Libération de terroristes au Mali : Le Sahel doit-il continuer à guerroyer et/ou à négocier ?

Libération de terroristes au Mali : Le Sahel doit-il continuer à guerroyer et/ou à négocier ?

Mimi Ould Baba Ould Cheick est libre ainsi que Fawaz ! Du moins, officieusement. Les négociateurs qui ont permis la mise en liberté de Soumaïla Cissé et des autres otages internationaux ont la bouche close. Mais des bruits murmurent de façon lancinante que de grosses «têtes» du GSIM ont été livrées au souffle d’air de la liberté. Et parmi eux, Mimi Ould Baba Ould Cheick. Si des sicaires tels Fawaz Ould Ahmed issu des katiba Al-Mourabitoune, un des cerveaux des attaques du Biblos à Sévaré et de grand Bassam en Côte d’Ivoire ; où les Ould Baba Ould Cheick, auteur des innommables du Radisson Blu et du café Cappuccino, sont encore libres, c‘est qu’il y a péril en le Sahel.

Lorsqu’en septembre 2012, la horde de ces supplétifs kadhafistes se sont arrêtés à Douentza, puis ont été stoppés à Sévaré par l’armée française qui aurait parié que 8 ans après, ils seront quasiment, les nouveaux maîtres du Mali ?

Certes, des noms de grands caïds djihadistes ont été neutralisés, mais les katibas élisent toujours des chefs. Que ce soit Abou Zeid, Moctar BelMoctar, Abdelmaleck Droukdel ou l’enfant terrible de Kidal, Iyad Ag Ghali, actuel parrain du GSIM, qui serait le grand gagnant de ces libérations, la problématique de  cette guerre asymétrique au Mali reste posée car elle commence à se banaliser.

Faut-il continuer à guerroyer ou faut-il négocier, ou les 2 à la fois ? Car à quoi bon arrêter des terroristes qui ont endeuillé des familles, puis les troquer contre des personnes ? De qui se moque-t-on alors car au moment même où les 4 illustres otages sont échangés contre des dizaines de terroristes, une vingtaine de Maliens étaient enlevés dans la commune de Farabougou dans le Centre du Mali, et 9 étaient toujours prisonniers dimanche.

Avec ces libérations, les suppliciés du café Cappuccino à Ouagadougou et Grand Bassam en Côte d’Ivoire doivent se retourner dans leur tombe. Quant aux vivants, ils  doivent retenir leur souffle. Ces ogres de la mort Mimi Ould Baba Ould Cheick n’est pas seul. Fawaz Ould Ahmed, le soldat de Mokhtar Belmokhtar, est aussi sur la liste des cadres terroristes libérés) de nouveau sur les sentiers de la liberté n’augure absolument rien de bon.

Certes, pour certains d’entre eux, comme Fawaz, le GSIM pourrait avoir demandé leur libération pour leur faire «leur fête». Certains terroristes alpagués par la justice auraient été trop volubiles et ont livré secrets et informations sur le fonctionnement des groupes armés. Leur échange contre le chef de file de l’opposition malienne et les autres otages serait alors peut-être plus lié à une volonté de faire payer un acte de traîtrise plutôt qu’à une envie de leur chanter une sérénade de retrouvailles entre frères.

Actuellement, il est question de la Colombienne Gloria Cécilia Argoti «la cochambrière» de Pétronin, du Dr Elliot, et de 3 occidentaux, mais quid des Maliens, Burkinabè ou Nigériens qui sont au mieux enlevés, au pire tués par ces terroristes ?

Et les principales capitales du Sahel doivent se préparer à tous les dangers. Il s’agit bien de matières grises du GSIM qui viennent d’être remises au service d’une machine de guerre qui sait se montrer d’une rare cruauté et sans aucune pitié. Il n’est pas exclu que d’autres plans machiavéliques soient mis en branle pour mettre à nouveau à rude épreuve la corde émotionnelle des populations tant locales qu’étrangères des territoires convoités par les yeux avides du GSIM.

