Me  Farama  au colonel  Abdoul  Karim  Traoré : «Quand on se dit intellectuel, démocrate et républicain,  on ne se mêle pas à un coup d’Etat»

Me  Farama  au colonel  Abdoul  Karim  Traoré : «Quand on se dit intellectuel, démocrate et républicain,  on ne se mêle pas à un coup d’Etat»

Débutée le mardi 19 mars, la présentation des pièces à conviction bat toujours son plein au tribunal militaire de Ouaga 2000. A l’audience d’hier, trois communications impliquant les accusés Gilbert Diendéré, Sidi Lamine Oumar ont été diffusées. Le magistrat colonel Abdoul Karim Traoré qui avait refusé la veille de faire des commentaires sous prétexte que ses avocats n’étaient pas présents, a, cette fois-ci, invoqué des questions de droit pour ne pas se prononcer sur les éléments sonores  à lui attribués. C’était hier mardi 26 mars 2019.

«En aucun moment depuis  le début  de  cette affaire je n’ai été opposé à  des éléments  sonores ou vidéos», jure la main sur cœur le magistrat colonel Abdoul Karim Traoré. Il l’a d’ailleurs chanté à plusieurs reprises à l’audience d’hier mardi 26 mars 2019. Appelé à la barre le lundi pour ses éventuelles  observations après la diffusion  d’un audio qui  le  met  en cause, Abdoul Karim Traoré (AKT) s’était abstenu de faire un commentaire en l’absence de ses conseils : Mes Dieudonné Willy et Timothée Zongo. Appelé de nouveau à la barre cette fois-ci en présence de ses avocats suscités, le magistrat colonel  n’a pratiquement pas évolué sur sa position antérieure. En effet,  face à ses paires, Abdoul Karim Traoré s’est attardé sur la forme sans pourtant rentrer dans le fond. Selon lui, ces éléments sonores n’ont jamais été portés à sa connaissance. Et ce, après avoir fait  un rappel  des conditions  dans lesquelles il  a été interpellé, détenu, la perquisition de son domicile qu’il qualifie  d’illégales. S’adressant au président du tribunal  Seidou  Ouédraogo, AKT fait savoir qu’en aucun moment il n’a eu connaissance  desdits éléments. Que ce soit devant le juge  d’instruction ou à la Chambre de contrôle. En plus, «l’arrêt de renvoi qui saisit votre juridiction ne fait pas cas  d’éléments sonores ou  vidéos en ce qui me concerne. Je ne rentre donc pas dans le fond». A en croire l’accusé, ce serait une enfreinte au droit s’il se livrait à cet exercice. Aussi, il est inacceptable à cette étape de la procédure de lui  balancer   en pleine figure ces pièces comme le fait  l’accusation, surtout dans un pays qui se dit laïc, démocratique et respectueux des droits de l’homme comme le nôtre, ajoute-t-il. «Je ne peux pas opiner en violation de la loi», lance le colonel Traoré.

«Un tribunal d’exception n’est  pas un  tribunal  d’Etat d’exception»

Répondant  à l’accusé , qui a dans  son long exposé qualifié la justice  militaire de juridiction d’exception et agissant  souvent  en violation  de certaines règles  fondamentales, le parquet  a  tenu  à   répliquer dès  sa prise de parole. «  Une juridiction d’exception n’est pas une juridiction d’Etat d’exception », explique le ministère public. Tout en marquant son étonnement  vis- à vis des déclarations d’AKT qui, à ses yeux n’a fait qu’un cours de philosophie et d’histoire politique, le procureur lui concède son droit de ne pas  faire des observations sur des éléments qui l’incriminent. «Je comprends la posture  de l’accusé. Il n’est pas aisé d’être confronté à ses propres paroles dans un cas pareil», confie-t-il. Toujours dans sa logique de prouver la mauvaise foi de  Karim Traoré (assis sur une chaise en face du tribunal), la partie accusatrice explique  que  la pièce i78 n’est que  la retranscription  desdits  éléments  audios  figurant  depuis le début  dans le dossier et portée à sa connaissance lors de l’enquête de la  gendarmerie  et devant le juge d’instruction.

«Le colonel Traoré est embêté», Me Farama

A la suite des parquetiers ce sont les parties civiles par l’entremise de Me Prosper Farama qui a enfoncé le clou. Voyant dans ce refus une  manière pour  l’ancien juge militaire de se défendre et qui a aussi évoqué certaines valeurs propres à sa personne, l’homme de droit ne s’est pas empêché de lui faire une leçon de morale. «Quand on se dit intellectuel, démocrate et républicain on ne se mêle pas à une histoire de coup d’Etat», déclare Me Farama. Dans cette communication avec le vice-président du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) Mahamadou Djéri Maïga attribuée à AKT, il est question d’intervention d’éléments armés extérieurs en soutien aux putschistes. Pourtant, des dires de l’auxiliaire de justice le mis en cause a, lors de sa comparution affirmé que sa présence au camp Naaba Koom II dans la nuit du 16 septembre est liée à sa curiosité intellectuelle et scientifique. Fort de cela, l’avocat se dit persuadé  qu’il est embêté et dit comprendre cet embêtement. Venant au secours de son client, Me Dieudonné Willy estime quant à lui que son confrère des parties civiles se trompe  lourdement lorsqu’il dit que son client  s’est mêlé au coup d’Etat. Si les faits étaient déjà établis on ne serait  pas en train de poursuivre les débats, martèle-t-il. Relativement aux éléments sonores, Me Willy indique  que  son  client  a été entendu à 8 reprises dans cette affaire sans qu’on ne lui oppose un quelconque enregistrement sonore. Embouchant la même trompette qu’AKT, il  laisse entendre qu’à ce stade il ne peut mener un débat sur  ce sujet.

Bien avant  qu’Abdoul Karim Traoré ne  soit  convoqué  par le président  Seidou Ouédraogo, trois communications  téléphoniques impliquant au premier chef le général Gilbert Diendéré ont été diffusées. La première, est un appel du journaliste de Jeune Afrique Rémi Carayol datant du 28 septembre 2015. Dans cette communication, Golf affirmait à son interlocuteur que les éléments du RSP ont toujours confiance en lui et il suffisait pour lui de les parler pour qu’ils agissent. La deuxième, à peine audible est une manifestation de soutien du MDL-chef Moumouni Ouédraogo au  président du CND. En ce qui concerne la troisième, il s’agit d’une conversation qui a eu lieu le 23 septembre 2015 entre  Sidi Lamine Oumar et le natif de Yako dans laquelle, le représentant du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA) invitait le général à ne pas accepter le désarmement et le cantonnement. S’offusquant également contre les propos des autorités de l’époque, ce dernier a dans ledit élément sonore juré que le CEMGA Pingrenoma Zagré devrait payer tôt ou tard sa traitrise. Appelés par la suite pour leurs éventuelles observations, Gilbert Diendéré et Sidi Lamine Oumar  ont déclaré n’avoir  rien à dire. L’audience se poursuit ce matin à 9 heures dans la salle des banquets de Ouaga 2000 tenant lieu de tribunal militaire.

Boureima SAWADOGO

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