Niger : Hama plus a-t-il à gagner ou à perdre dans ce double retour ?

Niger : Hama plus a-t-il à gagner ou à perdre dans ce double retour ?

Hama Hamadou a-t-il plus à perdre qu’à gagner dans ce double retour : au bercail et à la case-prison de Filingué ? La balance penche vers la partie négative de cette équation. Et au résumé, l’opposant nigérien aurait pu être plus circonspect dans ses choix. Il y a trois ans, une obscure affaire de trafic de bébés éclate à la figure de Hama Hamadou, alors président de l’Assemblée nationale du  Niger. S’ensuit alors une descente aux enfers pour l’ancien allié du président Mahamadou Issoufou ?

Vraie affaire ou fausse cabale montée pour couper les jarrets à un éventuel sérieux adversaire du président à la prochaine présidentielle ? Quoi qu’il en soit, l’appareil judiciaire se mit méthodiquement au travail et malgré des moulinets de bras et de jambes, Hama Hamadou se retrouva en prison. Condamné à un an  de prison ferme. Sentence cassante, dure et impitoyable dans la rétine ambitieuse de l’homme fort du Moden Lumana Fa.

La perspective de rester en prison a apparemment eu raison de la détermination de Hamadou. Mais pas seulement. De forts soupçons d’empoisonnement commencaient à faire effet et ont fini par convaincre l’homme politique de convaincre les autorités judiciaires de le laisser filer hors des frontières nigériennes pour raison de santé. Raison de santé, en effet. D’ou cette fuite éperdue en 2016 vers la France d’où l’homme n’a jamais fait le deuil d’étrenner le mandat suprême.

Long exil de trois ans pendant lequel Hama Hamadou tourne autour du Niger comme un satellite le ferait autour d’une planète, regardant défiler les saisons électorales, se mettre en branle et rouler de façon écrasante le rouleau compresseur de son ancien allié sur les dernières élections. Certes, il est arrivé deuxième à la présidentielle avec 17%. Maigre consolation pour un «banni» de son propre pays.

A un an de la prochaine grande échéance électorale, qu’est-ce qui l’a finalement poussé  à revenir au pays natal ? Deal ? Possible. Mais en attendant, c’est avec la prison de Filingué d’où il avait séjourné  comme pensionnaire qu’il doit d’abord «dealer» pour purger les huit mois de prison qui pèsent toujours sur son chef.  Et s’il doit passer les huit prochains mois à l’ombre, cela ne va pas forcément arranger les jointures de sa machine électorale.

Grâce présidentielle ? Peut-être puisque cela relève des prérogatives discrétionnaires du chef de l’Etat. Mais quand ? Dans un mois ? Trois mois ? Du reste, à supposer qu’il quitte les barres de la prison, il lui faudra rattraper trois ans d’absence sur le champ électoral.

Et surtout réussir à convaincre ces militants perdus et à renflouer cette note de sympathie qui a dégringolé quand Hama Hamadou a quitté le pays, laissant sa femme en prison. Pour un peuple qui a une certaine idée de la bravoure et de la responsabilité, le geste posé par l’ancien président de l’Assemblée nationale, d’abandonner, voire fuir laisser «sa moitié» seule ne prises avec les dents acérées de la prison a été une image qui n’a pas flatté son image.

Il est vrai que son retour a créé une sympathie naturelle pour lui à laquelle est venue s’ajouter celle issue de la perte de sa génitrice, dont il a tenu à venir s’incliner sur la tombe. Mais voilà tout ceci passé, la politique et ses dures réalités répriment leur droit.

Voici autant de lacunes, de bévues, d’ornières et d’obstacles qui se dresseront sur le chemin de Hama Hamadou vers le palais présidentiel s’il devait faire le choix de s’y engager.

Ahmed BAMBARA

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