Cette éventualité pose à nouveau sur le tapis de la guerre contre le terrorisme, une question, sans doute troublante et à la réponse pas si évidente. Faut-il continuer à faire la guerre ou faut-il envisager de prendre l’opposition celle de la négociation ? L’otage française libérée s’est aussitôt faite la porte-parole des otages qui restent encore entre les griffes des terroristes.

Le Burkina avait expérimenté cette méthode de négociation sous le régime déchu, avec plus ou moins de fortunes. Si de nombreux otages ont été libérés grâce à Blaise Compaoré et à son ex-conseiller Limam Chafi, les pays dont sont originaires ces otages, ont beaucoup raqué des millions d’Euros, contre ces libertés, de la thune qui a arrosé toute la chaîne d’intervenants de ce commerce rentable.

A l’évidence, le Mali, semble avoir continué avec ce cas, débutée sous IBK, et son heureux dénouement sous la junte. Le Burkina sous Roch a toujours dit non, à cette forme de compromission. Mais avec ces caïds dehors, lesquels ont semé la mort au Burkina, peut-on raisonnablement privilégier le «Tout guerre» sans d’autres pistes exploratoires ? La question est facile, la réponse l’est beaucoup moins, avec ce récent cas malien.

C’est pourquoi, il faut à l’heure où Barkhane fait certes du bon boulot dans la terrible zone des 3 frontières, et que les armées burkinabè et malienne sont de plus en plus aguerries, il faudra allier la guerre à l’arbre à palabre.

Négocier, se parler, essayer de trouver des solutions avec ces frères ennemis, sans perdre son âme, tout en ayant les armes en bandoulière ! Oui, la bataille continue et la France l’a clairement signifié, elle pourchassera et neutralisera toujours les terroristes au Sahel, le Burkina, le Mali et le Niger à travers leurs armées ainsi que la tétraplégique force G5-Sahel et les soldats tchadiens poursuivront la lutte. Mais désormais, depuis ce 9 octobre 2020, il y a une nouvelle brèche qui s’est ouverte dans la lutte contre le terrorisme au Sahel.

Certains répondraient qu’il faut y aller au cas par cas. Assurément, par exemple pour Soumaïla Cissé c’était assez particulier. Politiquement et sur bien d’autres plans, son maintien en captivité donnait une autre connotation à la situation sécuritaire au Mali. Un dénouement dramatique aurait pu avoir des conséquences imprévisibles.

Toutefois, une vie égale à une vie. Faudrait-il procéder ainsi pour les autres otages ? Au Burkina Faso, la question doit tarauder bien d’esprits. Surtout concernant le Dr Eliott, un homme plus noir que blanc, plus burkinabè qu’européen qui a marqué les habitants de Djibo et dont l’enlèvement depuis près de cinq ans a créé une onde de choc au Burkina Faso. Faut-il accepter échanger des terroristes pour sa libération ? Ou continuer à croiser le fer avec l’hydre, sans état d’âme ? Ou les deux ? Décidément, cette guerre est réellement complexe ! Pour notre part, nous inclinons pour 60% de guerre et 40% de diplomatie, de toute façon, la guerre est une forme de diplomatie violente. Reste à en déterminer les modalités, qu’est-ce qu’on met sur la table. Avec Iyad Ag Ghali et Al-Sahraoui faut-il négocier, ou avec tous les katibas ? Le Sahel ne peut pas se permettre un enlisement si ce n’est déjà fait, il faut s’intéresser aux otages et aux victimes emblématiques, mais aussi aux anonymes, ou plutôt, il faut œuvrer à réduire au stade résiduel ce terrorisme devenu un Fond de commerce dont se repaissent de nombreuses personnes, même à des niveaux insoupçonnés.

Ahmed BAMBARA

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