Gl Gilbert Diendéré : «Rien ne nous dit que les armes qu’utilisent les terroristes, ne sont pas les nôtres»

Gl Gilbert Diendéré : «Rien ne nous dit que les armes qu’utilisent les terroristes, ne sont pas les nôtres»

L’interrogatoire du général de brigade Gilbert Diendéré s’est poursuivi ce lundi 3 décembre 2018 avec la lecture des rapports d’expertise sur les écoutes téléphoniques et des messages qu’il a échangés avec différentes personnes que ce soit à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Cependant, l’accusé a remis en cause le rapport en question. Accusé d’avoir cherché à faire trainer le désarmement des éléments du RSP, le général rejette cette accusation tout en soulignant qu’il ne voulait pas que cela se fasse dans la précipitation. Révélant que des armes ont disparu durant le processus, il se demande si ce ne sont pas ces armes qui sont utilisées actuellement par les terroristes qui attaquent le pays.

Le général de brigade Gilbert Diendéré à la barre depuis le 26 novembre a égalé le record des cinq jours passés à la barre par  des coaccusés. Les messages et les appels reçus par le général durant les évènements ont été lus par le parquet militaire. On avait entre autres : «s’il vous plaît, trouvez-moi rapidement 15 millions», etc., l’accusé déclare ne pas savoir ce que sait. Tiré du rapport d’expertise, il affirme «je ne reconnais pas le rapport d’expertise et je ne le reconnaîtrai pas. Ce n’est pas ici à la barre que je le dis, mais c’est depuis devant le juge d’instruction». Il justifie son refus de reconnaître ce rapport par le fait que ses appareils expertisés n’ont pas été allumés devant lui ou devant son avocat avant d’être expertisés. Poursuivant avec les mobiles, il relève aussi la polémique qu’il y a eu autour de l’expert, la manière dont il a été choisi. Il soutient : «nulle part, le juge d’instruction n’a demandé à l’expert de faire des écoutes téléphoniques ou  surveillances téléphoniques». Des dires de l’officier, l’expert n’est pas un inconnu pour lui. «Je connais très bien l’expert Sanfo car nous avons eu à travailler ensemble et je sais de quoi il est capable», soutient- il. Ne partageant pas la position du prévenu, le procureur militaire lui demande s’il a réclamé une contre-expertise. Serin, il répond en posant la question suivante : «Madame le procureur, quelqu’un qui dit qu’il ne reconnaît pas un travail, pourquoi s’emmerder à demander une contre-expertise. Ce sera toujours le même résultat».

Le procureur décidé à prouver la culpabilité du général

Convaincu de la culpabilité de l’accusé, le ministère public a continué de lire les messages reçus par l’officier militaire qui, visiblement a commencé à s’agacer au regard de la déclaration qu’il a faite : «vous lisez des messages que je reçois mais vous ne lisez pas ceux que j’envoie». Emettant des doutes sur le rapport d’expertise auquel il est confronté, il se demande  si ce n’est pas l’expert qui a volontairement soustrait les messages qu’il a envoyés dans le but de l’incriminer.

Ne partageant pas les propos du «commando», le procureur lui rappelle qu’il avait dit à la barre qu’il était très occupé durant les évènements et qu’il y a des messages auxquels il n’a pas daigné répondre. «Donc, dire que l’expert a soustrait des messages, ce n’est pas vrai». Sur ce, il a poursuivi  la lecture des messages.  Il lit le message 271 envoyé par Me Paul Kéré au général le 22 septembre 2015 et qui dit ceci : «mon général, confirmez moi que le moral est bon ?»  Invité à s’expliquer, l’accusé indique qu’il ne se rappelle plus avoir répondu à l’expéditeur ou pas et soutient qu’il n’y a de mal dans le message avant de rappeler que l’expéditeur est quelqu’un qu’il connait depuis de longues dates et qui veut simplement avoir de ses nouvelles. Sans se laisser convaincre, le procureur lit le message n° 267 envoyé toujours le 22 septembre au général cette fois-ci par Pascal Zaïda et qui dit ceci : «Bonjour, soutien et encouragement total». En guise de défense, l’accusé souligne que c’est peut-être parce qu’il a décidé de remettre le pouvoir que le destinataire l’envoie ce SMS pour le soutenir. Afin de prouver que le soutien dont il est question ici n’est pas lié à la remise du pouvoir, mais le contraire, le parquet enchaine avec un autre message, le n° 245 toujours de Pascal Zaïdaenvoyé le 23 septembre : «bonjour, je conduis les OSC anti- exclusion à Laico». A la suite de cette lecture, il fait observer que si Pascal Zaïda l’encourageait vraiment à laisser le pouvoir, il n’allait plus conduire les OSC à l’hôtel Laico. Tirant conclusion de cette observation, il fait comprendre au présumé cerveau du putsch que son explication  ne tient pas. Pour mettre fin à tout doute concernant la culpabilité du mis en cause, le ministère public lit un autre message que lui a envoyé le journaliste Ali Compaoré le 23 septembre : «Bonjour mon général Dieu vous aide». Comme explication, l’accusé affirme avoir reçu beaucoup de messages et il ne se rappelle plus de ce dernier. Pour finir avec les messages le procureur militaire lit un dernier message envoyé par Pascal Zaïda encore au général, cette fois-ci le 24 septembre  dans lequel il écrit : « bonjour mon général, juste vous réitéré notre soutien». Ne partageant pas l’opinion du procureur, le général soutient que des trois messages envoyés par Pascal Zaïda, il ne voit pas un message de soutien. A l’en croire, ils sont nombreux ceux qui l’ont félicité et encouragé quand il a décidé de remettre le pouvoir. Il fait allusion même à des chefs d’Etat.

