où émanent des effluves des printemps arabes a contribué par ses coups de boutoir à faire vaciller et à tomber Boutef, en noircissant les rues d’Oran, d’Alger, Ed-Oued…

Mais, il y a eu l’amortisseur le colonel Gaïd Salah, il y a eu le Covid-19, mais il y a surtout la tardive ou l’impossible agglomération de Hirak autour d’une personne. Hirak veut une table rase de toute la galaxie Boutef, des hommes neufs, mais Hirak n’est toujours pas un vrai parti politique structuré, il n’a pas une grande figure de proue qui émerge. L’actuel président Tebboune fait ce qu’il peut, mais l’Algérie post-Boutef n’est pas facile à gouverner. Si l’Algérie veut tourner véritablement la page avec le décès de Boutef, il faut certes, une déconstruction du système, exigée par Hirak mais il faut des hommes probes, intègres, en qui les populations auront confiance ! Des hommes qui sont vierges politiquement. Où dénicher ces moutons à 5 pattes ? Au sein de Hirak ? Dans la jeunesse des partis politiques ? C’est aux Algériens d’opérer ce paradigme !

Zowenmanogo ZOUNGRANA

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