IDI du Tchad, le dernier combat : Tellurique onde de choc pour le Sahel

IDI du Tchad, le dernier combat : Tellurique onde de choc pour le Sahel

Idriss Deby Itno est mort, tué aux combats, son dernier. Il n’y aura jamais de «Idriss a fui», du nom d’un marché de N’Djamena qui s’appelle «Habré a fui» en référence à la chute de ce dernier en 1990. Là où le Mouvement pour la justice et la démocratie au Tchad (MJDT) de Youssouf Togoimi, l’Union des forces de résistance (UFR) de Timan Erdimi ou du Mouvement pour la paix, la réconciliation et le développement (MPRD) de Djbrine Dassert, ont échoué dans les années 2000, le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT) de Mahamad Madi a réussi en 2021.

 Cette fois, sa baraka proverbiale, son instinct de survie et diront certains, la France n’ont pas été d’un grand secours pour le soldat Deby.

Au fond comme il l’a professé quelquefois, c’est de cette façon qu’il a toujours souhaité quitter le monde des vivants, car celui qui a accédé au pouvoir le 2 décembre 1990 par la canonnière, n’avait d’existence que dans les guerres : les rezzous contre des rebelles venus de la Libye ou du Soudan, dans les années 90, en 2020 contre Boko Haram, où il était au-devant des tirs de balles pour neutraliser 1 000 éléments de la secte de Abubakar Shekau, bref Deby se conjugue toujours en guerres.

Au-delà de l’alignement des planètes sur l’annonce de son décès et celle de sa victoire à son 6e bail, par la CENI, il y a 2 problèmes majeurs que va exacerber celle mort aussi tragique qu’inattendue :

1) La gestion du Tchad : Le jeune légataire Mahamat Deby qui s’est immédiatement emparé du sceptre de son père, du haut de son grade de général, 3 étoiles,  va jouer les prolongations, avec la bénédiction des généraux et toute la galaxie Debyiste. Le Conseil militaire de transition (CMT), qui va diriger le pays 18 mois, et après ce temps intérimaire, il fera tomber le kaki pour se faire absoudre par les urnes.

 Mais aura-t-il la chance et surtout la poigne de son géniteur pour gouverner ? Depuis 30 ans, toutes les aiguilles du Tchad sont calées sur Deby.

 Mécontentement dans tous les secteurs et dans toutes les régions pas seulement à N’Djamena ni aux villes du Sud jugées traditionnellement frondeuses, (Faya-Largeau, Korbol), fonctionnaires en débrayage pour des questions de hausse de salaires, et surtout inertie politique et mauvaise gouvernance, toute chose qui explique les itératives rebellions, dont la dernière en date a été fatale à Deby.

C’est sûr que le clan Deby et surtout son ethnie les Zaghawas ne lâcheront pas le pouvoir. Changera-t-on de rapports avec les opposants qu’on emprisonne et qu’on tue, la dernière tentative étant celle contre l’opposant Yaya Dilo le 25 février ? Le quotidien des Tchadiens va-t-il s’améliorer ? Que vont faire les rebellions qui grouillent de partout ? L’exemple soudanais avec un pouvoir civilo-militaire peut-il être répliqué dans ce pays ? Deby laisse un Tchad avec toutes les causes du mal du pays quasi irrésolues depuis l’indépendance jusqu’à nos jours : notion de l’Etat, tribalisme, dépendance vis-à-vis de la France… Bref, c’est une pétaudière en ébullition qu’il refile comme legs à son successeur.

2) Naturellement, cette disparition crée une onde de choc tellurique géostratégique au Sahel. Deby n’était pas qu’un simple «ami de la France», il était plus que ça. Militairement, il faisait l’affaire de l’ancienne Métropole. Pendant longtemps, depuis pratiquement les indépendances, rares étaient les armées qui pouvaient défendre son territoire national.

A l’exception notable de celle du Tchad, devenue par la force de ses corps expéditionnaires, le «gendarme du Sahel». Et cette donne militaire séduit la France qui devra peser de tout son poids pour que cette capitonnade, (le mot verrou étant faible) qu’est le Tchad ne cède pas face aux hordes terroristes venus de Libye, qui ne manqueront de vouloir en faire leur sanctuaire. Et l’armée tchadienne, a beau ne pas être percutante comme le laissent entendre certains, elle défend et attaque les ennemis, si la France avalise le jeune Deby, ce sera une affaire vite pliée.

Place alors à 2 options : la voie dure, suivie par son père avec toujours un Tchad en guerre civile de fait, ou alors à une concorde nationale, avec aux prochaines élections la participation de tous les opposants. Et une meilleure répartition de la tarissante manne pétrolière, et à un quotidien amélioré des compatriotes. Deby est mort, et le Sahel est mis davantage en danger. Que deviendra le G5-Sahel ? Avec Deby fils, quel format de Barkhane adoptera Paris ? Déjà que de son vivant c’était compliqué pour Barkhane, sa disparition mêlée aux questions successorales et de gestion du pouvoir, le tout nimbé d’une atmosphère sociale tendue, ce décès donc va exacerber davantage la problématique sécuritaire au Sahel.

Sam Chris

COMMENTAIRES

WORDPRESS: 0
Aujourd'hui au Faso

GRATUIT
VOIR