Immixtion étrangère dans l’assassinat de Sankara : Des avocats penchent pour une instruction internationale

Immixtion étrangère dans l’assassinat de Sankara : Des avocats penchent pour une instruction internationale

Les plaidoiries des avocats des parties civiles au procès de Thomas Sankara et ses 12 compagnons ont pris fin le lundi 7 février 2022, avec les interventions de Me Prosper Farama et Me Anta Guissé. Le premier a analysé les personnalités du général Gilbert Diendéré, de Hyacinthe Kafando et de Blaise Compaoré. Il a établi la loyauté que le général a envers l’ex-président du Faso, avant de démontrer qu’il est coupable des chefs d’accusation qui pèsent contre lui. Sa consœur quant à elle, regrette le fait que le procès n’aura pas accouché de toute la vérité, et a insisté à ce qu’une instruction soit ouverte à l’international afin de situer le rôle joué par des pays étrangers dans l’assassinat de Thomas Sankara.

Le général Gilbert Diendéré est coupable de complicité d’assassinat. C’est la conviction de l’avocat des parties civiles, Me Prosper Farama. Dans sa plaidoirie de plus de deux heures, il s’est évertué à le démontrer. Il rappelle ainsi que des témoins à la barre ont fait des dépositions qui accablent l’accusé. Il indique que dans la matinée du 15 octobre, le général Gilbert Diendéré, lieutenant au moment des faits, a convoqué une réunion de sécurité, qu’il a reconnu d’ailleurs. Ce qu’il ne dit pas selon l’avocat, c’est qu’à la suite de cette réunion, il a tenu une autre réunion cette fois-ci restreinte. Après avoir rappelé les faits, il relève le fait qu’avant l’assassinat du père de la révolution, le prévenu était au domicile de Blaise Compaoré.

De l’analyse faite par Me Prosper Farama, il y a trois hommes cardinaux dans ce dossier. Il cite Blaise Compaoré, Hyacinthe Kafando et Gilbert Diendéré. Si on s’en tient à ses dires, Blaise Compaoré est un homme calme, discret, mais froid en action. Durant 27 ans de règne, lui et le général ont été violents, ont commis des assassinats, a-t-il confié. Parlant de la personnalité de Hyacinthe Kafando, il affirme qu’il était capable pour rien du tout d’abattre un être humain. Il était indiscipliné, barbare, a indiqué l’homme de droit qui le qualifie de diable. Se penchant sur la personnalité de Gilbert Diendéré, tout en indiquant n’avoir pas la prétention de dire qu’il le connait, le conseil des parties civiles le qualifie d’homme calme, qui semble sympathique ; sauf que ce n’est que de l’apparence, soutient-il. L’un de ses défauts souligne-t-il, est qu’il a mal à la responsabilité. «Il n’accepte jamais, il n’assume jamais ses responsabilités», a déclaré l’avocat. Parlant de la relation qu’il a avec Blaise Compaoré, il affirme qu’il s’agit d’une amitié de longue date. D’après lui, au-delà de la complicité entre les deux hommes, il y a une loyauté qui les lie. De ses propos, il était le répondant du régime de Blaise Compaoré. «Si tu touches à la peau de Blaise, tu touches aussi à la peau de Diendéré», assure-t-il.

Pas de vengeance pour les familles des victimes, mais la justice

Le prévenu Gilbert Diendéré a toujours clamé son innocence, en avançant l’argument selon lequel, il n’a tiré sur personne. Tout en rappelant que la complicité d’assassinat n’est pas l’assassinat, Me Prosper Farama lui rappelle que personne ne l’accuse d’avoir pris des armes pour tuer qui que ce soit. Cependant relève-t-il, ce qui lui est reproché, est d’avoir organisé et contribué à l’exécution de l’assassinat. Il est complice par instigation et implication dans les évènements du 15 octobre, a réitéré l’homme de droit. D’après lui, il a conçu, conduit et exécuté le coup d’Etat. Au regard du développement qu’il fait, Me Prosper Farama ne doute pas de la culpabilité de l’homme.

