Législatives au Bénin : L’étalonnage de la déception

Législatives au Bénin : L’étalonnage de la déception

On se demande  quelle mouche a bien piqué le président béninois Patrice Talon ? Le Bénin est ce pays dont rêvent de nombreux amoureux de la démocratie. Alternance démocratique apaisée et continue. Armée républicaine, si républicaine qu’on finit par se demander si elle existe dans ce tintamarre de coups d’Etat militaires qui pullulent  sur l’écorce terrestre africaine. Au point que le pays est cité comme un exemple à suivre, un petit bout de pays sui generis parmi une agglomération de mauvaises pratiques de gouvernance, de chefs d’Etat épris de leur envie de rester au pouvoir ad vitam au péril et au grand dam sur la solidité des institutions, de stabilité économique et sociale des populations.

Patrice Talon a été lui-même ce séduisant homme politique, qui a réussi par la force de la conviction, à venir à bout d’adversaires politiquement redoutables. Lorsqu’il est arrivé au pouvoir, son appétit pour le mandat unique l’a définitivement érigé en OVNI de la race des hommes politiques et des politiciens. Car la tendance est plutôt à vouloir allonger les mandats plutôt qu’à s’amuser à les raccourcir. D’ailleurs, ce sont ses propres opposants qui ont levé les boucliers pour protester contre cette volonté qui allait consacrer une véritable austérité et rigueur de la gouvernance. En faire un véritable sacerdoce.  Comme quoi, qu’ils soient opposants ou au pouvoir, les hommes politiques sont taillés dans la même étoffe.

Malgré toutes ces bonnes entrées en matière, Patrice Talon laisse un drôle de goût sur la langue de ceux qui le regardaient avec admiration. Comment peut-on imaginer des élections, qui plus sont législatives, sans la participation de l’opposition, dans une démocratie digne de ce nom. Certes, ce n’est pas une nouvelle nouveauté. Des scrutins sans opposants, on en a rencontré à la pelle dans les ruelles du continent africain. Mais ces derniers ont généralement et volontairement choisit de s’abonner à la politique de la chaise vide. Pour ces cas de figure, on blâme difficilement les chefs d’Etat ou les organisateurs des élections. Nul ne pourrait se prévaloir de sa propre turpitude.

Mais que toutes les listes de ces opposants soient invalidées au point qu’il n’y a que les «accompagnants» de Patrice Talon qui soient seuls sur la ligne de départ est une descente dans  les abysses de la dégringolade démocratique. Il ne devrait pas en être très fier. Et même s’il prétend l’être, ce ne sera que pour se voiler la face derrière ses lunettes fumées. Du reste, les Béninois lui ont démontré ce qu’ils pensaient de tout ceci. Les urnes n’ont pas été beaucoup sollicitées en ce dimanche. Cela traduit un air qui plane sur le mythe. Celui de la déception.

Ahmed BAMBARA

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