Le Cl. Bienvenu Lamah promu Gl. en Guinée : La sécurité étatique essouffle le dossier judiciaire du 28-Septembre

Le Cl. Bienvenu Lamah promu Gl. en Guinée : La sécurité étatique essouffle le dossier judiciaire du 28-Septembre

Acquitté le 27 juillet 2026 en première instance alors que les parties civiles projetaient de faire appel, et bombardé général de brigade le 3 août 2026, Bienvenu Lamah, jugé dans la scabreuse affaire du massacre du 28 septembre 2009, revient de loin. Embourbé dans un marathon judiciaire, le voilà désormais libre, qui plus est réintégré dans la Grande muette avec le grade de général de brigade. Deux grilles de lecture se dégagent de cette promotion de ce haut gradé militaire guinéen :

1- Avant de partir en farniente en Grèce avec sa famille, le président Mamadi Doumbouya a signé le décret de promotion de cet officier supérieur dans une ambiance où supputations ou rumeurs bruissent dans Conakry-Labé… D’abord, l’armée a dû se fendre d’un communiqué par la voix du Chef d’état-major général, pour dire que le chef de l’État peut partir tranquille, son fauteuil du palais Mohamed 5 est bien gardé, et l’armée lui reste fidèle. On sait aussi qu’il y a un peu plus d’un mois, le président avait éloigné deux fidèles parmi les fidèles de la première heure du coup d’État en envoyant comme ambassadeur en France et l’autre comme diplomate en Côte d’Ivoire.

Avec l’élévation de Bienvenu Lamah, c’est une cloche que Doumbouya sonne pour rassembler davantage ses frères d’armes militaires comme gendarmes. La solidarité et la loyauté des militaires valent toutes les garanties démocratiques et institutionnelles. Et il peut compter sur ces frères de « feu » Doumbouya joue comme pour dire au damier, en déplaçant tel militaire, en le remplaçant par un autre, en radiant certains et en gratifiant d’autres, le tout dans une symphonie sécuritaire.

2- L’autre conséquence de cette promotion est son impact sur le dossier du 28-Septembre. En l’acquittant pour faute de charges suffisantes, le Tribunal criminel de Dixinn fait son travail, la justice, ce sont des preuves, ce n’est pas du bavardage oiseux ! Et mieux vaut relâcher un coupable sans preuve que condamner un innocent. Soit, mais le général Lamah dehors, ça pose un sérieux problème de sécurité pour les témoins surtout à charge contre lui dans ce procès hors norme du 28-Septembre. Va-t-il chercher à se venger ? Pardonnera-t-il ? En tout cas, pour les survivants de l’innommable du 28-Septembre, c’est une justice stipendiée par le pouvoir qui a acquitté le général Lamah.

Une justice aux ordres, vermoulue, que condamnent les droits-de-l’hommiste. Et un Best of de ces actes allant dans le sens qu’on sacrifie le procès du massacre du 28-Septembre sur l’autel de l’appareil sécuritaire le prouve : le principal accusé Moussa Dadis Camara a été gracié et vit au Maroc, Aboubacar Toumba Diakité est décédé, avant lui le colonel Claude Pivi alias « Coplan ».

Si on a salué l’avènement de ce procès 13 ans après les douloureux événements, les familles des victimes commencent à avoir des rictus sur le visage mêlé de colère, car de moins en moins, la suite de ce dossier préoccupe, la politique a repris ses droits. Seuls vont se battre les avocats de la défense. Jusqu’à quand ? Et pour quels résultats ? La justice s’efface très souvent devant les impératifs sécuritaires de l’État, presque partout sous les cieux.

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