Mali-Guinée : La CEDEAO en père fouettard sera-t-elle efficace ?

Mali-Guinée : La CEDEAO en père fouettard sera-t-elle efficace ?

«La CEDEAO au fil des coups d’Etat au Mali et en Guinée-Conakry», tel aurait pu être le thème du Sommet extraordinaire de l’institution sous-régionale tenue hier 7 novembre à Accra. 2 coups d’Etat qui étaient plus ou moins prévisibles, que tente de manager la CEDEAO, pour le retour à un Etat de droit.

Chassés-croisés diplomatiques dont Goodluck en était devenu la mascotte dans la capitale malienne, oukases à Conakry après le pronunciamiento du colonel Mamady Doumbouya, et succession de sommets pour imposer un rythme aux transitions dans les 2 pays en particulier les dates des élections, la CEDEAO aurait tout essayé.

Si au Mali, les élections étaient initialement calées pour le 27 février, à la lumière des réalités et de la posture de la Transition, cette date est assurément écrite au crayon dans la Charte. Elle est techniquement et politiquement impossible à tenir. Alors quand ? Lorsque le Mali sera prêt, aura réglé sa question sécuritaire, et bien d’autres problèmes entend-t-on mezza voce, et même par voix officielle à Bamako.

En Guinée-Conakry, le CNRD a mis l’armature transitionnelle en place, mais n’a toujours pas arrêté un timing pour le déroulement des élections. Hier 7 novembre, si le président en exercice de la CEDEAO, Nana-Akufo Addo, très sourcilleux sur ces transitions avait convié ses pairs pour solutionner ces 2 cas qui constitueront des jurisprudences, l’institution a finalement brandi le bâton, signe d’une nervosité teintée d’impuissance.

A la vérité, avant le fameux huis-clos de ce 7 novembre, des apartés donnaient déjà la tendance de cette réunion. On sait que le Nigérian Muhamudu Buhari, l’Ivoirien Alassane Ouattara,  le Ghanéen Nana-Akuffo et le Nigérien Mohamed Bazoum sont plutôt pressés à défaut de remettre Alpha Condé sur le fauteuil de Sekoutoureya, pressés donc que les élections adviennent afin que des civils prennent le pouvoir. Ce sont des chefs d’Etat qui tiennent les coups d’Etat en horreur.

A contrario, le Sénégalais Macky Sall, le Bissau-Guinéen Umaro Sissoco Embaló sont plus souples, même si dans le principe, ils condamnent le putsch.

Hier à Accra, au-delà des arguments sacro-saint principiels, le syndicat des chefs d’Etat de la CEDEAO, s’est entendu sur l’essentiel, mais avec des circonstances aggravantes ou atténuantes selon les uns et les autres.

N’empêche, après le débriefing de Goodluck Jonathan, le médiateur es coup d’Etat, et Kassi Brou, président de la Commission, la CEDEAO a décidé d’endosser le costume du père fouettard. Ainsi, pour ce qui est de la Guinée, dont la configuration de la Transition est connue, l’institution exige la liberté pour Alpha Condé, arrêté depuis sa chute le 5 septembre 2021 (qu’on garde comme garantie) et maintient inchangées les sanctions qui frappent déjà la junte et Cie (gel des avoirs, interdiction de voyager …) et la publication fissa d’un agenda électoral sur lequel, le chef de la Transition Mamady Doumbouya, a mis le coude dessus.

Enfin, l’infatigable Mohamed Ibn Chambas, sera le Monsieur-Bon-office à Conakry. Quant au Mali, après avoir constaté une dégradation crescendo de la situation sécuritaire, la CEDEAO fait remarquer que la Transition table sur un décalage du 27 février, date initiale des élections. Ici aussi, la main de la CEDEAO n’a pas tremblé, car toutes les autorités de la Transition et leurs familles tombent sous le coup du fameux Travel Ban, l’interdiction de voyager, et leurs avoirs gelés.

Ce sont des décisions qui épousent à merveille la Déclaration de la CEDEAO, sur la dévolution du pouvoir non-constitutionnel. Mais au Mali comme en Guinée, les prérogatives du père fouettard sont limitées voire ineptes. Certes, il y aura des désagréments, et surtout les populations vont en pâtir à la longue, même avec ces sanctions chirurgicales. Mais le plus drôle, c’est que ces sanctions ne changeront pas grand-chose à la marche imposée par les militaires putschistes.

Les colonels Goïta et Doumbouya, qui semblent avoir l’onction de leurs populations, se hâtent lentement pour ces élections. Alors que ça devrait l’être, car une transition survient pour implémenter les valeurs, organiser des élections et s’en aller. Quand on écoute aussi un de la junte en Guinée, qui disait qu’en tant que «militaires, ils sont en mission et n’ont pas vocation à voyager, et n’ont pas de comptes bancaires à l’extérieur» on constate que ces sanctions pour peu qu’elles soient opérantes, ne font pas peur outre mesrure. L’épineuse question du retour au pouvoir des civils au Mali comme en Guinée, se retrouve posée même après ce sommet d’Accra, car seuls actuellement les militaires putschistes sont maîtres des horloges, père-fouettard ou pas de la CEDAO !

Reste que les prétoriens de Kati comme ceux de Kindia ont intérêt à aller vite, rendre le pouvoir à l’image d’un ATT du Mali ou Salou Djibo du Niger, au moment où toujours, ils bénéficient du sentiment de rejet des ex-régimes qu’ils ont renversés. Traîner pour jouir du nectar de ce pouvoir pendant longtemps avant de le rendre, ou prétendre balayer la Guinée ou le Mali, pour s’y installer, en tombant immédiatement le treillis serait des voies sans issue, dangereuses et désastreux pour les 2 pays. Eux qui sont des militaires instruits savent bien qu’on peut tout faire avec les baïonnettes, sauf s’asseoir dessus .

La REDACTION

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