Magal 2019 à Touba : Sous les auspices de retrouvailles entre un père (Wade) et son fils (Sall)

Magal 2019 à Touba : Sous les auspices de retrouvailles entre un père (Wade) et son fils (Sall)

Depuis quelques jours, Dakar s’est vidé de ses habitants, quasiment toute la capitale sénégalaise s’est convoyée vers une autre ville sainte, celle-là : Touba, sanctuaire du Mouridisme, cette puissante confrérie, en vue de célébrer le Magal 2019.

Lecture du Coran, psalmodiations de Khassaides et autres Berndé’’ (grands repas), prières et bénédictions seront les temps forts de cette perpétuation des percepts et recommandations de son fondateur Cheick Ahmadou Bamba, musulman soufi, versé dans le mysticisme, qui créa Touba en 1887.

Emprisonné par le colon à Saint-Louis, il connaîtra l’exil à partir de 1895 au Gabon, d’où il reviendra à Dakar après plus de 7ans. L’histoire veut d’ailleurs que durant sa traversée vers l’exil gabonais, dans le bateau l’amenant au Gabon, il demanda la permission pour effectuer sa prière et c’est là qu’ébaubis, les Blancs le verront étaler son tapis sur l’eau, prier et remonter bonnement sur le vaisseau !

Le Magal, c’est 5 millions de personnes qui se ressemblent à Touba, certains quittent New-york, Londres, Paris, Berlin, descendent à Dakar, et vont directement à Touba, font leur pèlerinage et refont le chemin inverse pour prendre le vol retour sans un arrêt à Dakar !

Le Magal, c’est aussi aller faire allégeance au grand khalife.

Le Magal, c’est concocter de grands projets pour la ville de Touba et donner les moyens de les réaliser. La solidarité mouridique n’est pas un vain mot.

Enfin, le Magal est aussi lié à la politique.

Quasiment tous les politiciens sénégalais entretiennent des relations avec la ville Sainte, qu’ils soient mouride ou non, et ce jusqu’au sommet de l’Etat.

Léopold Sédar Segnhor, de confession chrétienne avait su diriger ce Sénégal à 90% musulman, lui qui était pourtant d’une minorité religieuse, en se tenant à distance respectable de tous les cultes. Idem pour Abdou Diouf, son successeur, Tidjane, lui, c’est-à-dire disciple de l’autre puissante confrérie dont le siège est Tivouvouane, Diouf avait également fait le distinguo laïc entre Etat et religion.

Seul Abdoulaye Wade, avec sa prosternation devant le calife général des Mourides, avait fait une entorse  à cette règle républicaine. Ce qui avait provoqué le titre de notre confrère wal Fadjiri du 8 mai 2001 fruit d’une tribune d’Ousseynou Kane, chef du département de philosophie de l’Université Cheick Anta Diop : «La République couchée».

Mais Touba, c’est aussi le cœur névralgique de la stabilisation du Sénégal et le récent rapprochement entre Abdoulaye Wade et Macky Sall n’est pas étranger à cette diplomatie souterraine, des Mourides de la ville sainte.

L’image de l’ex-président et de son successeur, côte-à-côte le 27 septembre dernier lors de l’inauguration de la grande mosquée Massalkoul Jinan à Colobane, s’est faite sous les bons offices du calife général Sérigne Mountakha Mbaké, ainsi que la libération de l’ex-maire de Dakar : Khalifa Sall.

Les secondes retrouvailles entre le «Gorgui» et son fils spirituel Macky Sall, et la promesse de ce dernier de se rendre au point E, domicile de Wade sont également à mettre à l’actif de Touba.

Au Sénégal, entre la politique et la religion (Mouride-Tidjane ou Layène), il n’y a pas souvent de place pour du papier à cigarette. Les consignes de vote (Ndjiguel) même si elles ont perdu de leur effet, sont toujours redoutées par tout candidat à un mandat électif.

Le Magal 2019 se présente donc au-delà du  caractère religieux, sous le signe de l’armistice entre un père ‘’ Ablaye’’ Wade et son fils Macky Sall. En attendant le retour et la réhabilitation  de l’enfant prodige exilé au Qatar, Karim Wade ?

Sam Chris

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