Manif d’étudiants en RDC :  Petitement, Kabila se  sent cerné

Manif d’étudiants en RDC : Petitement, Kabila se  sent cerné

Le navire du régime de Joseph Kabila ressemble à cette pirogue naviguant dans un marais et dont les parois sont à chaque coup de pagaie accrochés par des crocs de crocodiles. Chaque mille franchi équivaut à de nouveaux adversaires, à de nouveaux courants contraires, à de nouvelles herbes folles qui s’agrippent, écorchent, ralentissent avec un seul slogan : ne continuez pas à avancer. Un des illustres hommes de culture de ce pays, Tamsi Labou titrait une de ses œuvres poétiques : «Le commencement des douleurs», applicable à la crise en RDC ce n’est plus le début des gros soucis pour Kabila, mais leur complication crescendo.

C’est cette lecture que l’on peut coller aux manifestations qui ont éclaté  dans le campus congolais. Les étudiants ont battu le macadam pour une affaire de frais de scolarité et pour la sanction infligée à leurs camarades qui ont répondu à un mot d’ordre de l’opposition en novembre dernier. Les premiers responsables universitaires ont affiché leur étonnement devant le timing de cette explosion de manifestations. Etonnant pour qui ne connaît pas l’actualité congolaise. Mais lorsqu’on regarde bien, il est difficile de ne pas lier ce hourvari à la situation politique que traverse le pays, et surtout par le faux pas que le pouvoir n’aurait pas dû faire : égratigner l’Eglise et prévenir toute révolution.

– De l’Eglise : la sortie de Monseigneur Monsengwo la 2nde du désormais vieux poil à gratter des satrapes qui se sont succédé à la tête du pays, le 23 janvier dernier, au lendemain des tueries des ouailles de l’Eglise, suivi de celle du pontife Romain montrent à l’envi, que les aiguilles catholiques tournent résolument à l’inverse de celles du locataire du palais de la Nation. Le fer à lancer des prélats, le CLC, qui a osé braver les forces de sécurité ou d’insécurité, c’est selon, est un signe patent, que l’Eglise veut bouter dehors Kabila.

Celle-ci est depuis lors vent debout contre le pouvoir politique, usant de sermons très durs et de propos sans concession à l’endroit du régime, qui a désormais contre lui, cette puissante communauté. Joseph Kabila a beau être un fin stratège, un homme politique rompu dans l’art de brouiller les cartes orienté vers l’envie de rester au pouvoir, il devrait faire attention lorsque ses actes titillent la croyance, la foi et les divinités.

– A présent les étudiants s’en mêlent, comprenant que si le pouvoir, lie leur manif aux revendications du Rassemblement, c’est que Kabila derrière ses apparences, de sûreté et de «dur» craint une insurrection. Ce scénario dont les causes varient d’un pays à un autre, mais a toujours un commun dénominateur : un ras-le-bol criant, et la décision des populations d’en découdre avec le pouvoir, advienne que pourra. Petitement, Kabila se sent cerné par l’Eglise, les étudiants, la communauté international et les Congolais d’où cette frilosité et nervosité mortifères dont il fait montre chaque jour.

C’est pourquoi il devrait également avoir un regard attentionné sur le magma en ébullition dans le cratère estudiantin. Toute déferlante qui naît de ce côté pourrait être dangereuse pour les pilotis vacillants de cette hargne de rester au pouvoir contre vents et marées. A une semaine du premier anniversaire du décès d’Etienne Tskékédi, on en vient à regretter son absence et ses orphelins divisés du reste, sentent son absence, car il aurait été ce rassembleur qui manque tant au Rassemblement.

Cela fait environ un an que le corps de celui qui tutoyait ce régime s’est refroidi. Kabila a dû éprouver un soulagement, malsain, soit, mais un soulagement tout de même après l’annonce du voyage d’Etienne Tshisekedi vers la destination dont on ne revient pas. Cependant, cette vague d’indignation qui gronde sous les cloches de l’Eglise et la grogne des étudiants peuvent combler ce vide.

Pendant ce temps, un amoncellement de condamnations internationales s’abat sur le toit du palais président congolais. Les Etats-Unis d’Amérique, l’Union européenne, la Grande Bretagne, la Belgique, la France n’ont pas été tendres, usant de mots tout aussi durs pour exprimer leur réprobation par rapport à la répression qui presse au cou les Congolais.

Mais il faut reconnaître que Joseph Kabila a acquis depuis longtemps, dans le cadre de l’arsenal qu’il a déployé pour aboutir à son maintien au pouvoir, un plumage de canard qui réalise la prouesse de faire couleur sur son dos, les récriminations verbales lancées contre ses méthodes, ses ambitions et sa gouvernance. Ce tintamarre international donne l’image d’un concert endiablé auquel assistent des spectateurs sourds jusqu’aux orteils. Si la communauté dite internationale veut vouloir empêcher, il faudra donc utiliser un langage que comprendront les autorités congolaises.

Ahmed BAMBARA

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