Massacre de Gorgadji au Burkina Faso : Terrorisme ou rébellions en gestation ?

Massacre de Gorgadji au Burkina Faso : Terrorisme ou rébellions en gestation ?

Au moment où la ministre française des Armées annonçait le renfort de 600 hommes au Sahel, 9 civils étaient occis au Centre-Nord quelques heures plus tôt. Et concomitamment à cette bonne nouvelle, 20 autres civils étaient assassinés hier à Gorgadji dans le Soum toujours au Burkina Faso.

Le double, ce sera donc le double de ce qu’a annoncé Emmanuel Macron au sud-ouest de la France, lors de la réunion avec Roch Kaboré du Burkina, et président en exercice du G5 Sahel, IBK du Mali, Mahamadou Issoufou du Niger, Mohamed Ghazouani de la Mauritanie et Idriss Déby du Tchad.

Au lieu de 240 militaires français promis à Pau le 16 janvier, ce sera 600 qui prendront pied sur les dunes de sable en renfort à Barkhane et de facto à la force hybride Takuba, désormais en charge de faire cesser les actes criminels de l’EIGS dans la zone du Liptako-Gourma.

Florence Parly de retour de Washington où elle s’est faite l’avocate du Sahel, pour convaincre les USA de ne pas alléger son contingent en Afrique, est aussi porteuse de bonnes nouvelles pour la bande sahélo-saharienne : 600 soldats rejoindront les 4 500 déjà présents, ce qui porte à 5 100 éléments de Barkhane.

Vu d’Afrique, ce geste ne peut être interprété que comme un signal fort de la France à accompagner les Sahéliens dans cette harassante lutte contre le terrorisme.

Plus donc de Barkhane, comme l’ont souhaité les dirigeants africains, même si cet envoi intervient après les propos circonspects du chef d’état-major français, le général François Lecointre, qui non seulement persifle sur la croyance à une «victoire définitive» au Sahel, et même broie du noir le cas burkinabè et malien.

Pour lui sur les 4 500 Français qui parcourent le Sahel, seuls 2 000 sont des «combattants», le reste est dévolu au renseignement et à la logistique. Inutile de dire que venant de ce haut gradé français, qui plus est patron des armées, ce ne sont pas des paroles qui comptent pour du bœuvres, mais adressées surtout à son pays.

Même si les Africains, qui n’ont jamais perdu de vue que Barkhane, MINUSMA et tous ceux qui se pressent au chevet du Sahel, n’auront pas vocation à y rester définitivement, c’est toujours bon à prendre. Bonne nouvelle pour le Burkina Faso, qui recrute actuellement des volontaires et 2 000 militaires de rang. Reste que également, si ce triangle des Bermudes’’ du Sahel, la région des 3 frontières, nécessite une présence de Takuba, Al-Saharoui ayant décidé d’y tracer les esquisses de son califat, si donc cette présence est impérative, la sécurisation des civils est devenue une priorité nationale au Burkina : rien que de fin décembre à ce début février, le pays des hommes intègres a vu 110 civils tués par des terroristes, car ces assassinats restent muets, non revendiqués.

Que ce soit à Silgadji, à Barsalogho, à Arbinda, à Pensa ou à Gorgadji, ce sont toujours des pauvres hères aux mains nues qui sont tués froidement, apparemment sans raison.

Pourquoi des civils, tués par des hommes toujours montés sur des motos qui font feu dans les marchés ou sur des lieux de culte ? Qui sont ces assaillants qui tuent des civils ? La controverse est vive au Burkina sur l’identité et les motivations de ces tueurs de civils : pour les uns ce sont des grands bandits, pour d‘autres, ce sont des rebellions en gestation ourdies par le régime déchu, pour d’autres, ce sont des katibas djihadistes. Qui sont-ils au juste ? Attardons-nous sur cette croyance de plus en plus répandue sur une rébellion en gestation : c’est une pensée qui traverse l’esprit de nombreux Burkinabè, qui estiment que si des terroristes sont bien à l’origine des tueries, il y a des ennemis politiques qui veulent régler le compte au pouvoir en place. Rendre Roch impopulaire, qui sera accusé d’incapacité à juguler ce terrorisme, donner l’impression d’être partout, bref, créer une chienlit pour soit empêcher les élections de novembre 2020, soit discréditer le régime, qui même si élections il y a, mordra la poussière. Vrai ou faux ?

La complexité et les enjeux dans une guerre asymétrique font qu’on fait dans l’effroi absolu. Il convient de contrer ces adversaires dits rustiques, qui font dans la stratégie de l’évitement : donner l’impression que leur cible, ce sont des civils pour des grands objectifs à moins que ce ne soit une stratégie obsidionale, d’encerclement du Burkina !

Au Burkina, le nombre de civils tombés est en passe d’atteindre celui de militaires, et c’est dire que désormais, que la tâche des volontaires en recrutement, et les 2 000 militaires de rang devra être de sécuriser ces populations civiles, tuées, en errance, gonflant le nombre de déplacés internes à 600 mille, et créant une situation de peuplement en danger. Ces nouveaux conscrits devront donc tourner le fusil contre ces «inconnus-connus» qui tuent des innocents sans défense.

A ce sujet, le Burkina a eu le nez creux de procéder à ces conscriptions spéciales et régulières, reste à ce que le synopsis soit adapté. Les civils du Centre-Nord, du Sahel, de Soum en ont urgemment besoin.

La REDACTION

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