Kalifa Yemboado Rodrigue Namoano, président de la CNDH: «La situation des droits humains au Burkina est très préoccupante»

Kalifa Yemboado Rodrigue Namoano, président de la CNDH: «La situation des droits humains au Burkina est très préoccupante»

Le président de la Commission nationale des droits humains (CNDH), Kalifa Yemboado
Rodrigue Namoano, nous a accordé une interview hier mercredi 5 mai 2021 au siège de
ladite institution à Ouagadougou. Avec lui, il était question des missions de l’institution, son
analyse sur la situation des droits humains au Burkina, des moyens de pression de la CNDH
sur l’autorité gouvernementale et bien d’autres.

La Commission nationale des droits humains (CNDH), comment est née l’institution ?
La CNDH est une institution nationale des droits humains dont la création a été suscitée par
les Nations unies. Chaque année, il y a ce qu’on appelle l’évaluation périodique universelle au
travers de laquelle les Etats sont évalués par leurs pairs à Genève au niveau du Comité des
droits de l’homme sur la situation des droits humains au sein des différents pays. Le Burkina
Faso a été interpelé à plusieurs reprises pour mettre en place ce qu’on appelle une institution
nationale des droits de l’homme. C’est un peu un tampon entre la société civile et le
gouvernement pour de façon indépendante, suivre la situation des droits de l’homme dans
le pays et sortir un rapport annuel. Elle est composée essentiellement des acteurs de la
société civile, des enseignants d’université, des représentants de l’Ordre des médecins, des
représentants de l’Ordre des avocats, du monde syndical, du Barreau et des médias. A la
faveur de la loi N°001 du 24 mars 2016, on a de larges pouvoirs en matière d’investigation, de
sorte qu’on ne peut plus nous opposer quoi que ce soit sur les questions de défense nationale,
ni de secrets militaires pour nous empêcher d’investiguer lorsqu’il y a des allégations de
violation de droits humains.

Quelle est votre analyse sur la situation des droits humains au Burkina ?
La situation des droits humains au Burkina Faso est très préoccupante. Elle est préoccupante
au regard de la situation sécuritaire que nous vivons. Nous intervenons dans les 5 régions les
plus touchées par la crise sécuritaire où nous avons des observateurs et des moniteurs de
droits humains qui nous remontent au quotidien les incidents sur les violations des droits
humains. C’est une institution nationale dont le fonctionnement obéit à un certain nombre de
procédures qui fait qu’on ne peut pas dire des choses tant qu’on n’a pas vérifié. Ce qui fait
croire parfois que la Commission ne travaille pas. C’est une guerre et à la guerre on se
comporte comme à la guerre. Mais si on a la possibilité de tuer les innocents, c’est là où nous
en tant que défenseur des droits humains, on interpelle l’Etat. Sous l’angle socioéconomique,
c’est vraiment très inquiétant parce que cette insécurité est venue rajouter aux difficultés que
les populations avaient en matière d’accès aux soins de santé, à l’éducation et avec les
personnes déplacées internes. Cela montre qu’il y a beaucoup à faire en matière de droits
humains au Burkina.

Des OSC comme le CISC et le MBDHP dénoncent presque chaque jour des violations des
droits humains. Une lecture de la situation.
Le CISC, le MBDHP et les autres organisations de la société civile travaillent en étroite
collaboration avec la CNDH. Ce sont des acteurs terrains qui ont plus d’expérience que nous
et aussi plus de proximité avec les populations. Nous avons des cadres de concertation avec
ces organisations. On a un mécanisme de protection des défenseurs de droits de l’homme où
toutes ces structures sont représentées parce que la CNDH a pour mandat de suivre la loi
portant protection des défenseurs des droits de l’homme. Donc la dénonciation faite par
toutes ces structures témoigne qu’il y a violation à quelque part et une nécessité pour que la
commission s’auto saisisse et voir comment on peut interpeller le gouvernement. Bientôt
nous allons organiser le forum national des défenseurs des droits humains avec l’ensemble
des acteurs pour parler de leur sécurité, leur protection et dans le cadre de la mise en œuvre
de leurs activités.

La CNDH a-t-elle un pouvoir de sanction ?
On n’a pas un pouvoir de sanction en tant que tel, mais au-delà du pouvoir d’interpellation ou
de dénonciation, on n’a un pouvoir de «nuisance». Les rapports d’enquêtes que nous faisons,
qui sont assortis de recommandations sont d’abord discutés avec l’autorité gouvernementale
concernée par la question. Lorsque l’autorité gouvernementale s’engage à mettre en œuvre
les recommandations pour améliorer la situation ou réparer une situation donnée, on
constate cela et les choses se poursuivent normalement. Mais lorsque l’Etat refuse de suivre
les recommandations, la publication d’un rapport par une Commission nationale des droits
humains par rapport à une situation des droits de l’homme, cela peut entraîner une «révolte»
au niveau national donc obliger l’Etat à agir ou au niveau international, amener nos
partenaires internationaux à mettre la pression sur les autorités du pays pour que cette
situation connaisse un meilleur traitement.

Interview réalisée par Omar SALIA

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