Mise en accusation de Blaise Compaoré dans le dossier Thomas Sankara : Vérité et réconciliation d’accord, mais fourches caudines judiciaires d’abord

Mise en accusation de Blaise Compaoré dans le dossier Thomas Sankara : Vérité et réconciliation d’accord, mais fourches caudines judiciaires d’abord

Le Tribunal militaire en ouvrant son audience de confirmation des charges le 19 janvier 2021 dans l’affaire Thomas Sankara avait estimé qu’autour de la mi-mars, il videra son délibéré. A l’évidence, il y a eu beaucoup de travail, et c’est finalement hier 13 avril 2021, que la Chambre de contrôle s’est prononcée.

– Qui aurait pu faire assassiner Thomas Sankara et ses 12 suppliciés de compagnons dans le pavillon Haute-Volta le 15 octobre 1987 ? C’est la question nœudale qu’ont tranché les juges. Le tribunal militaire a décidé de mettre en accusation son ami, compagnon et frère d’armes l’ex-chef de l’Etat, Blaise Compaoré, aujourd’hui exilé en Côte d’Ivoire depuis sa chute le 31 octobre 2014, et 13 autres personnes. Un dossier emblématique Thomas Sankara qui fait partie de la délicate question relevant de la réconciliation puisque relative à des violences politiques.

Lorsque la trompette du projet de réconciliation a tonné des cases du Burkina Faso depuis le dôme du palais présidentiel de Kosyam, des inquiétudes ont fusé de bon nombre de têtes pensantes et d’âmes de victimes au cœur meurtri. Elles se sont agrippées aux aspérités d’une seule et même interrogation : y aura-t-il justice et vérité ? Saura-t-on qui et pourquoi a-t-on fait autant de morts ? Pourquoi et qui a maculé la terre libre du Burkina Faso avec le sang de Thomas Sankara, Norbert Zongo et de tous ces hommes burkinabè ? Les bourreaux seront-ils élargis sans passer par le rituel de la confidence, de la contrition avant le pardon ?

Le délibéré de mise en accusation du tribunal militaire burkinabè sur le dossier Thomas Sankara qui vient de tomber apporte quelques réponses et orienter sur les rails que va suivre le train du processus de réconciliation nationale activé par les hautes sphères décisionnelles de l’Etat burkinabè. Les juges militaires ont requalifié les faits (lire page…). Fait des réajustements tous azimuts, constaté l’extinction de l’action publique contre des suspects sérieux que Dieu a rappelés à lui, notamment entre autres, les regrettés le sergent Wampasba Nacoulma ou le colonel-major Alain Laurent Bonkian.

On retiendra qu’au final, 14 ont été mis en accusation et dirigés vers le jugement tant attendu depuis maintenant plus de trente ans. Ils s’appellent Hyacinthe Kafando, Traoré Bassobé, Sawadogo Idrissa, Ouédraogo Tibo, Palm Mori Jean Pierre, … et surtout Blaise Compaoré et Gilbert Diendéré. Depuis que les armes ont tonné entre des Burkinabè un certain 15 octobre 1987, faisant vibrer et pleurer les murs du Conseil de l’Entente… Ce jour-là, 13 Burkinabè ont vu leur souffle de vie arraché à l’affection de leur peuple et de leurs proches.

Aujourd’hui, 14 personnes sont appelées devant l’histoire pour essayer de comprendre ce qui s’est passé en cette funeste journée du 15 octobre 1987. Naturellement, nombre de paires d’yeux et de cœurs sont tournés surtout depuis plus de trois décennies vers Blaise Compaoré et Gilbert Diendéré. Le premier est en exil en Côte d’Ivoire et appelle de tous ses vœux à un retour au bercail et le second est en prison (pour son coup d’Etat du 15 septembre 2016) et devra maintenant faire face à cette nouvelle avalanche de problèmes judiciaires.

Le message est donc clair. La réconciliation se fera. Mais il faudra nécessairement passer par la case de la justice et de la vérité. Lesquelles sont certainement les clés pour ouvrir les portes du pardon. Blaise Compaoré pourra donc revenir. Mais avant de pouvoir se reposer tranquillement à Ziniaré ou dans n’importe quel autre endroit du Burkina Faso où il aura décidé de passer ses jours, il devra répondre devant la Justice militaire. Les fourches caudines judiciaires d’abord et déréchef la vérité, ensuite la réconciliation. Même en créant un super ministère consacré à cette réconciliation et dévolue à l’ex-chef de file de l’opposition Zéphirin Diabré, le président Roch Kaboré a toujours été constant sur cette question, car c’est une des revendications matricielles du peuple burkinabè : le triptyque : vérité-justice et réconciliation est insécable !

Blaise devra expliquer aux Burkinabè, non plus par médias étrangers interposés, mais directement face au peuple, matérialisé par sa justice, pourquoi une amitié fusionnelle et entrée dans les chromosomes de la fraternité s’est dénouée aussi tragiquement un après-midi. Pourquoi et qui a décidé de mettre fin à l’élan de la révolution burkinabè, qui, même si elle émettait des toussotements, promettait une embellie au développement du «Pays des Hommes intègres». Qui a ordonné le régicide du 15 octobre, étant donné que selon le général Diendéré  ses hommes sont arrivés au conseil de l’entente et la situation a dégénéré, Blaise, avait avoué d’abord (Cf. : Jeune Afrique du 21 octobre 1987) qu’il dormait, puis sur les médias, que «c’était Thomas ou lui, car un autre coup de 20 heures se tramait», etc. C’est après avoir levé le voile sur toutes ces zones d’ombre et après avoir obéi à ce que la justice aura conclu sur sa culpabilité ou son innocence, que le chapitre du pardon, le véritable enjeu de la réconciliation, pourra être ouvert.

Et pourquoi pas, si le pardon est accordé, la grâce présidentielle pourrait alors être envisagée pour permettre à «l’enfant terrible de Ziniaré» de humer enfin librement l’air de son pays. C’est un scénario qui n’est pas une hypothèse d’école. A condition aussi que Blaise daigne bien venir au Burkina. Il veut bien rentrer, mais fait-il confiance à la justice de son pays ? N’a-t-il pas peur qu’il y ait une justice des vainqueurs ? Il a la nationalité ivoirienne. Seul le taiseux Blaise le sait. La seule certitude, les Burkinabè veulent tourner la page de toutes ces années sombres, dont les fantômes sont après certains de ses fils.

Et à l’évidence, les dossiers de crimes de sang devront suivre les mêmes sillons. Les dossiers comme l’assassinat de Norbert Zongo et d’autres crimes moins populaires, mais comportant tout autant des germes de frustration et d’injustice, doivent être épurés, essorés et lavés sur la place publique afin que les cœurs meurtris n’enclenchent leur processus de guérison.

Sans hypocrisie, sans fioritures, sans désinvolture, sans esprit de vengeance, sans fébrilité mais avec une volonté réelle et déterminée de briser les rancœurs, c’est à ces conditions que le Burkina Faso parviendra à produire la catharsis apaisante et à jeter les bases de sa réinvention et les moteurs à propulsion de son développement.

Ahmed BAMBARA

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