Décès du président ATT au Mali : Le héros-démocrate et le débonnaire défaillant

Décès du président ATT au Mali : Le héros-démocrate et le débonnaire défaillant

Lorsque le 26 mars 1991, il descendit du camp militaire de Djokoroni à la tête de plusieurs bérets rouges ses frères d’armes, pour monter sur la colline de Koulouba afin de déposer Moussa Traoré l’alors maître absolu du Mali depuis 1968 (décédé lui aussi le 15 septembre 2020 à Bamako), Amadou Toumani Touré (ATT) savait-il seulement qu’il venait de tracer les jalons de la démocratie malienne ?

Ce jour-là et les jours précédents, le Mali vivait sa révolution, Bamako était jonché de cadavres, des femmes nues marchaient dans la rue pour réclamer le départ du tombeur de Modibo Kéita. Après avoir nettoyé les écuries du vieux satrape, ATT organisera des élections propres et remettra le témoin à un professeur d’histoire, Alpha Omar Konaré le 26 avril 1992.

Depuis ce jour d’ailleurs, il est auréolé de l’appellation du «soldat-démocrate», car rares sont les militaires qui firent irruption dans l’arène politique par le fracas des armes et qui acceptèrent de le quitter un jour, sauf victime d’un coup d’Etat ou de la rue.

Dix ans après s’être retiré du pouvoir, ATT signera son  grand retour par la loi des isoloirs cette fois-ci le 12 mai 2002, en battant au second tour l’ex-grand argentier du Mali Soumaïla Cissé. Réélu en 2007, il sera victime lui aussi le 22 mars 2012 d’un putsch conduit par un béret vert de Kati, le capitaine Aya Camara.

Que retenir de ce militaire qui accéléra l’histoire du Mali en 1992 ?

Il fut porté au pouvoir toutes les 2 fois non pas par un parti, mais par un conglomérat de formations politiques et d’associations. «Je ne veux pas créer de parti, mais ouvrir le champ politique à un plus grand nombre de formations», avait-il laissé entendre au lendemain de son élection.

Une décennie durant, l’ex-général à la retraite gouvernera le Mali en père de famille, le premier quinquennat fut plus ou moins passable, mais le second bail révéla les carences de cette gouvernance policée, qui voulait satisfaire tout le monde, mais qui aura mis le pays dans une des situations les plus kafkaïennes.

Gestion patrimoniale du pouvoir, clientélisme, gabegie, ouverture du Nord du pays à Kadhafi le Guide libyen qui y injecta le zeste de terrorisme résiduel dans les années 90, toutes choses qui ont fini par ronger le régime ATT, et à mettre le Mali à genoux, dont le plus pernicieux et dangereux des signes patents est le terrorisme pour lequel au-delà des libérations d’otages dont ATT aura contribué à réaliser, images d’Epinal s’il en est, au-delà donc, ces embellies cachaient mal la laideur d’un pays qui glissait subrepticement vers le chaos sécuritaire, dont se fera d’ailleurs échos un livre trempé au vitriol ATTcratie, signé Le sphinx, brûlot qui fera l’objet d’un procès mais dont les signataires n’ont jamais pu être découverts. L’homme a tiré sa révérance ce 20 novembre en Turquie à 72 ans.

Au fond, ATT restera ce militaire, peut-être «égaré» en politique, qui fit ce qu’il crut être bon pour son pays. Il entraînera en tout cas le Mali sur une pente raide, dont on ne sait pas si même au moment de sa chute, il en avait une claire conscience, peut-être concoctait-il la solution par le dialogue, avec les djihadistes !

ATT passera à la postérité pour ce militaire-démocrate, une démocratie conviviale, sans opposition donc sans garde-fous, sans contre-pouvoir, mais aussi vers la fin du 2e mandat, comme un président débonnaire, ou fleuraient bon le laissez-aller et le copinage à la «Djatiguia» (solidarité), une débonnaireté qui s’apparentait à une sorte de vacuité présidentielle, qui fut peut-être une des causes de sa chute. Mais dans le panthéon des présidents maliens, ATT devrait avoir son rond.

Zowenmanogo ZOUNGRANA

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