Nihilisme syndical en Afrique  : Après le Burkina, la contagion gagne le Bénin

Nihilisme syndical en Afrique : Après le Burkina, la contagion gagne le Bénin

Le 3e pouvoir est en colère noire au Bénin. Au commencement, 4 syndicats opposent une fin de non-recevoir à des réquisitions, arguant que «le régime juridique des réquisitions en temps de grève au Bénin ne permet pas de procéder à aucune réquisition en période de grève». C’est la réponse musclée à un acte du premier pouvoir, via le second avec le vote par l’Assemblée nationale de la loi portant le retrait du droit de grève des secteurs de la justice, mais aussi de la santé, de la sécurité… et qui se soldent par une paralysie de l’administration judiciaire et d’autres secteurs.

Les travailleurs de la santé et de la justice grognent donc au Bénin. Ils ne sont pas d’accord avec le retrait de leur droit de grève, décidé par l’Assemblée nationale. Pour protester contre cette réforme jugée «démocraticide», ils ont recours à ce qui leur est retiré : la grève.

Et ils semblent être décidés à  ne pas lâcher prise. Et on peut peut-être les comprendre. Ce droit a été acquis de haute lutte par des êtres humains depuis des temps immémoriaux pour permettre à d’autres humains  de ne pas les opprimer. Une sorte d’arme ultime contre le diktat des employeurs, souvent préoccupés par le nombre de billets de banque suscités par leurs fabriques à profits. Le droit de grève est cette bouche d’aération, une bouée de sauvetage, un trou d’air par lequel les «ouvriers» collent leurs narines pour attirer à eux un peu d’oxygène lorsque le four du travail devient intenable. Ces débrayages à tiroirs ne sont pas sans rappeler ce que vit son voisin le Burkina Faso depuis plus d’un an, et dont l’élément déclencheur a été justement… une satisfaction d’une plate-forme revendicative des magistrats par l’exécutif. Depuis lors, le pays des hommes intègres est gagné par une épidémie de grevisme et à l’heure actuelle, le spectre de l’année blanche rode, car les enseignants refusent de faire des contrôles aux élèves, et ne veulent pas dialoguer avec le ministre de tutelle.

 Certes,  boucher le droit de grève revient à plonger des hommes et des femmes dans l’obscurité et les condamner à vivre dans une atmosphère invivable. De ce point de vue, on ne peut qu’essayer de comprendre les cris de colère des agents de la santé et des magistrats béninois, dans le ciel d’un pays qui était jusque-là cité comme exemple de bonne démocratie.

Cependant, faut-il jeter Patrice Talon dans le dépotoir du tort ? Difficile. Car, à l’évidence, l’homme aussi tient compte de la sensibilité des secteurs vitaux dans lesquels ces hommes et ces femmes évoluent. Il n’y a pas de pause ou de grève qui tienne lorsque le fleuve du souffle de la vie est menacé d’être brisé. Au Burkina Faso, lors de trois jours de grève de SYNTSHA où on a dénombré 32 morts à l’hôpital Yalgado soit 10 décès par jour. Une grève dans un centre de santé n’a d’autres conséquences que des chiffres désolants à dénombrer dans les couloirs de la morgue. Faut-il dans ce cas continuer à tolérer ce droit de grève qui peut être utilisé de façon non humaine ?

Malgré que les syndicats sont sur ses talons, le président béninois Patrice Talon semble décidé à tenir bon et à tenir sa décision dans les bottes de sa détermination. En effet, non seulement le président milliardaire béninois n’hésite pas à congédier son gouvernement et à former un nouveau, mais face aux magistrats, il a décidé d’engager le bras de fer, à ses risques et dépens, mais on ne gouverne pas avec des soupirs, et un chef d’Etat doit arbitrer et trancher dans l’intérêt supérieur de la Nation.

Si au Burkina Faso, son homologue Roch avait choisi la voie de la satisfaction des magistrats, il est clair au vu de son discours de fin d’année, qu’il envisage siffler la fin de la récréation, en convoquant en février une grand-messe pour revoir la grille des rémunérations salariales pour ne pas que disparaisse la Fonction publique. Si au Bénin, il y a presqu’un respect de la procédure syndicale, avant l’avènement de l’arme ultime qu’est la grève, de plus en plus en Afrique, comme ce fut le cas au Burkina, les syndicats ont les nerfs à fleur de grève, et le comble, c’est désormais le premier argument qu’ils brandissent ! Vérité syndicale au Bénin, au Burkina et dans la sous-région, mais surtout, constat d’un changement radical de la lutte des travailleurs qui n’hésitent plus à hypothéquer, la vie des populations, voire, prendre tout un pays en otage pour la satisfaction de leurs besoins. Symptomatique de la floraison de syndicats Jaunes mais aussi de l’échec des politiques en matière de gouvernance, qu’il faut revoir de fond en comble. Deux présidents nouvellement élus, Roch et Patrice sont confrontés aux phénomènes dont l’effet domino, touchera d’autres pays. Il y a lieu d’y remédier fissa !

Ahmed BAMBARA

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