Le GPS de Soro dans la lorgnette judiciaire ivoirienne : Après le leader, l’appareil politique

Le GPS de Soro dans la lorgnette judiciaire ivoirienne : Après le leader, l’appareil politique

A y regarder de près, c’est faute de ne pas avoir obtenu les rênes du RDR, encore moins du RHDP qui coute bonbon politique actuellement à Guillaume Soro. Il n’était pas évident d’ailleurs que si l’ancien président de l’Assemblée nationale s’était rallié au parti unifié ouattariste, Il en aurait obtenu le gouvernail pour conquérir le pouvoir suprême.

D’où son creuset soroiste qui s’est mué en massification politique sous l’appellation Génération et peuples solidaires (GPS). Convaincu que sans parti politique, ses ambitions présidentielles restent limitées, la candidature indépendante, en Côte d’Ivoire n’ayant jamais prospéré. Hélas c’était sans compter avec le glaive de la justice, qui subrepticement  d’abord, puis de façon abrupte le 23 décembre 2019, lui est tombé sur la tête. Mandat d’arrêt international, avion dérouté sur Accra, puis entame de ce qui ressemble à un exil forcé en France. Enfin les haricots semblent cuits le 28 avril 2020 avec sa condamnation à 20 ans, 5 ans de privation des droits civiques, 4,5 milliards d’amende et un pied de nez à la CADHP, en la récusant.

L’ex-chef des croquants du Nord, qui a fait le coup de feu contre Laurent Gbagbo le 19 septembre 2002, n’est pas au bout de ses peines. Une semaine après ce lourd verdict à son encontre, c’est sa formation politique GPS qui goutte aux foudres du procureur de la République, Richard Adou, via une histoire de saisie d’armes dans la station balnéaire  d’Assinie. Là, dans  ce lieu de Carpe Diem pour Crésus locaux, on y a découvert 50 Kalachs, 12 lance-roquettes, 4 fusils-mitrailleuses et des munitions planqués selon le parquet par des présumés insurgés au siège de GPS. Des armes cachées par un dénommé Zébré Souleymane, en cavale actuellement !

Ça commence à bien faire pour Soro avec ces dossiers à tiroirs de cache d’armes qui collent de plus en plus à son costume. A moins d’être frappé d’amnésie, on se souvient en effet que son protocole Soul to Soul avait été condamné en mai 2017 pour une autre nébuleuse histoire de cache d’armes découvertes à Bouaké.

C’est vrai et ce serait de la mauvaise foi que de ne pas admettre que Soro draine dans son sillage trop d’affaires liées aux armes à feu. Mais qui s’en étonnera ? Quand on a été com’chef  des rebelles, qu’on a dirigé les fameux com’zores, les armes sont naturellement sa tasse de thé.

C’est ce qu’on fait avec ces armes surtout après un retour à la normal du pays qui importe. Or la justice ivoirienne accuse carrément Soro, de vouloir en user pour déstabiliser la Côte d’Ivoire. Et dans la foulée, c’est désormais ses proches civils et militaires, qui sont visés. Avant sa condamnation, 19 personnes présentées comme faisant partie de la galaxie soroiste, dont 14 militaires, (deux officiers supérieurs, 12 sous-off et 5 civils) avaient été appréhendées le 17 avril dernier dans le cadre de cette cache d’armes d’Assainie. Après le leader de GPS, c’est désormais donc autour du parti lui-même de subir la rigueur de la justice ivoirienne. Dans ce dossier où se mêlent affaires de népotisme, de détournement (Luxueuse maison de Marcory-Résidence) et sureté de l’Etat (cache d’armes, arrestation de militaires), difficile de faire le distinguo entre ce qui relève du droit commun et du zèle politique.  En effet, en Afrique, souvent des leaders ont commis des gaffes et lorsqu’on s’y intéresse, ils crient à la chasse aux sorcières, aux procès politiques. Mais ici la concomitance du refus de Soro d’adhérer au RHDP et le début de ses déboires judiciaires est assez suspecte pour ne pas susciter une corrélation. 

Le procureur Richard Adou a beau invoquer l’impartialité de la justice, mentionner les objets du délit, ou plutôt de la haute trahison (ce qui fait que Soro aurait dû être jugé par la Haute cour de justice), l’inquisiteur en chef a donc beau justifier cette condamnation, il y a toujours l’ombre d’un doute, quant aux vrais mobiles de ce procès et de toutes ces preuves qu’on découvre comme ça censément enfoncer l’illustre exilé de Paris.

C’est moins le fait de vouloir juger Soro que les motifs brandis qui étonnent, et font opiner. Rebelle un jour, rebelle toujours ? Qui a bu boira ? Voilà un peu résumé tous ces entrelacs de faits qui font que la justice est aux trousses de Soro et de son parti. Mais étant présidentiable, et ayant divorcé en mauvais termes avec Ouattara, l’irruption de cette justice est tout sauf anodine et c’est sur ce plan que le pouvoir ivoirien joue sa crédibilité.

Pélagie OUEDRAOGO

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