Injonction de l’ANC à Zuma :  Fin de l’apnée arc-en-ciel aujourd’hui ?

Injonction de l’ANC à Zuma : Fin de l’apnée arc-en-ciel aujourd’hui ?

Jacob Zuma est rompu dans l’art du dilatoire. Il n’y a plus aucun doute à se faire là-dessus. Il manie le marteau du suspense avec une maestria dont lui seul a le secret. Mais nous avons la faiblesse de croire que le scénario n’est pas loin de l’épisode zimbabwéen où Robert Mugabe a fait tout son possible pour retarder l’heure de son départ, le temps pour lui de s’assurer que l’enfer ne s’ouvrira pas sous ses pieds.

Bis repetita avec Zuma. Mais contrairement à son homologue du Zimbabwe, le Sud-africain a vite discerné que les nuages du  déluge vont s’abattre sur lui dès qu’il ne sera plus abrité sous le hangar du pouvoir et du fauteuil présidentiel. D’où il fait sans doute des pieds et des mains pour ne serait-ce que trouver un petit parapluie qui lui évitera au moins d’être trempé jusqu’aux os, même s’il marchera dans des flaques boueuses et qu’il s’empêtrera dans cette gadoue.

A entendre les bribes de sons qui sortent de l’immense ANC, un compte à rebours a été enclenché. Mercredi devrait donner l’heure à laquelle Zuma daignera quitter la tête du pays. En effet, le secrétaire général  du parti présidentiel Ace Magashule  a beau s’entourer de circonlocutions, la trame de son discours est la capitulation du vieil zoulou. «Nous voulons que Cyril Ramaphosa remplace Zuma le plus rapidement possible», a-t-il martelé.

Zuma peut jouer aux prolongations. Décider de ne pas démissionner, malgré que son parti le lui ordonne. Constitutionnellement, juridiquement, la «famille» politique ne peut pas se prévaloir de ce rappel pour le contraindre à quitter le pouvoir. Seule une destitution en bonne et due forme devant le Parlement pourrait le faire. L’opposition a déjà déposé sa motion de défiance qui devra être étudiée le 22 février. Le parti au pouvoir pourrait également enclencher la sienne si jamais Zuma décidait de passer outre son désaveu. C’est vers d’ailleurs le scénario de l’impeachment qu’on se dirige, vu que l’encore n°1 de la Nation arc-en-ciel s’accroche à son fauteuil comme l’arapède à son rocher, puisqu’il veut 3 à 6 mois de sursis! Donc faire prendre la porte à Zuma, via le vote des députés ! C’est un vœu longtemps caressé par l’opposition parlementaire au-devant de laquelle se trouve désormais, un certain Julius Malema, ex-filleul de Zuma, devenu son poil à gratter.

Néanmoins, est-il imaginable que l’ANC vote pour l’exclusion de l’un des siens ? C’est une extrémité que pour le moment, le parti ne veut pas en arriver, mais que faire si durant 13 heures de conclave et des chassés-croisés chez Zuma, pour l’amadouer, que faire Diantre, si ce dernier fait preuve d’un autisme sans bornes ? Rien n’est donc moins sûr. Dans tous les cas, le président sud-africain fait plus de tort que de bien en s’entêtant. D’abord, il met à mal sa formation politique. A un an des élections, l’image que traîne Zuma déteint négativement sur la crédibilité du parti. Ce sera sans doute l’arme utile que fourbiront ses adversaires pendant les 12 prochains moins.

Ensuite, le délai de trois à six mois qu’il sollicite pourrait servir à quoi ? Il est clair que la paix et la tranquillité ne seront pas ses compagnes, même à la fin de son mandat. Alors, pourquoi retarder ce qui est inéluctable ?

Enfin, pourquoi ne pas préserver les quelques lambeaux de dignité qui lui restent pour partir ? Pourquoi veut-il être jeté dans la rue de la plus déshonorante des manières ? Jouissant de relations, il pourrait, en décidant de démissionner maintenant, continuer à négocier sa «retraite» du pouvoir. A tout le moins, ce cas de figure est nettement plus noble que cette désespérée et humiliante lutte qu’il a engagée contre la montre du destin. 24 heures, imparties donc au président sud-africain pour débarrasser le plancher, et libérer un pays en apnée, c’est inédit, et de  l’épilogue de ce bras de fer ANC-Zuma, dépendront la carte électorale du pays et la météo politique des prochains mois. D’un côté, un chef qui veut partir en évitant de plus que probables infamants procès et de l’autre, un ANC, qui veut conserver le pouvoir qu’il a conquis en 1994, grâce à l’icône anti-apartheid, Nelson Mandela. Dur dilemme pour l’Afrique du Sud.

Ahmed BAMBARA

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