Kaboré, Ouattara, Issoufou, Condé, Faure… : Des vœux 2020, à l’aune des désidératas sécuritaires et électoraux

Kaboré, Ouattara, Issoufou, Condé, Faure… : Des vœux 2020, à l’aune des désidératas sécuritaires et électoraux

Même tonalité sécuritaire, avec appel à la résilience et la poursuite du déploiement des moyens alloués aux départements de la défense pour combattre les terroristes. Même allusion aux futures joutes électorales de 2020. Roch du Burkina, Issoufou du Niger, Condé de Guinée, Ouattara de Côte d’ivoire et Faure du Togo ont eu à quelques différences près des discours siamois, avec en ligne de mire : la présidentielle.

L’éternité immobile qui vient d’extraire de ses entrailles 2020, aura avalé 2019, «annus horriblis» dixit IBK pour 3 pays du Sahel que sont le Burkina, le Mali et le Niger.

IBK et Issoufou ont depuis des lustres troqué en réalité le boubou amidonné pour des tuniques de généraux de guerre, tandis que Roch du Burkina, dans ses Faso Dan Fani, est aussi un général 3 étoiles depuis 4 années, son mandat ayant glissé dès le début dans le sang avec les attentats de Cappuccino le 15 janvier 2016.

2020 sera-t-il mieux en matière de lutte contre les terroristes, qui malgré la vaillance des soldats du Sahel épaulés par Barkhane et le poussif G5, semblent avoir frappé de grands coups ces derniers mois ? C’est le souhait de tous.

Aucun des 3 n’en doute et subodore même une certaine victoire.

Pour IBK, Guiré, Diouara, Boulkessi, Indelimane, furent des bérézina pour l’armée malienne, mais il y eut jadis, Koumbi Saleh, Ségou Koro, Sikasso, et le Mali gagnera.

Roch y croit dur comme fer lui aussi, en dépit des meurtrissures de Koutougou, Ouaga, Toéni, Tongomael… et tout juste invite-t-il ses compatriotes, à la résilience, à une trêve des confiseurs de la part des travailleurs-grévistes.

Mais il n’y a pas que le terrorisme, qui lie ces 3 pays, du moins, le Burkina et le Niger : il y aura des élections en 2020. Et sur ce sujet, si IBK a réussi à regrimper sur la colline de Koulouba l’année dernière, et se retirera à la fin de son bail, Issoufou également n’a pas de souci, il n’est pas candidat pour la présidentielle, dont le 1er tour est fixé pour le 27 décembre 2020 et le 2nd le 1er février 2021.

Le Burkinabè affirme également que les élections législatives et surtout présidentielle se tiendront en novembre 2020. Candidat à sa propre succession, Roch devra convaincre davantage dans les 11 prochains mois. L’insécurité mêlée au front social ne lui ont pas été favorables, mêlés aux coups de Jarnac de tous ces adversaires politiques.

La Côte d’Ivoire votera aussi en 2020, et les vœux du président Ouattara, ont été éminemment électoraux : en plus d’égrener les chantiers engrangés sous ses deux mandats, qui lui confèrent une prime au sortant, le n°1 ivoirien a rassuré : «2020 sera une année électorale paisible, je vous fais la promesse», tout en mettant en garde «tous ceux qui tenteront de déstabiliser le pays, ils subiront les rigueurs de la loi».  Une menace non voilée à l’endroit de Guillaume Soro, qui n’est pas cité intutui personna, mais qui est indexé, puisqu’un mandat d’arrêt a été délivré contre lui pour comportement attentatoire à la sûreté de l’Etat et blanchiment d’argent.

A l’évidence le président ne veut prendre aucun risque relatif à cette échéance cruciale. Et il a en partie raison, car depuis son retour avorté à Abidjan, Soro depuis l’Europe ne manque pas de se muer en inquisiteur du régime, dont il faisait partie, pour ne pas dire plus. Ce 31 décembre alors que le chef de l’Etat ivoirien était sur la RTI, lui se répandait en bravades et en dénégations sur les réseaux sociaux, criant à «une cabale pour l’écarter de la présidentielle, et même à des vents contraires qui hypothèquent les élections».

De son repère de Daoukro, son allié, l’ex-président Bédié, lui aussi en a gros sur le cœur contre Ouattara et l’a fait savoir sur Web TV.

La Côte d’ivoire pourra-t-elle conjurer le spectre d’un remake du tango mortel de 2010-2011 ? A quelques milliers de kilomètres d’Abidjan, en Guinée-Conakry, un autre président lui a des soucis de péremption de son mandat : Alpha Condé. Elu en 2010 et réélu en 2015, le professeur veut, sans le dire, même si tous ses comportements le trahissent, le prof veut un 3e bail au palais Sekoutoureya, aval revendaire à l’appui.

En effet, via des consultations populaires en septembre dernier, sur fond de contestations qui ont fait 20 morts en 2 mois, Alpha Condé a obtenu ‘’son avant-projet de constitution’’ qui sera soumis à référendum.

Dans ses vœux 2020, à peine évoque-t-il cela, alors que chaque Guinéen sait que l’article 40 charcuté et relatif au nombre et à la durée du mandat a traversé tout son grand oral de fin d’année. S’il y parvient, en vainquant le Front national de défense de la constitution (FNDC), cette nouvelle constitution ne peut que disposer pour l’avenir, c’est-à-dire que c’est la virginité politique pour le leader de l’arc-en-ciel pour un 3e mandat indu. Mais à quel pris pour la Guinée ?

Enfin au Togo, le mois prochain en février, Faure Gnassingbé, qui aura réussi lui à avoir sa nouvelle constitution, une Assemblée nationale acquise, remet son mandat en jeu, pour une troisième levée, lui aussi, étant parvenu à remettre ses compteurs à zéro. Ce qui horripile une opposition qui passé son réveil l’année dernière contre ce toilettage, sous l’impulsion du terrible Tikpi Atchadam, est devenu passablement atone. Ce qui n’est pas sans déplaire à Faure. Mais il faudra resoudre  les questions du Senat inexistant instance devant laquelle devront preter serment les 9 grands juges de la cour constitutionnelle, or il manque encore 2 juges…

Ce sont des vœux des présidents de la sous-région, à l’aune des problèmes domestiques de chacun, mais dont le commun dénominateur reste, la lutte sécuritaire, et surtout des élections pour des mandats réglementaires ou de trop.

L’Afrique de l’Ouest a acquis des galons en démocratie, mais il reste encore cette fâcheuse tendance, de nombreux chefs d’Etat, souvent de grands opposants, à vouloir s’éterniser au pouvoir ce qui est en soi des signes d’un recul. La démocratie est-elle piégée avec les opposants dans les palais, eux qui chassent des dictateurs mais se moulent après dans la peau de piètres dirigeants ?

Zowenmanogo ZOUNGRANA

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