Massacre de 130 Dogons à Sobanekou : De l’absence insigne de l’Etat au Centre du Mali

Massacre de 130 Dogons à Sobanekou : De l’absence insigne de l’Etat au Centre du Mali

Ogotémali, le dieu dogon est en pleurs ce dimanche 9 juin 2019 depuis les hauteurs des falaises de Bandiagara, car plusieurs de ses ouailles ont été tués par des assaillants, surgis de nulle part pour accomplir cette funeste besogne.

8 heures d’infernalité qu’ont vécu les 300 âmes vivant dans le patelin de Sobanekou, à côté de la ville de Sanghan, c’est-à-dire de 17 h dimanche à 1 h du matin lundi, des tueurs se sont attelés méthodiquement à ôter la vie à 95 personnes au bout du fusil, à brûler et à faire disparaître d’autres personnes.

Autant dire que c’est quasiment la moitié du village qui a disparu après cette équipée sanguinolente dans le Centre du Mali, devenu l’épicentre d’attaques djihadistes, intercommunautaires si ce n’est de grands bandits, la ligne de distinguo n’étant plus tenue de nos jours.

– Qui a occis cette centaine de personnes en plein pays Dogon et rayer pratiquement de la carte du Mali, Sobanekou, autre appellation de ce haut lieu du tourisme malien et désormais village-martyr communement appelée Sobane ?

– Répresailles des Peuls au carnage d’Ogossogou qui fit 134 victimes le 23 mars 2019 et dont la milice dogon, Dan Na Ambassagou avait été indexée ?

Le pas est vite franchi, même s’il faut se garder de certaines certitudes dans ce Centre malien, ( notamment Mopti et environants)  où écument les partisans du Front de Libération du Macina (FLM) d’Amadou Koufa et donc par ricochet, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) d’Iyad Ag Ghali, le premier ayant fait allégeance à l’illustre reclus des contreforts des Ifoghas.

L’enfer, c’est désormais les autres, ce précept sartrien est une réalité dans ce Centre de l’ex-Soudan français, où pourtant sont présentes les forces de la MINUSMA, de Barkhane et quelques FAMA, les Forces armées maliennes.

Cet énième reflux intercommunautaire est un indicateur palpable qu’en plus d’avoir perdu le Nord, en dépit des tentatives d’appliquer un Accord d’Alger poussif, cette attaque de Sobane donc, met en exergue l’absence de l’Etat au centre du pays. La preuve d’abord par le temps mis par les assaillants pour perpétrer leur sale boulot : 8h d’affilé à tuer, à incendier et à emporter le cheptel sans qu’un semblant de forces régulières ne vienne à la rescousse, au secours de ces malheureux suppliciés. A Ogassagou, c’était également plusieurs assaillants juchés sur des motos qui sont venus massacrer et repartir allègrement, s’évanouissant dans la nature tels des fantômes, sans coup férir.

Encore qu’à Sobanekou, quelques braves habitants ont organisé la résistance, en défendant le village, mais que pouvaient-ils face à ce qui ressemble à une attaque planifiée et préparée pour être exécuter avec précision ?

Convenons-en : l’absence insigne de l’Etat malien est patente maintenant au Centre et rien que le 28 mai dernier, fort de ce constat, International Crisis Group spécialisée dans la question des crises, préconisait la diplomatie souterraine, c’est-à-dire que Bamako dialogue avec les djihadistes et tous ceux qui se disputent le Centre du Mali. Crisis Group pousse la solution jusqu’à proposer de prendre langue avec le prédicateur Amadou Koufa et son mentor Iyad Ag Ghali, concomitamment aux actions militaires.

Cette démarche de Crisis Group n’est pas nouvelle, puisqu’il y a 2 ans, la même proposition avait été mise sur la table, mais avait été rejetée, par Alou Campo, le chef de la mission de réconciliation entre Dogons et Peulhs.

Mais face à cette impuissance de l’Etat au Nord et au Centre, n’est-il pas opportun d’explorer toutes les pistes y compris un rapprochement avec ceux qui sentent le soufre ? La paix au Mali ne vaut-elle pas tous les compromis ?

Zowenmanogo ZOUNGRANA

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