Décès de Dawda Jawara : Le chantre de la Sénégambie s’est éclipsé

Décès de Dawda Jawara : Le chantre de la Sénégambie s’est éclipsé

La Gambie a perdu son premier président. Dawda Jawara a répondu aux appels de la fin de tout à presque un âge canonique, 95 ans. Et une vie bien remplie. Il a eu ce rare honneur, que peu d’hommes ont dans la trajectoire de leur existence, de voir naître ce pays qu’il va ensuite diriger pendant 24 ans de sa vie, avant de se faire évincer par l’excentrique Yahya Jammeh.

Mais contrairement à celui-ci (du moins pour l’instant), le contemporain d’Abdou Diouf a eu la chance de revenir au pays sous les drapeaux de la réhabilitation en 2010, après une traversée du désert qui l’a forcé à élire domicile au Sénégal.

Ce Sénégal qu’il a tant rêvé voir jeter des ponts avec son pays. On se souvient qu’il a tenté de faire fonctionner une lourde locomotive nommée Confédération Sénégambie. Un de ces nombreux essais tentés par des fils africains de recoller les traces que le bistouri du colonisateur a laissé dans la chair du continent, en la tailladant au gré de ses intérêts et de ses ambitions de domination au parfum diffus. Un de ses rêves de voir de grandes entités africaines, au lieu de ces confettis d’Etat que l’OUA, puis l’UA tente depuis 1963 d’agglomérer.

Malheureusement, le beau projet porté à bout de bras avec le président Abdou Diouf est mort dans l’œuf et n’a guère pu aller loin. Des initiatives qui ont été davantage enfouis dans les méandres de la rêvasserie impossible à matérialiser dans la réalité avec l’arrivée tonitruante et fracassante d’un Yayah Jammeh hors de contrôle et qui  était si imbu de sa personne que l’idée de pouvoir dépendre d’un autre était tout simplement inimaginable. Il a pu survivre au coup d’Etat de 1982 grâce toujours à ce si cher Sénégal, mais celui de 1994 lui a été fatal.

Et sans nul doute, si un des regrets du père de la nation gambienne est le non-évenement de la Sénégambie, son autre, doit également être celui de ne pas voir son tombeur dans le box des accusés.

En effet, Dawda Jawara meurt alors que les témoignages sur les exactions, y compris ceux de ses proches comme les «junglers», les preuves s’amoncèlent donc à Banjul, sur la tête du tyranneau qui régenta cette ‘’banane dans une bouche’’ qu’est la Gambie  selon le mot de l’historien burkinabè Ki-Zerbo.

L’avènement d’un certain Adama Barrow, pistonné discrètement en arrière-plan par Dakar contre le tout-puissant président Jammeh, a dû lui remettre du baume au cœur. L’heure n’est plus forcément à la Sénégambie. Mais au moins, il n’y a plus non plus d’hostilités ouvertes entre les deux pays imbriqués.

Mais Dawda Jawara, après avoir vu Adama Barrow à l’œuvre et l’action de «purification» de l’Etat gambien enclenchée par ce dernier, peut désormais reposer en paix. Avec l’image que ce qu’il a fondé, son «bébé»,  est désormais placé sur le chemin de son envol.

Ahmed BAMBARA

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