Parlant de Thomas Sankara, il indique qu’il est un héros. Cependant nuance-t-il, ce ne sont pas les avocats des parties civiles qui l’ont érigé en héros, mais le peuple burkinabè. Dans la quête de la vérité dans les évènements du 15 octobre 1987, il estime qu’étant un héros, ce que l’on lui doit dans ce procès, c’est la justice. D’après lui, les parties civiles ne réclament pas vengeance pour le père de la révolution, mais la justice. De l’assurance qu’il donne, ni les familles des victimes, ni les avocats, n’ont de rancœur envers un accusé que ce soit. Grâce à ce procès, le conseil des parties civiles affirme que l’on a su quel était la grandeur de Thomas Sankara. Il estime qu’il a également permis de connaitre beaucoup de choses.

S’adressant au Tribunal, il lui demande de se rappeler quand il va se retirer pour délibérer, que ce dont il est question ici, n’est pas une personne, mais la survie d’une Nation. «Si on laisse passer, on ne rend pas justice, s’en est fini pour notre Nation», a déclaré Me Prosper Farama. Pour lui, il s’agit de la reconstruction de la Nation burkinabè

Les regrets de Me Anta Guissé

A la suite de Me Prosper Farama, c’est sa consœur aussi des parties civiles, Me Anta Guissé qui a pris la parole. Elle est convaincue qu’à l’issue de ce procès, l’on ne connaitra pas toute la vérité. Elle justifie ses propos par le fait que des témoins ont témoigné au bout des lèvres. Elle relève également la posture des accusés qui selon elle, nient tout malgré les témoignages. De sa façon de voir les choses, les prévenus n’ont eu aucun respect pour les victimes. D’après elle, il n’y aura pas toute la vérité également parce que deux grands accusés que sont Blaise Compaoré et Hyacinthe Kanfando  sont en fuite. Son regret est qu’ils n’ont pas eu la décence de venir répondre devant la justice de leur pays. Elle accuse également l’ex-président du Faso exilé en Côte d’Ivoire, d’avoir trahi son frère. Pour elle, c’est la grande douleur de la famille Sankara. L’avocate le traitre de faux frère, pour n’avoir pas hésité à l’abattre froidement, pour lui avoir refusé une sépulture digne comme le veut la tradition, pour avoir tenté de salir son nom à l’international. Sa seule satisfaction visiblement, est que celui qu’il qualifie de faux frère n’a pas réussi à salir le nom du guide burkinabè. Elle déclare à cet effet : «Thomas Sankara restera à jamais dans le panthéon des héros et Blaise Compaoré et ses acolytes dans les rangs des traitres». Tout comme ses prédécesseurs, Me Anta Guissé a demandé à ce que justice soit rendue aux 13 victimes du 15 octobre 1987, afin que leurs âmes puissent reposer en paix.

Le combat des familles des victimes n’est pas terminé

Les parties civiles dans ce procès, ont introduit une demande pour l’ouverture d’une instruction à l’international afin que l’on établisse le rôle joué par des responsables de pays étrangers dans l’assassinat de Thomas Sankara. Cette requête introduite auprès du procureur militaire restera sans suite. Tout en rappelant qu’il y a un volet international qui n’est pas abordé dans le procès, Me Anta Guissé dit espérer que l’absence de réponse de la part du procureur militaire ne signifie pas un désintéressement. Pour elle, il est impératif qu’un juge soit désigné pour l’instruction à l’international. Elle espère voir Jean Christophe Mitéran éclairé le Tribunal sur la cellule Afrique. Tant que l’instruction à l’international n’est pas ouverte, l’avocate de la famille Sankara pense que le combat des familles des victimes n’est pas terminé .

Edoé MENSAH-DOMKPIN

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