Le général a-t-il voulu faire traîner le désarmement ?

A la suite des messages lus par le parquet, il s’est attardé sur la retranscription des appels. Dans la plupart, il était question du désarmement du RSP. Et au  parquet d’indiquer que le général veut faire trainer le désarmement. Il explique que ses interlocuteurs, l’ont conseillé dans ce sens. Comme argument de défense, l’accusé affirme n’avoir pas intervenu dans le processus du désarmement. Pour prouver que son intention n’a jamais été de faire trainer le désarmement, il confie que durant le processus, le chef de corps l’avait appelé pour l’informer que des éléments s’opposaient au désarmement. Au téléphone, il dit leur avoir demandé d’exécuter, ce qu’ils ont fait. L’officier supérieur explique que ce qu’il ne voulait pas, c’est que le désarmement se fasse dans la précipitation et c’est ce qui est arrivé regrette-il. Le général déplore la manière dont le processus a été conduit. A l’en croire, il a été demandé aux éléments de jeter les armes selon ses mots dans les postes et de repartir. Condamnant cela, il dit être convaincu qu’aujourd’hui, l’état-major général des armées n’est pas en mesure de dire combien d’armes sont  perdues. «Dieu seul sait combien d’armes ont disparu», a-t-il soutenu. Sûr de ce qu’il avance, l’officier de l’ex-RSP déclare : «rien ne nous dit que les armes qu’utilisent les terroristes, ne sont pas les nôtres».

La défense de Diendéré attend toujours des preuves concrètes

Après avoir passé deux jours avec le micro, le parquet militaire a cédé la parole aux avocats du général Gilbert Diendéré pour leurs éventuelles questions et observations dans le but de disculper leur client. Le premier à se prêter à l’exercice est le plus jeune d’entre eux à savoir Me Abdoul Latif Dabo. Après s’être renseigné auprès de l’accusé sur le fait qu’il était  à tout moment sollicité par bon nombre d’autorités pour la résolution des précédentes crises, l’auxiliaire de justice a fait observer que l’intervention du général dans cette crise n’est pas anodine car il a toujours œuvré par son expérience à dénouer des crises que ce soit au RSP ou ailleurs. En outre, quant aux différents messages que son client a reçus de tierces personnes, Me Dabo confie qu’en  voulant tirer profit sur ces dits messages le ministère public tombe des nues. En effet, celui-ci indique que son client n’ayant pas accordé d’importance à ces SMS n’a daigné répondre. «On doit plutôt se demander ce qu’il en fait lorsqu’il les a reçus», a- t- il recommandé à l’accusation.

«Nous avons constaté durant l’intervention du parquet une tendance à défendre la hiérarchie militaire et les membres du CRAD compte tenuqu’il a passé tout le temps à lire les témoignages de ces derniers», estime Me Olivier Yelkouni, d’entrée de jeu. Ne partageant pas l’avis du parquet au sujet de cette hiérarchie, l’avocat indique qu’elle a montré d’une manière ou d’une autre sa complicité dans cette affaire. Pour preuve, il cite d’une part le colonel Aimé Gouba de l’armée de l’air qui explique dans son PV de témoignage comment l’hélicoptère a été affrété au général pour la mission à la frontière ivoirienne. Et d’autre part, le capitaine Séssouma de la gendarmerie nationale qui, quant à lui déclare que durant les événements des 16 septembre et jours suivants des  patrouilles ont été effectuées par des pandores dans certains quartiers de la capitale. A son tour, Me Mathieu Somé a  taxé le juge d’instruction d’avoir instruit uniquement à charge contre le président de l’éphémère CND. «La retranscription des appels datent à partir du 22 septembre. On ne retrouve aucune retranscription datant du 16 au 21», s’est- il offusqué. Tout en soulignant que cet état de fait accentue leur inquiétude quant à la bonne conduite de cette procédure, l’homme de droit s’interroge de savoir «Que cherche le juge d’instruction à cacher au peuple burkinabè». Toutefois, selon lui, il appartient au  procureur militaire en tant que partie poursuivante, d’apporter des preuves de la culpabilité de Golf et non se référer aux témoignages d’autre personnes pour faire des conclusions hâtives. C’est pourquoi, avant de conclure,  Me Mathieu Somé invite donc l’accusation à fournir les éléments constitutifs des infractions reprochées à son client afin qu’ils puissent en discuter. L’audience se poursuit demain avec en principe la prise de parole des avocats des parties civiles.

Boureima SAWADOGO et Edoé MENSAH-DOMKPIN

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