Manifestations interdites en RD Congo : Tshisekedi «pleinement président», mais pas trop ?

Manifestations interdites en RD Congo : Tshisekedi «pleinement président», mais pas trop ?

Malgré la posture de lévitation qu’ont adoptée les deux figures de proue de l’opposition Martin Fayilu et Adolphe Muzito pour réaliser leur marche, en rejoignant en voiture le marché de la Liberté dans la commune de masina, bastion de Lamuka, et de là pour rallier le quartier Limeté, suivis de quelques centaines de militants, malgré cette ruse, les sécurocrates congolais les ont dispersés à coups de gaz lacrymogènes suivis d’arrestations. Et in fine en crevant les pneus des véhicules des deux leaders, juste à l’entrée de Ndjli. Des actes que le chef de la police ne reconnaît pas avoir ordonné. Et pour cause…

Oui la marche de l’opposition congolaise d’hier dimanche 30 juin, qui coïncide avec le 59e anniversaire de l’indépendance du Congo, a été interdite, par le gouverneur, et depuis Lubumbashi où il a accordé une interview à nos confrères de France 24 et RFI, le chef de l’Etat en personne Félix Tshisekedi, a acquiescé, en disant qu’il approuve cette interdiction.

Qu’un gouvernement veuille prévenir un débordement, qu’il veuille éviter l’anarchie, bref, qu’il veuille que règne l’ordre, on ne trouvera rien à redire. Mais, c’est que dans cette RD Congo, habituée aux marches et meetings au forceps, car toujours réprimés dans le sang, dans cette RD Congo où le rituel marches-charges de la police, tirs de gaz lacry et même de balles réelles se répètent depuis des années, depuis surtout que Kabila, a voulu s’octroyer des mandats illimités dans ce pays aux 6 fuseaux horaires, la vie politique est toujours inextricable comme la forêt de l’Equateur.

Hier et avant-hier justement, l’actuel président Félix Tshisekedi faisait partie de ceux qui marchaient pour obtenir l’alternance, l’Etat de droit…

Investi de l’imperium, le voilà qui interdit à son tour, ce viatique pour tout démocratique : la liberté de marcher.

Reviennent alors de façon itérative les griefs et autres reproches décochés contre le nouvel élu : il serait une marionnette de Kabila, un président par procuration, il obéirait à l’œil à son devancier, il n’habiterait pas la fonction et Tuti quanti…

Il y a du vrai dans tout ça, laquelle vérité qui trouve son fondement dans l’accession même de Tshisekedi à la magistrature suprême. Si le «deal» Kabila-Tshisekedi a fonctionné, et soi dit en passant, la démocratie n’a peut-être pas gagné en grade, mais la RD Congo a pu conjurer le spectre d’une guerre civile, si donc le duo Kabila-Tshisekedi, marche, c’est bien parce que chacun joue son rôle dans le partage du pouvoir.

Etes-vous pleinement président ? C’est en substance la question de Christophe Bouabouvier de RFI, posée ce 29 juin à Tshisekedi. «Oui, je suis pleinement président de RDC». Qui peut en douter ? Il a été élu, investi, et joue ce rôle. Sauf que ses compagnons d’hier oublient des détails de taille : Tshisekedi est minoritaire à l’Assemblée nationale, au sénat, aux assemblées provinciales, lesté par le premier ministre Sylvestre Ilunga homme-lige de Kabila. Et même s’il a déclaré dans le même entretien France24-RFI, qu’il aura la haute main sur les ministères régaliens, on attend de voir.

Alors cerné de toute part (exécutif, législatif et même sécuritaire) comme il l’est, que voulez-vous que le président Tshisekedi puisse faire ? il ne peut qu’agir avec tact, souplesse, dans l’attente d’un changement de rapport de force, ou carrément à défaut, en 2024, accepter qu’il a été le Medvedev et remettre le pouvoir à Kabila. Mais pour le moment, accordons-lui du temps pour prendre ses marques, ses assurances, si tant est qu’il les prenne.

Sam Chris

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